Le documentaire « Melania » : un récit édulcoré et troublant de l’ascension d’une immigrante à la Maison Blanche
NEW JERSEY – Un film de 98 minutes produit par Amazon, intitulé simplement « Melania », tente de retracer le parcours de l’ancienne Première dame des États-Unis, de son enfance en Slovénie à son installation à la Maison Blanche. Mais au-delà des robes de créateurs et des sourires calibrés, le documentaire, visionné en avant-première dans une salle de cinéma du New Jersey, révèle surtout un récit soigneusement construit, teinté d’hypocrisie et d’amnésie sélective.
Le film, qui a attiré une douzaine de spectateurs un samedi matin glacial, se concentre sur la préparation de l’inauguration de Donald Trump, présentant Melania Trump comme une sorte de génie de la mode. Des scènes interminables la montrent en essayages, se promenant dans des ballrooms dorés, sans jamais aborder les controverses qui ont jalonné son ascension. Une brève rencontre en visioconférence avec Brigitte Macron est également incluse, mais apparaît froide et chorégraphiée.
« Melania » insiste sur le parcours migratoire de son héroïne, la présentant comme un exemple de réussite et un hommage à l’Amérique. Le film donne également la parole à des membres de son entourage, notamment Tham Kannalikham, son décoratrice d’intérieur d’origine laotienne, qui raconte son propre parcours d’immigrée.
Cependant, cette mise en avant de l’immigration est d’autant plus cynique qu’elle contraste violemment avec les politiques anti-immigrés de l’administration Trump. Le documentaire omet soigneusement de mentionner le rôle de l’époux de Melania dans la mise en œuvre de ces politiques, notamment la séparation des familles à la frontière.
« Tout le monde devrait faire ce qu’il peut pour protéger nos droits individuels », déclare Melania Trump dans le film. « Ne jamais les tenir pour acquis, car au final, peu importe d’où nous venons, nous sommes liés par la même humanité. »
Cette déclaration, prononcée par une femme dont le mari a été accusé de violations des droits de l’homme et de politiques d’immigration cruelles, apparaît comme une obscénité. Elle illustre également la tendance de certains immigrants à se présenter comme des « bons immigrants » pour prouver leur appartenance à la société américaine, tout en fermant la porte à ceux qui les suivent.
Le documentaire soulève également des questions sur la propre légalité de l’arrivée de Melania Trump aux États-Unis. Des rapports antérieurs, dont un publié par Mother Jones en 2016, suggèrent qu’elle aurait pu travailler aux États-Unis sans visa au début de sa carrière de mannequin.
Le film, financé en partie par Jeff Bezos, propriétaire du Washington Post, est également critiqué pour son manque de transparence. Plusieurs membres de l’équipe de production ont demandé à ne pas être crédités, signe d’un malaise profond quant à la nature du projet.
« Melania » est donc bien plus qu’un simple documentaire sur une ancienne Première dame. C’est un témoignage de la vacuité du monde politique, de la puissance de la propagande et de la complexité de l’expérience immigrée. Un film qui, malgré ses tentatives de polissage, ne parvient pas à masquer les contradictions et les zones d’ombre qui entourent la vie de Melania Trump. Il est probable que ce documentaire, loin de marquer l’histoire du cinéma, rejoindra les archives des « faux pas » de la famille Trump.
