L’Asie prend la tête de la révolution financière décentralisée, portée par l’utilité et la régulation
Hong Kong – Alors que l’Occident se concentre sur la gestion d’actifs institutionnels dans le domaine de la finance décentralisée (DeFi), l’Asie s’impose comme un moteur d’innovation, privilégiant l’utilité concrète pour les particuliers et les entreprises, ainsi qu’une approche proactive de la régulation. Cette dynamique, mise en lumière lors de la conférence Consensus Hong Kong, révèle un fossé croissant entre les deux continents dans l’adoption des services financiers basés sur la blockchain.
L’Asie ne se contente pas de spéculer sur les cryptomonnaies ; elle les utilise pour résoudre des problèmes réels, notamment en matière de paiements transfrontaliers et d’accès aux services financiers pour les petites entreprises. Selon les données de la Banque Mondiale, les coûts moyens des transferts d’argent internationaux s’élèvent à 6,25% en 2023, un fardeau particulièrement lourd pour les PME impliquées dans le commerce international. Les stablecoins, ces cryptomonnaies indexées sur des monnaies fiduciaires, offrent une alternative plus rapide et moins coûteuse.
“En Asie, il y a une forte adoption du paiement numérique et une grande volonté de déployer de nouvelles technologies à grande échelle,” explique Suhan Zhao, responsable APAC chez Aptos Labs. L’exemple du groupe sud-coréen Lotte, qui a émis plus de 5 millions de bons d’achat mobiles sur le réseau Aptos, atteignant 1,3 million d’utilisateurs en moins de trois mois, illustre cette tendance. L’entreprise a pu ainsi simplifier et accélérer la distribution de ses offres promotionnelles.
La régulation joue un rôle crucial dans cette accélération. Hong Kong et les Émirats arabes unis sont cités comme les marchés les plus avancés en matière de réglementation des stablecoins. Niki Ariyasinghe, vice-présidente pour l’Asie-Pacifique et le Moyen-Orient chez Chainlink Labs, souligne que l’adoption des stablecoins en Asie est souvent motivée par un besoin d’efficacité plutôt que par la spéculation. “Il s’agit finalement d’une volonté d’utiliser une nouvelle forme de paiement en raison de la valeur qu’elle apporte : c’est plus rapide, moins cher ou plus pratique,” affirme-t-elle.
Un exemple frappant est celui des petits commerçants engagés dans le commerce international. Ils utilisent les stablecoins pour contourner une infrastructure de paiement traditionnelle fragmentée, qui peut prendre plusieurs jours pour régler les transactions. Nick See Tong, responsable régional APAC chez Base, insiste sur l’importance des stablecoins locaux pour une adoption massive. “Un vendeur de wonton mee au coin de la rue n’acceptera pas l’USDT, l’USDC ou tout autre stablecoin en dollars américains. Il veut des dollars hongkongais,” explique-t-il, soulignant la nécessité d’adapter les solutions aux besoins spécifiques de chaque marché.
Cette focalisation sur l’utilité et la régulation proactive contraste fortement avec l’approche plus prudente de l’Occident, où les préoccupations liées à la protection des investisseurs et à la lutte contre le blanchiment d’argent freinent souvent l’innovation. L’Europe, par exemple, est en train d’adopter le règlement MiCA (Markets in Crypto-Assets), qui vise à encadrer le marché des cryptomonnaies, mais qui pourrait également ralentir le développement de certains projets.
L’essor de la finance décentralisée en Asie ne se limite pas aux stablecoins. Des projets innovants dans les domaines de la finance décentralisée (prêts, échanges, assurances) et des jetons non fongibles (NFT) émergent également, portés par une population jeune et connectée, ainsi que par un écosystème entrepreneurial dynamique. Un exemple notable est l’intérêt croissant pour les NFT dans le secteur du divertissement et de l’art en Corée du Sud, comme le montre cette publication Instagram : https://www.instagram.com/p/C6XqJq9vXqU/
L’avenir de la finance décentralisée se jouera donc probablement en Asie, où l’innovation est portée par une combinaison unique de facteurs : une forte adoption des technologies numériques, une approche pragmatique de la régulation et un besoin réel de solutions financières plus efficaces et inclusives. Le gouvernement hongkongais, notamment, a clairement affiché son ambition de devenir un hub mondial pour les actifs numériques, ce qui pourrait attirer davantage d’investissements et de talents dans la région. Un tweet récent du Secrétaire à la Finance de Hong Kong, Christopher Hui, confirme cet engagement : https://twitter.com/hui_christopher/status/1794873216544862231
