La scène théâtrale new-yorkaise pleure la disparition d’Andy Halliday, acteur emblématique des Vampire Lesbians of Sodom, décédé à 73 ans. Le 40e anniversaire de la pièce culte, célébré cette semaine, a été marqué par l’annonce de sa mort, confirmée par les organisateurs de l’événement. Une génération de spectateurs et de comédiens rend hommage à un homme dont le parcours, entre Off-Broadway et cinéma, a marqué l’histoire du théâtre underground.
Un monument du théâtre underground disparu
Andy Halliday, figure incontournable des Vampire Lesbians of Sodom, s’est éteint à l’âge de 73 ans. Ce spectacle, créé en 1984 par la compagnie Theatre-in-Limbo, reste l’une des pièces les plus longues de l’histoire de l’Off-Broadway. Halliday y incarnait un rôle clé, aux côtés d’artistes comme Charles Busch — qui a récemment été intronisé au Theater Hall of Fame en 2024 — et Julie Halston, lauréate du Tony Award® en 2021 pour son engagement auprès de la Pulmonary Fibrosis Foundation. Sa disparition survient alors que le spectacle, célébré pour son 40e anniversaire cette semaine, réunissait à nouveau les membres originaux de la distribution.

Halliday n’était pas seulement un acteur : il était un pilier de la scène new-yorkaise, associé à des productions audacieuses qui ont défié les conventions. Son nom apparaît dans les archives du théâtre underground, aux côtés de figures comme Kenneth Elliott, directeur de la pièce et cofondateur de Theatre-in-Limbo. Elliott, aujourd’hui professeur à Rutgers University, a décrit dans son livre Beyond Ridiculous (2024) l’impact culturel de cette œuvre, qualifiée de “scandaleuse” dès sa création. “Ce spectacle était une provocation, une célébration de la liberté artistique à une époque où le théâtre new-yorkais était encore dominé par les codes traditionnels”, avait-il déclaré lors d’une conférence à l’université.
« Ce spectacle était une provocation, une célébration de la liberté artistique à une époque où le théâtre new-yorkais était encore dominé par les codes traditionnels. »
Kenneth Elliott, directeur et cofondateur de Theatre-in-Limbo, auteur de Beyond Ridiculous (2024)
Un hommage en deux temps : la célébration et le deuil
Le 40e anniversaire des Vampire Lesbians of Sodom, prévu pour cette semaine, devait être un moment de retrouvailles. La programmation incluait une lecture intégrale de la pièce, suivie d’un échange avec les acteurs originaux — parmi lesquels Charles Busch, Michael Belanger, et Theresa Aceves. Busch, auteur et interprète de pièces comme The Tale of the Allergist’s Wife (nommée aux Tony Awards), a également marqué le cinéma avec des films comme Psycho Beach Party et Die Mommie Die, ce dernier lui valant un prix spécial du jury à Sundance. Sa présence à cette célébration symbolisait le lien indéfectible entre le théâtre et le cinéma dans la carrière de ces artistes.

Pourtant, l’annonce de la mort d’Halliday a transformé cette commémoration en un hommage posthume. Les organisateurs ont confirmé que sa disparition serait honorée lors de l’événement, où ses collègues ont partagé des souvenirs. Julie Halston, qui a repris son rôle de Bitsy Von Muffling dans la série And Just Like That (MAX), a évoqué son amitié avec Halliday : « Il apportait une énergie unique sur scène, un mélange de folie et de profondeur. Son absence se fait déjà sentir. »
La mort d’Halliday soulève aussi une question : qui perpétuera l’héritage de cette pièce ? Vampire Lesbians of Sodom n’a jamais été une production commerciale, mais un manifeste artistique. Son succès résidait dans son audace — des dialogues osés, des personnages subversifs, et une esthétique qui mêlait grotesque et élégance. Sans ses acteurs originaux, le spectacle pourrait-il survivre ? Kenneth Elliott a laissé entendre que des discussions étaient en cours pour assurer la pérennité de la pièce, peut-être sous une nouvelle forme.
L’héritage d’un théâtre qui a osé
Les Vampire Lesbians of Sodom incarnaient l’esprit rebelle de l’Off-Broadway des années 1980. À une époque où le SIDA frappait la communauté LGBTQ+, la pièce abordait des thèmes tabous avec un humour noir et une provocation assumée. Halliday, dans son rôle, incarnait cette dualité : à la fois figure comique et symbole de résistance. Son parcours, comme celui de ses coéquipiers, reflète une génération d’artistes qui ont transformé le théâtre en un espace de libération.

Pour comprendre l’impact d’Halliday, il faut replonger dans l’histoire de Theatre-in-Limbo. Fondée en 1984 par Charles Busch et Kenneth Elliott, cette compagnie a produit des spectacles qui défiaient les normes. Vampire Lesbians of Sodom en était l’exemple le plus célèbre, mais pas le seul. D’autres pièces, comme The Tale of the Allergist’s Wife, ont également marqué les esprits. Busch lui-même a décrit leur approche dans une interview : « Nous voulions créer un théâtre qui fasse rire, mais qui fasse aussi réfléchir. Un théâtre qui ne prenne pas les gens pour des idiots. »
Cette philosophie a survécu bien au-delà des années 1980. Aujourd’hui, des metteurs en scène comme Elliott continuent de défendre cette vision, même si le paysage théâtral a changé. La disparition d’Halliday rappelle que ces pionniers, souvent méconnus du grand public, ont façonné une culture qui reste vivace. Leur héritage se mesure aussi à l’aune des artistes émergents qui, aujourd’hui encore, s’inspirent de leur audace.
Et maintenant ? Le futur d’une pièce culte
La question qui se pose désormais est celle de la postérité. Vampire Lesbians of Sodom pourrait-elle être reprise par une nouvelle génération ? Les organisateurs du 40e anniversaire n’ont pas encore annoncé de suite officielle, mais des rumeurs évoquent des projets de lecture ou d’adaptation. Kenneth Elliott a suggéré que la pièce pourrait évoluer, peut-être sous forme de lecture ou de performance immersive, pour toucher un nouveau public.
Une chose est sûre : la mort d’Halliday marque la fin d’une ère. Pour les spectateurs qui ont vu la pièce dans les années 1980 ou 1990, il incarnait une époque où le théâtre était un lieu de transgression. Pour les plus jeunes, il reste un symbole de liberté artistique. Son absence laisse un vide, mais son œuvre, elle, continue de parler.
Alors que le monde du théâtre new-yorkais rend hommage à Andy Halliday, une question persiste : comment préserver l’esprit subversif des Vampire Lesbians of Sodom sans ses créateurs ? La réponse pourrait venir des archives de Theatre-in-Limbo, où les scripts et les souvenirs des acteurs originaux attendent encore d’être explorés. Une chose est certaine : l’histoire de cette pièce, et celle de ses interprètes, est loin d’être terminée.
Les Vampire Lesbians of Sodom ont marqué l’histoire du théâtre underground. Leur héritage, porté par des artistes comme Andy Halliday, continue d’inspirer. Retrouvez le programme de la célébration du 40e anniversaire, où son souvenir sera honoré.
