Espèces Envahissantes : Le Sud Global Plus Touché Que Le Nord Selon Science

Une nouvelle étude publiée dans la revue Science révèle que l’impact destructeur des espèces exotiques envahissantes frappe plus durement le Sud global que les pays riches du Nord. Les chercheurs soulignent que les biais de recherche masquent cette urgence écologique, particulièrement critique dans les économies émergentes comme l’Inde, où la vulnérabilité s’accélère.

Étude de Mongabay sur les espèces exotiques envahissantes

Les évaluations mondiales de la biodiversité ont longtemps suggéré que les dégâts causés par les espèces exotiques envahissantes étaient concentrés dans les nations industrialisées du Nord.

Répertoire GIDIAS et base SInAS

La fusion de deux bases de données mondiales pour mesurer l’impact réel s’avère centrale dans cette démarche, combinant le répertoire GIDIAS qui contient plus de 22 000 impacts documentés impliquant plus de 3 300 espèces exotiques envahissantes provenant de plus de 6 700 sources scientifiques et de littérature grise à travers 172 pays, et la base SInAS qui enregistre la distribution de plus de 39 700 espèces alien dans le monde, ainsi que le détaille la publication scientifique.

Les scientifiques Sven Bacher, Petr Pyšek et Hanno Seebens ont constaté que se contenter de compter le nombre brut d’espèces ou d’impacts enregistrés conduit à une vision faussée. L’effort de recherche étant nettement plus élevé dans les pays industrialisés, le Nord apparaît faussement comme la zone la plus touchée. Pour corriger ce déséquilibre, l’équipe a utilisé la classification de l’UICN connue sous le sigle EICAT (Environmental Impact Classification for Alien Taxa), sous laquelle un impact est considéré comme grave lorsqu’une espèce envahissante provoque un déclin de population native, une extirpation locale ou une extinction globale.

Classification de l’UICN et EICAT

L’Inde et le Sud global en première ligne face aux invasions biologiques se distinguent par des dynamiques particulières. En calculant la sévérité moyenne des impacts — définie comme la proportion d’effets documentés jugés graves —, les chercheurs démontrent que l’intensité des dégâts est généralement plus élevée dans le Sud global. L’analyse met en lumière la vulnérabilité particulière des économies émergentes. L’Inde est explicitement identifiée comme l’un de ces grands pays en développement à hauts revenus où ce profil se manifeste clairement, affichant un nombre absolu de cas importants et une sévérité moyenne nettement supérieure à celle des grandes puissances du Nord, indique l’analyse publiée.

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Photo: Nature

Cette situation s’explique en grande partie par le développement économique rapide de ces régions, susceptible d’entraîner des augmentations du nombre d’espèces alien dans un futur proche, ce qui pourrait conduire à davantage d’impacts, dont beaucoup s’avéreront sévères. Alors que les pays riches du Nord peuvent connaître des taux d’introduction élevés d’espèces alien mais disposent également d’une gouvernance plus forte et d’une meilleure capacité de gestion par rapport au Sud global, ce qui leur permet de mettre en œuvre des politiques et de gérer les espèces envahissantes plus efficacement, les pays du Sud font face à des lacunes institutionnelles qui aggravent la crise.

Espèces Envahissantes : Le Sud Global Plus Touché Que Le Nord Selon Science
Photo: Mongabay

Gouvernance et capacités de gestion constituent les facteurs déterminants de cette dynamique. L’étude identifie la faiblesse de la gouvernance et des capacités de gestion comme le moteur principal de cette sévérité accrue, tandis que l’incapacité à reconnaître que le Sud global fait face aux impacts d’espèces exotiques envahissantes les plus élevés détourne l’attention des régions les plus menacées.

À l’inverse, les nations du Nord bénéficient d’une meilleure aptitude à appliquer des politiques de prévention et de contrôle efficaces malgré des taux d’introduction initiaux élevés. Les travaux démontrent ainsi qu’une administration rigoureuse et des moyens adaptés permettent de réduire significativement les conséquences des invasions biologiques à travers la plupart des taxons et des écosystèmes, confirment les conclusions de l’étude.

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