<>
Une étude publiée en octobre 2026 révèle que les contacts non maternels vivant sous le même toit représentent une part majeure des expositions des jeunes enfants au virus de l’hépatite B aux États-Unis, remettant en cause les politiques ciblant uniquement les mères.
L’immunisation des nouveau-nés contre le virus de l’hépatite B fait face à des débats renouvelés aux États-Unis après la publication de recherches soulignant les risques d’une vaccination différée. Présentée en octobre 2026 lors de la conférence IDWeek, une étude menée par des chercheurs du Kaiser Permanente Division of Research démontre que s’en tenir uniquement au statut sérologique de la mère laisse les nourrissons exposés à d’autres membres du foyer porteuds potentiels du virus.
L’exposition au sein des foyers et les limites du ciblage maternel
L’analyse menée par l’équipe de recherche a porté sur un groupe de 158 000 enfants de moins de cinq ans répartis dans 131 000 foyers de Californie du Nord au 16 juin 2023. Parmi eux, 2 024 enfants vivaient avec une personne porteuse d’une hépatite B active. Les données indiquent que 58,2 % de ces expositions potentielles provenaient d’un autre membre du foyer que la mère biologique, tandis que 41,8 % étaient liées à la mère.
Les contacts non maternels identifiés étaient généralement plus âgés que les mères infectées, avec un âge médian de 44 ans contre 38 ans, et une proportion de 76,5 % d’hommes. Les chercheurs précisent qu’il s’agit vraisemblablement de pères, de grands-parents ou d’autres proches partageant le même lieu de vie. Le virus, particulièrement résistant, peut survivre dans l’environnement jusqu’à une semaine et se transmettre par les fluides corporels via une simple lésion cutanée ou une muqueuse.
Les taux de vaccination des nouveau-nés reflètent ces disparités de prise en charge. Si la totalité des enfants nés de mères infectées ont reçu le vaccin dans les sept jours suivant leur naissance, cette proportion descend à 93,5 % pour les enfants exposés à un autre contact au sein du foyer, et à 86,7 % pour les enfants non exposés. Les spécialistes soulignent que la moitié des adultes vivant avec une hépatite B chronique ignorent leur propre infection, ce qui rend le dépistage ciblé insuffisant pour protéger les nourrissons.
Les projections de l’Annales of Internal Medicine sur le report vaccinal
Ces constats sur l’immunité infantile coïncident avec une modélisation mathématique publiée également en octobre 2026 dans les Annals of Internal Medicine. Menée par une équipe de Massachusetts General Hospital, cette étude évalue les conséquences de la modification des recommandations sanitaires fédérales intervenue en décembre 2025, lorsque les Centers for Disease Control and Prevention (CDC) avaient ouvert la voie à une décision partagée entre parents et médecins, limitant la vaccination universelle à la naissance aux seuls groupes à haut risque.
En simulant une cohorte annuelle de 3,6 millions de naissances sur une période de 20 ans, les chercheurs ont comparé trois stratégies vaccinales : l’administration universelle à la naissance, le report de la première dose à deux mois pour les enfants de mères saines, et la décision médicale partagée. Selon leurs projections, le report à deux mois entraînerait une hausse de 19 % des infections chroniques par rapport à la stratégie universelle, tandis que la décision partagée provoquerait une augmentation de 83 % de ces infections.
| Stratégie vaccinale | Infections chroniques projetées (sur 20 ans) | Personnes susceptibles au virus |
|---|---|---|
| Vaccination universelle à la naissance | 255 | 232 200 |
| Report de la première dose à deux mois | 303 | 474 000 |
| Décision partagée avec le médecin | 467 | 1 800 000 |
Le modèle indique en outre qu’environ 1,8 million de jeunes adultes pourraient demeurer vulnérables à l’infection sous le régime de la décision partagée, contre 232 000 dans le cadre de la vaccination universelle initiale. Les auteurs rappellent que la contamination survenant dans les premiers mois de vie présente un risque accru de chronicité, l’Organisation mondiale de la santé estimant qu’environ 90 % des nourrissons infectés développent une infection à vie pouvant mener à des complications hépatiques graves.
Controverses autour des orientations de santé publique
Les modifications apportées au calendrier vaccinal et les publications scientifiques associées ont suscité des réactions contrastées au sein des sphères politiques et médicales. Après la diffusion des travaux sur l’impact du report vaccinal, les critiques formulées par des responsables fédéraux, dont le secrétaire à la Santé et aux Services sociaux Robert F. Kennedy Jr., ont mis en cause la nature de ces travaux, qualifiés de simulations fondées sur des hypothèses plutôt que sur l’observation directe de cas réels.
Les chercheurs du Massachusetts General Hospital ont toutefois défendu la validité de leur modèle, soulignant que leurs prévisions concernant 255 infections chroniques pour la stratégie de naissance rejoignaient les estimations maximales des CDC s’élevant à 267 cas. Du côté des autorités internationales, l’Organisation mondiale de la santé maintient son objectif d’éliminer l’hépatite virale en tant que menace pour la santé publique d’ici 2030, en insistant sur l’administration d’une dose vaccinale dès les premières vingt-suivant la naissance.
>
À lire aussi