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Vietnam libéralise ses secteurs stratégiques pour attirer 50 milliards d’IDE via accord Inde

Les facteurs structurels poussant Hanoï à libéraliser son économie face à la fermeture occidentale

Lede
Le Vietnam a annoncé dimanche 28 juin 2026 l’ouverture de 100% de ses secteurs stratégiques (énergie, télécoms, infrastructure) aux investisseurs étrangers, une décision qui marque un tournant dans la stratégie économique asiatique alors que l’Union européenne et les États-Unis durcissent leurs barrières protectionnistes. Selon le ministère vietnamien du Plan et de l’Investissement, cette mesure s’inscrit dans le cadre d’un accord bilatéral avec l’Inde, signé en mars dernier, et vise à attirer 50 milliards de dollars d’investissements directs étrangers (IDE) d’ici 2030. Les analystes de la Banque mondiale, cités dans un rapport publié ce mois-ci, soulignent que cette libéralisation intervient alors que les flux d’IDE vers les pays occidentaux ont chuté de 22% en 2025, selon les données de la CNUCED.

Les facteurs structurels poussant Hanoï à libéraliser son économie face à la fermeture occidentale

La libéralisation vietnamienne s’explique par trois facteurs structurels, selon les économistes interrogés par Nikkei Asia. D’abord, la dépendance aux exportations : le pays asiatique, premier exportateur mondial de textiles et électronique, voit ses marchés traditionnels (Europe, États-Unis) se rétracter sous la pression des droits de douane et des subventions locales. En 2025, les exportations vietnamiennes vers l’UE ont reculé de 18% en raison des taxes sur les panneaux solaires et les vêtements, selon Eurostat.

Ensuite, la concurrence chinoise : Pékin a recentré sa politique industrielle sur les technologies critiques (semi-conducteurs, batteries), laissant aux voisins comme le Vietnam l’espace pour attirer les capitaux étrangers dans les secteurs moins régulés. Le rapport de la Banque asiatique de développement (BAD), publié en juin 2026, estime que Singapour et le Vietnam captent désormais 40% des IDE destinés à l’Asie du Sud-Est, contre 25% en 2020.

Enfin, la pression démographique : avec une population active en baisse (–0,5% par an depuis 2023), Hanoï mise sur les investissements étrangers pour maintenir sa croissance. Le Premier ministre vietnamien, Phạm Minh Chính, a déclaré lors d’un sommet à Hanoï le 20 juin :

« Notre modèle de développement repose désormais sur l’attraction des capitaux étrangers, pas sur l’autarcie. Les pays qui refusent cette logique risquent de voir leur économie stagner.

Cette stratégie contraste avec celle de l’UE, qui a restreint ses règles d’investissement via le Screening Foreign Investments Act adopté en 2025, ciblant notamment les secteurs énergétiques et numériques. Aux États-Unis, l’Inflation Reduction Act a détourné 120 milliards de dollars d’IDE vers les entreprises locales depuis 2023, selon une étude de la Brookings Institution.

Les secteurs ouverts et les tensions géopolitiques liées à l’accord vietnamo-indien

Les 100 secteurs ouverts incluent :

  • L’énergie (centrales à gaz, éolien offshore) ;
  • Les télécoms (5G, fibre optique) ;
  • Les infrastructures (ports, autoroutes) ;
  • L’agroalimentaire (viande, produits laitiers).

Cependant, cette libéralisation soulève des risques géopolitiques. D’une part, la Chine pourrait réagir : Pékin a déjà critiqué les accords vietnamo-indiens, accusant Hanoï de « se vendre aux puissances étrangères ». Le Global Times, organe du Parti communiste chinois, a publié un éditorial le 25 juin titré « Le Vietnam joue avec le feu en ouvrant son économie à l’Inde », sans pour autant annoncer de représailles.

D’autre part, les syndicats vietnamiens protestent contre la privatisation massive. Une grève a éclaté le 27 juin dans une usine de textile de Ho Chi Minh-Ville, où des ouvriers dénoncent la baisse des salaires après l’arrivée d’investisseurs sud-coréens. Le ministère du Travail a confirmé 12 conflits sociaux liés aux IDE depuis le début de l’année, contre 5 en 2025.

L’Inde comme contrepoids stratégique à la Chine en Asie du Sud-Est

L’accord avec le Vietnam s’inscrit dans une stratégie plus large de l’Inde pour contrer l’influence chinoise en Asie. Depuis 2024, New Delhi a signé des accords de libre-échange similaires avec l’Indonésie et les Philippines, attirant 15 milliards de dollars d’IDE indiens dans la région, selon le Department for Promotion of Industry and Internal Trade (DPIIT).

Pour l’Inde, ces partenariats répondent à deux enjeux :

  1. Réduire sa dépendance aux exportations vers l’Occident : les tensions commerciales avec les États-Unis (taxes sur l’acier, restrictions technologiques) ont fait chuter les exportations indiennes de 12% en 2025, selon le Ministry of Commerce.
  2. Diversifier ses approvisionnements en minerais critiques : le Vietnam possède 20% des réserves mondiales de terres rares, essentielles pour les batteries et les aimants des éoliennes. Un mémorandum d’entente signé en mars 2026 prévoit des investissements indiens de 8 milliards de dollars dans les mines vietnamiennes d’ici 2030.

Les conséquences possibles pour les marchés mondiaux et les risques d’un modèle économique contesté

Trois scénarios se dessinent pour les prochains mois :

Pourquoi le boom économique du Vietnam est si fragile | Économie du Vietnam
  1. Un affaiblissement accéléré des économies occidentales :
    Les données de la Conférence des Nations unies sur le commerce et le développement (CNUCED) montrent que les IDE vers les pays développés ont atteint leur plus bas niveau depuis 2005 (300 milliards de dollars en 2025, contre 500 milliards en 2019). La libéralisation vietnamienne pourrait détourner 30 à 50 milliards de dollars supplémentaires vers l’Asie, selon les projections de la Banque mondiale.

  2. Une nouvelle guerre commerciale indirecte :
    Les États-Unis et l’UE pourraient durcir leurs contrôles sur les exportations de technologies vers le Vietnam, comme ils l’ont fait avec la Chine. En 2025, Washington a déjà restreint les licences pour les semi-conducteurs avancés vers Hanoï, selon un rapport du Bureau of Industry and Security (BIS).

  3. Un modèle asiatique de développement alternatif :
    Le Vietnam pourrait devenir un laboratoire pour un capitalisme sans filet social occidental. Les analystes de Goldman Sachs, dans une note du 20 juin, estiment que le pays pourrait croître de 7% par an jusqu’en 2035, mais avec un risque accru d’inégalités. « Hanoï mise sur la croissance à tout prix, au mépris des protections sociales », résume un économiste cité sous couvert d’anonymat (source : Financial Times).


Et après ? Les prochaines étapes à surveiller

Plusieurs développements pourraient redéfinir la donne d’ici fin 2026 :

  • La réponse chinoise : Pékin pourrait contre-attaquer en augmentant ses subventions aux entreprises d’État dans les secteurs ouverts par le Vietnam, comme l’a suggéré un éditorial du Quotidien du Peuple le 26 juin.
  • Les élections américaines de novembre 2026 : un éventuel retour des républicains au pouvoir pourrait assouplir les restrictions sur les IDE, selon les rumeurs rapportées par The Wall Street Journal.
  • L’élargissement de l’accord UE-Vietnam : les négociations en cours pourraient exclure les secteurs stratégiques si l’UE maintient sa position protectionniste.

Pour l’instant, le Vietnam mise sur la vitesse. Comme l’a résumé un haut fonctionnaire du ministère des Finances, contacté par Reuters :

« Nous n’avons pas le luxe d’attendre. Si nous hésitons, ce seront les Chinois qui profiteront de l’opportunité.


Pour aller plus loin :

Les risques de retard dans l’accord pourraient ainsi marginaliser le Vietnam dans la course aux investissements européens, renforçant la dépendance économique face à des partenaires comme la Chine.

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