Tensions au Moyen-Orient soutiennent le dollar, l’euro fragilisé
Par Antoine Dubois, Chef de la section Économie
WASHINGTON – L’escalade des tensions au Moyen-Orient, notamment suite à la frappe américaine sur des actifs militaires iraniens sur l’île de Kharg, continue de remodeler les dynamiques des marchés financiers mondiaux. Le dollar américain se renforce, tiré par l’incertitude géopolitique et la crainte d’une nouvelle crise énergétique, tandis que l’euro subit les contrecoups de cette situation.
L’île de Kharg, point névralgique pour l’exportation de pétrole iranien – jusqu’à 90% selon des estimations – est devenue un enjeu central du conflit. Les menaces américaines de destruction d’infrastructures énergétiques sur l’île, en cas de blocage du détroit d’Ormuz, ont initialement provoqué une légère baisse des prix du Brent. Cependant, la perspective d’une interruption de l’approvisionnement en pétrole maintient une pression haussière sur les prix, favorisant un dollar fort.
"La relation entre le dollar américain et le pétrole se renforce à mesure que le conflit s’intensifie", explique l’équipe d’analystes de FxPro. "Tant que la situation ne se stabilise pas, le dollar devrait rester robuste."
L’ECB résolue, la Fed sous pression
Face à cette conjoncture, la Banque Centrale Européenne (BCE) affiche une détermination à ne pas répéter les erreurs du passé. En 2022, un décalage dans le resserrement monétaire par rapport à la Réserve Fédérale américaine avait contribué à la chute de l’euro sous la parité face au dollar. La BCE se prépare désormais à relever ses taux d’intérêt pour maîtriser l’inflation, estimant qu’une hausse du prix du pétrole de 80 à 130 dollars le baril pourrait ralentir la croissance du PIB de 0,75 point de pourcentage et ajouter environ 1 point de pourcentage à l’inflation.
À l’inverse, le président américain Donald Trump exerce une pression croissante sur la Fed pour qu’elle assouplisse sa politique monétaire. Il a même appelé à une réunion extraordinaire du Comité de politique monétaire afin de baisser les taux d’intérêt, estimant que cette mesure est évidente. Bien que les membres du comité soient peu susceptibles de céder à cette demande, ils pourraient laisser la porte ouverte à un éventuel retour de la politique d’expansion monétaire. Les marchés anticipent actuellement deux hausses de taux en 2026, une perspective qui pourrait être remise en question si la Fed maintient sa position actuelle.
Un rebond de l’euro conditionné
Un rebond de l’euro face au dollar reste possible, mais il sera probablement limité à des corrections. La reprise des opérations dans le détroit d’Ormuz et une résolution du conflit au Moyen-Orient sont des conditions sine qua non pour un affaiblissement durable du dollar. Des informations sur le passage de tankers, comme ceux indiens récemment observés, pourraient signaler une amélioration de la situation et entraîner des gains temporaires pour l’euro.
Cependant, l’impact de la crise actuelle est plus global qu’en 2022, lorsque les conséquences les plus importantes se limitaient à la zone euro. La situation actuelle exige une vigilance accrue et une adaptation constante des stratégies financières.
[Image de EURUSD Vs. Brent]
[Image de ECB and Fed Rates and the Movement of EURUSD]
