La stablecoin A7A5 défie les sanctions occidentales et séduit les marchés émergents
Hong Kong – Au cœur de la conférence Consensus Hong Kong, Oleg Ogienko, directeur des affaires réglementaires et internationales d’A7A5, a défendu avec vigueur sa société et sa stablecoin indexée sur le rouble, face aux accusations de contournement des sanctions internationales. L’entreprise, dont la croissance a dépassé celle des géants du secteur comme USDT et USDC l’année dernière, opère dans une zone grise juridique, exploitant les failles entre les réglementations occidentales et la législation de son pays d’enregistrement, le Kirghizistan.
A7A5 a vu sa capitalisation boursière exploser, ajoutant près de 90 milliards de dollars à sa masse en circulation en 2023, contre 49 milliards pour Tether (USDT) et 31 milliards pour Circle (USDC), selon les données d’Artemis. Cette croissance fulgurante s’explique en grande partie par sa capacité à faciliter les transactions pour les entreprises russes confrontées à des restrictions bancaires, tout en offrant un accès indirect à la liquidité en USDT via des protocoles de finance décentralisée (DeFi).
“Nous sommes pleinement conformes à la réglementation kirghize. Nous ne faisons rien d’illégal,” a insisté Ogienko, soulignant les audits réguliers et la mise en place de procédures de connaissance du client (KYC) et de lutte contre le blanchiment d’argent (AML).
Cependant, l’équation se complique. A7A5, ainsi que ses entités affiliées Old Vector LLC et A7 LLC, et la banque qui détient ses réserves, Promsvyazbank (PSB), sont tous sanctionnés par le Trésor américain. Ces sanctions interdisent aux institutions financières américaines, et par extension à une grande partie du commerce mondial, d’interagir avec ces acteurs.
Un contournement légal, une opportunité de marché
Le fait que l’utilisation d’A7A5 par des entreprises russes pour contourner les sanctions ne constitue pas un crime au Kirghizistan ou en Russie est au cœur du débat. Ogienko minimise l’impact des sanctions, les qualifiant d’“obstacles” plutôt que d’impasse économique. Il souligne que la demande pour sa stablecoin provient principalement d’entreprises en Asie, en Afrique et en Amérique du Sud qui cherchent à commercer avec des exportateurs et importateurs russes.
“Nous ne sommes pas des politiciens. Nous sommes des commerçants. Nous sommes des hommes d’affaires,” a-t-il déclaré, insistant sur la neutralité de l’entreprise.
La difficulté actuelle réside dans l’accès à la liquidité. Les plateformes d’échange centralisées hésitent à lister la stablecoin en raison du risque de sanctions secondaires. A7A5 s’appuie donc sur des pools de liquidité DeFi, où l’échange avec USDT reste limité à environ 50 000 USDT, selon le tableau de bord de l’entreprise.
Ogienko a révélé être à Hong Kong pour tenter de résoudre ce problème, en rencontrant des plateformes d’échange et d’autres blockchains dans le but de nouer des partenariats. A7A5 est déjà déployée sur Tron et Ethereum et envisage d’autres blockchains.
Des tensions lors des conférences et des ambitions de croissance
La présence d’A7A5 lors de conférences comme Consensus et Token2049 à Singapour a suscité des inquiétudes. Si la participation d’une entité sanctionnée est légale dans certaines juridictions, elle peut mettre mal à l’aise les organisateurs et les sponsors. Lors de Token2049, le groupe BOB, organisateur de l’événement, a d’ailleurs retiré toute mention d’A7A5 après des protestations de sponsors.
Malgré ces tensions, Ogienko affiche une ambition démesurée : “Nous pensons pouvoir faire croître les volumes de transactions réglées en A7A5… nous espérons pouvoir réaliser plus de 20 % des règlements commerciaux de la Russie avec différents pays en A7A5.”
Cependant, A7A5 ne peut pas encore être utilisée en Russie, où les autorités sont toujours en train d’élaborer une réglementation sur les stablecoins. Ogienko affirme être en contact avec les autorités russes, dans le cadre d’une approche consultative axée sur la réglementation de la blockchain et de l’infrastructure financière.
L’essor d’A7A5 illustre la complexité croissante du paysage financier mondial, où les cryptomonnaies offrent des alternatives aux systèmes traditionnels, même en présence de sanctions internationales. L’avenir de cette stablecoin dépendra de sa capacité à naviguer dans cet environnement réglementaire complexe et à convaincre les acteurs du marché de sa conformité et de sa légitimité.
