Hollywood mise tout sur les franchises, mais le pari est-il gagné ?
Los Angeles, Californie – Le box-office mondial est à la croisée des chemins. Alors que l’industrie cinématographique peine à retrouver les niveaux d’avant pandémie, les studios hollywoodiens misent de plus en plus sur la valeur sûre des franchises établies. De Star Wars à Marvel, en passant par Dune et Super Mario Bros., les suites, préquelles et remakes dominent l’offre cinématographique de 2026, mais cette stratégie porte-t-elle ses fruits ?
L’importance de la propriété intellectuelle (PI) dans Hollywood n’est pas nouvelle. Cependant, elle est devenue cruciale pour atteindre l’objectif ambitieux de dépasser les 10 milliards de dollars de recettes au box-office domestique, un seuil non atteint depuis 2019. Selon les données de Comscore, les dix films les plus rentables aux États-Unis depuis 2010 sont majoritairement des franchises. Entre huit et dix films issus de séries existantes sont sortis chaque année, à l’exception de 2020, année marquée par les fermetures liées à la COVID-19.
“Les studios sentent clairement que le confort du public – aller voir un film dont ils connaissent déjà l’univers – est un pari qui vaut la peine d’être pris”, explique Paul Dergarabedian, responsable des tendances du marché chez Comscore. “Ils comptent sur une audience préexistante.”
Mais cette dépendance aux franchises n’est pas sans risque. Alicia Reese, analyste senior chez Wedbush, nuance : “La confiance accordée aux franchises est devenue plus délicate ces dernières années. Il y a un certain niveau de certitude, mais ce n’est plus une garantie de succès. Les spectateurs sont plus exigeants, ils savent à quoi s’attendre et le bouche-à-oreille est plus important que jamais.”
Des attentes démesurées et des déceptions
L’année 2024 a été révélatrice. Deux films très attendus, Wicked: Première Partie de Universal et Avatar: Fire and Ash de Disney, n’ont pas atteint les prévisions. Wicked, malgré un démarrage prometteur avec 475 millions de dollars de recettes domestiques, a vu sa suite chuter à 350 millions. Avatar: Fire and Ash, qui devait capitaliser sur le succès phénoménal du premier film (Avatar ayant rapporté 2,9 milliards de dollars au box-office mondial), s’est limité à 378,5 millions de dollars aux États-Unis et à plus d’un milliard à l’international, un résultat décevant.
Ces contre-performances soulignent un problème croissant : la qualité des suites ne suit pas toujours celle des originaux. “Si vous essayez d’étirer trop une franchise et que vous ne portez pas la même attention aux détails, cela ne fonctionnera pas”, avertit Reese.
Le cas de Marvel est également édifiant. Après le triomphe d’Avengers: Endgame en 2019, les productions suivantes ont peiné à maintenir le même niveau d’excellence, tandis que la multiplication des séries sur Disney+ a dilué l’impact de l’univers cinématographique Marvel.
Un paysage en mutation
La pandémie a profondément modifié les habitudes de consommation. Le streaming a gagné en popularité, réduisant le nombre de spectateurs dans les salles. En 2024, seulement 94 films sont sortis dans plus de 2 000 salles aux États-Unis, contre 120 en 2019, une baisse de 20%. Les recettes au box-office ont également chuté de 23%, s’élevant à 11,4 milliards de dollars contre 14,8 milliards en 2019.
Face à cette situation, les studios se concentrent sur les franchises, mais cherchent également à “événementiser” les sorties. Ils proposent des projections en formats immersifs (IMAX, Dolby Cinema), des produits dérivés exclusifs (popcorn buckets collector, figurines) et organisent des événements spéciaux pour attirer le public.
“Je me souviens avoir cette conversation à la fin des années 90”, confie Eric Handler, analyste chez Roth Capital Partners. “Le box-office est depuis des décennies basé sur les franchises. Pourquoi ? Parce que la familiarité avec le contenu augmente les chances que les gens se rendent au cinéma.”
Au-delà du cinéma : un écosystème complet
L’impact des franchises dépasse largement le box-office. Elles alimentent également les parcs à thème, les produits dérivés, les événements en direct et même les croisières. Disney, par exemple, a développé des attractions basées sur Star Wars, Marvel, Toy Story et d’autres de ses propriétés intellectuelles dans ses parcs d’attractions à travers le monde. Comcast, propriétaire d’Universal, a fait de même avec Jurassic Park, Minions et Harry Potter.
La franchise Dune de Warner Bros., avec ses deux premiers opus salués par la critique et le public, illustre une approche réussie : elle séduit à la fois les fans du roman original et un nouveau public. “Si le film est bon, il satisfera l’audience de base et attirera de nouveaux spectateurs”, explique Reese. “Mais si vous essayez d’attirer un public plus large en négligeant les fans de la première heure, ils se retourneront contre vous.”
L’avenir du box-office dépendra de la capacité des studios à trouver un équilibre entre la sécurité des franchises et la nécessité de proposer des contenus originaux et de qualité. La survie de l’industrie cinématographique en dépend.
Image de Dune: Part Two avec sandworms
Sandworms émergent sur la planète désertique d’Arrakis dans “Dune: Part Two”.
Warner Bros. | Legendary Entertainment
