Fuite d’un procès révèle les tensions au sein de l’armée chinoise lors des événements de Tiananmen
PÉKIN – Un enregistrement audio de six heures, récemment diffusé en ligne, d’un procès secret mené contre un général chinois, Xu Qinxian, offre un aperçu inédit des divisions au sein de l’armée chinoise lors des manifestations de la place Tiananmen en 1989. La fuite, qui a suscité l’attention des observateurs internationaux, intervient à un moment où le président Xi Jinping renforce son contrôle sur l’Armée populaire de libération (APL) et réaffirme la primauté du Parti communiste chinois (PCC) sur l’armée.
Xu Qinxian, alors commandant de la 38e armée de groupe, une unité d’élite, a été accusé de désobéissance aux ordres lorsqu’il a exprimé des réserves quant à l’utilisation de la force contre les manifestants pro-démocratie. L’enregistrement, publié sur YouTube, révèle les nuances de sa défense et soulève des questions fondamentales sur la discipline militaire et la loyauté au sein du régime chinois.
[Intégrer ici la vidéo YouTube : https://www.youtube.com/watch?v=1RBV9i4jaPo]
L’incident de 1989 reste un sujet sensible en Chine, et le gouvernement a toujours maintenu une version officielle des événements qui minimise le nombre de victimes et justifie l’intervention militaire comme nécessaire pour rétablir l’ordre. Cependant, au fil des ans, des documents internes, des mémoires et des témoignages ont émergé, offrant des perspectives alternatives sur la crise. Le livre de Joseph Torigian, The Party’s Interests Come First: The Life of Xi Zhongxun, Father of Xi Jinping, explore les dynamiques politiques de cette époque et le rôle de la famille Xi dans les événements.
L’affaire Xu Qinxian met en lumière la complexité des calculs politiques auxquels sont confrontés les officiers militaires chinois. Selon l’enregistrement du procès, Xu a soulevé des préoccupations quant à la légitimité de l’ordre de recourir à la force, suggérant que la question relevait davantage du domaine politique que militaire. Il a également mis en garde contre les conséquences potentielles d’une intervention maladroite, craignant que l’APL ne soit perçue comme un oppresseur du peuple.
Bien qu’il ait finalement transmis l’ordre à ses troupes, Xu a été relevé de ses fonctions peu après. Le procès, qui s’est déroulé à huis clos, visait à établir un précédent et à dissuader d’autres officiers de remettre en question l’autorité du PCC.
L’émergence de cet enregistrement intervient dans un contexte de purges continues au sein de l’APL, alimentant les spéculations sur les efforts de Xi Jinping pour consolider son pouvoir et éliminer les éléments potentiellement dissidents. Xi a publiquement exprimé sa crainte de la “nationalisation” de l’armée, c’est-à-dire d’une perte de contrôle du PCC sur les forces armées. En 2013, il a déclaré que la chute de l’Union soviétique était due à la perte de contrôle de l’idéologie et de l’armée.
“Xi Jinping est obsédé par l’idée de s’assurer que l’APL reste un instrument loyal du Parti”, explique Joseph Torigian, professeur à l’American University et spécialiste de la politique chinoise. “L’affaire Xu Qinxian est un rappel de la fragilité de ce contrôle et de la nécessité pour Xi de maintenir une surveillance étroite sur l’armée.”
Le gouvernement chinois n’a pas officiellement commenté la fuite de l’enregistrement du procès. Cependant, des sources proches du PCC indiquent que l’incident est considéré comme une menace à la stabilité et à l’autorité du Parti.
L’affaire Xu Qinxian soulève des questions importantes sur l’avenir de la Chine et la relation entre l’armée et le pouvoir politique. Elle met en évidence les tensions sous-jacentes au sein du régime chinois et la difficulté de concilier les impératifs de la stabilité et de la répression avec les aspirations à la démocratie et à la liberté.
Selon les données de l’Institut international d’études stratégiques (IISS), l’APL compte plus de 2 millions de soldats actifs, ce qui en fait la plus grande armée du monde. Le budget militaire chinois a considérablement augmenté ces dernières années, atteignant 292 milliards de dollars en 2023, soit plus de deux fois son niveau de 2010. Cette augmentation des dépenses militaires s’accompagne d’une modernisation rapide de l’APL et d’une expansion de son influence régionale et mondiale.
La fuite de l’enregistrement du procès Xu Qinxian est un événement significatif qui mérite une attention particulière de la part des observateurs internationaux. Elle offre un aperçu rare des dynamiques internes du régime chinois et met en lumière les défis auxquels est confronté Xi Jinping pour maintenir son pouvoir et assurer la stabilité du pays.
