La FCC sous tension : entre déréglementation des médias et soutien inattendu au journalisme local
WASHINGTON – Le débat sur la propriété des médias aux États-Unis prend une tournure inattendue, avec des signes d’ouverture sur les deux côtés de l’échiquier politique concernant le soutien au journalisme local, même si la déréglementation reste au cœur des préoccupations de certains. La situation est d’autant plus complexe qu’elle s’inscrit dans un contexte de tensions croissantes entre la Commission fédérale des communications (FCC) et les réseaux de télévision, notamment suite à une affaire impliquant l’humoriste Jimmy Kimmel.
Lors d’une récente audition au Sénat, le président de la commission, Brendan Carr, a été interpellé par le sénateur Ted Cruz, qui avait auparavant critiqué les propos de Carr comme étant dignes d’un chef mafieux. Pourtant, Cruz s’est montré peu enclin à s’opposer frontalement à une éventuelle modification des règles de propriété des médias, qui limitent actuellement le nombre de stations qu’une seule entité peut posséder.
L’audition, qualifiée de moins partisane que prévu par Steven Waldman, fondateur du groupe de défense du journalisme local Rebuild Local News, a révélé une nuance surprenante. Waldman a souligné que l’intervention initiale de Cruz, retraçant l’histoire de la radiodiffusion depuis “I Love Lucy” jusqu’à l’ère actuelle de fragmentation médiatique, était “presque journalistique” dans son objectivité.
Cette ouverture sur le soutien au journalisme local ne se limite pas aux démocrates. Waldman a rapporté une discussion particulièrement constructive avec le sénateur républicain Todd Young, dont les propos sur l’importance des médias communautaires ont été décrits comme “éloquents”. Il a également noté que certains législateurs républicains, à l’échelle des États, travaillent discrètement à des lois visant à revitaliser les médias locaux, en dépit de la rhétorique nationale de leur parti contre les médias traditionnels.
La question de la propriété des médias est d’autant plus cruciale que la consommation de l’information locale, en particulier à la télévision, reste importante et généralement plus fiable que les sources nationales. Un nombre surprenant de présentateurs de nouvelles locales ont d’ailleurs utilisé leur notoriété pour se lancer en politique.
Carr, quant à lui, semble adopter une approche pragmatique, voire opportuniste. Il a défendu la déréglementation comme un moyen de “donner du pouvoir” aux concurrents plus petits face aux grands réseaux, leur permettant ainsi d’avoir plus de poids dans les négociations, comme dans le cas de l’affaire Kimmel. Il a également souligné que les conservateurs, traditionnellement favorables au libre marché, reconnaissent désormais que cette approche seule ne suffit pas à résoudre les problèmes de biais médiatique.
Selon Craig Aaron, co-PDG de Free Press, un groupe de défense des médias opposé à la levée du plafond de propriété, la stratégie de Carr est une “fusion” de différentes approches, visant à utiliser le pouvoir de levier pour atteindre ses objectifs. Carr a lui-même déclaré au New York Times Magazine que les conservateurs doivent repenser leur approche de l’utilisation du pouvoir gouvernemental pour atteindre leurs objectifs.
La FCC a récemment lancé une initiative intitulée “In re: Delete, Delete, Delete”, invitant à un examen de toutes les réglementations en vigueur. Si les réunions publiques de l’agence peuvent sembler techniques et ennuyeuses, les manœuvres de Carr, qui consistent à réinterpréter ou à menacer d’utiliser les réglementations existantes, sont tout sauf anodines. L’avenir du paysage médiatique américain, et la santé du journalisme local, pourraient bien dépendre de l’équilibre des forces en jeu à la FCC.
