Fraude financière : deux anciens dirigeants de Mobileum accusés d’avoir gonflé la valeur de l’entreprise lors d’une vente
New York – Deux anciens hauts dirigeants de Mobileum, un groupe de logiciels détenu par des fonds de capital-investissement, ont été inculpés de fraude par les procureurs américains, accusés d’avoir falsifié les résultats financiers de l’entreprise pour gonfler sa valeur lors de sa vente à un autre fonds. L’affaire, rare en son genre, met en lumière les risques de manque de transparence dans le secteur du capital-investissement et soulève des questions sur la diligence raisonnable lors des transactions.
Andrew Warner, ancien directeur financier, et Kishore Vangipuram, ancien responsable des opérations de livraison, auraient « empoché des millions de dollars de produits personnels » lorsque Mobileum a été vendu 915 millions de dollars en 2022, selon l’acte d’accusation. Warner a été arrêté en Californie vendredi dernier, après avoir été inculpé par un grand jury à New York. Vangipuram a été arrêté au San Francisco International Airport et doit comparaître devant le tribunal mardi.
L’enquête révèle que Warner aurait reçu environ 5,2 millions de dollars et Vangipuram environ 5,5 millions de dollars lors de la vente. Les procureurs affirment qu’ils ont manipulé les chiffres pour atteindre un prix de vente artificiellement élevé.
Une affaire qui secoue le monde du capital-investissement
Cette affaire est d’autant plus notable qu’elle concerne une transaction entre deux fonds de capital-investissement : Audax, qui a vendu Mobileum à HIG en 2022. Ni Audax ni HIG n’ont été accusés de faute dans cette affaire, mais HIG a intenté une action en justice civile contre Audax dans le Delaware, alléguant une fraude comptable pour gonfler le prix de vente de Mobileum. Audax a contre-attaqué, invoquant des défaillances de gouvernance d’entreprise de la part de HIG après l’acquisition.
Le procureur américain pour le district sud de New York, Jay Clayton, a déclaré que les deux hommes ont « manipulé les indicateurs financiers de Mobileum pour vendre l’entreprise à un prix plus élevé et, par conséquent, remplir leurs propres poches ». Il a souligné que les investisseurs, les créanciers et les employés de l’entreprise méritaient des informations financières justes et complètes, et non des chiffres gonflés et des stratagèmes.
Des revenus fictifs et des factures truquées
L’acte d’accusation détaille un schéma complexe de falsification des données financières. Les procureurs affirment que Warner et Vangipuram ont « fabriqué des millions de dollars de revenus imaginaires » en manipulant le système comptable de l’entreprise. Ils auraient gonflé le nombre d’heures travaillées ou réduit les estimations du travail nécessaire pour un projet, permettant ainsi de comptabiliser des revenus de manière frauduleuse.
Des documents judiciaires révèlent que Vangipuram avait même averti un collègue de ne pas envoyer d’e-mails concernant la facturation, craignant que cela ne les mette « dans de gros ennuis ». De plus, un acheteur potentiel avait renoncé à une offre d’acquisition en raison du manque d’informations financières adéquates fournies par la direction de Mobileum.
Un exemple frappant est l’émission de factures à un client pour près de 12 millions d’euros entre septembre 2021 et juillet 2022, dont seulement 40 000 euros ont été effectivement payés. Les procureurs affirment que cette pratique visait à transformer des revenus « non facturés » en revenus « facturés » grâce à des factures fictives.
Faillite et enquête en cours
Mobileum a déposé le bilan au chapitre 11 en 2024 et a achevé sa restructuration plus tard dans l’année. L’affaire intervient alors que Jay Clayton, l’actuel procureur, a exprimé son intérêt pour un examen plus approfondi des valorisations sur les marchés privés. Clayton a précédemment occupé le poste de président du groupe des marchés privés chez Apollo Global Management.
Les charges retenues contre Warner et Vangipuram – une accusation de conspiration pour commettre une fraude aux valeurs mobilières et une fraude par fil, ainsi que des accusations distinctes de fraude aux valeurs mobilières et de fraude par fil – représentent un nouveau rebondissement dans cette affaire complexe.
Audax a déclaré être « surpris par l’acte d’accusation » et a affirmé n’avoir eu aucune connaissance ni implication dans les actes répréhensibles allégués. HIG, quant à elle, a salué l’acte d’accusation comme une confirmation de la fraude qu’elle avait dénoncée dans sa plainte civile.
Cette affaire souligne l’importance cruciale de la transparence et de l’intégrité financière dans le secteur du capital-investissement, et pourrait avoir des répercussions importantes sur la manière dont les transactions sont structurées et examinées à l’avenir.
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