International En Irlande, Donegal, victime annoncée du Brexit

En Irlande, Donegal, victime annoncée du Brexit

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Le comté de Donegal illustre bien la complexité du Brexit. Dans cette province du nord de l’Irlande, coincée entre l’océan Atlantique et l’Irlande du Nord, le temps s’est arrêté. Aucun train ne dessert “Comté oublié”, comme Zack Gallagher, le chef irlandais l’appelle.

Depuis dix ans, cet homme à tête chauve fait la promotion du tourisme culinaire à Donegal Town, un petit bourg de 2 000 habitants. “Pendant longtemps, nous avons parlé d’une ligne invisible qui nous séparait de Dublin. Nous nous sommes donc rapprochés de l’Irlande du Nord”, il explique, tout en racontant, dessinant sur une serviette en papier, la partition de l’île, l’indépendance de la République d’Irlande, arrachée en 1922 aux Britanniques qui ont retenu six des neuf comtés d’Ulster pour former l’Irlande du Nord. ” Comté de Donegal, Il ajouta, renvoyé pour des raisons politiques et démographiques, renvoyé aux Irlandais “.

Une antichambre pour les paramilitaires républicains

Cependant, la frontière, au siècle dernier, est devenue le théâtre de nombreux affrontements troubles (1968-1998), le conflit civil qui a éclaté en Irlande du Nord entre les syndicalistes protestants et les républicains catholiques qui, en faveur d’une Irlande unifiée, ont utilisé le comté de Donegal comme base arrière. ” Dans un bar du centre-ville, nous avons trouvé une antichambre où les paramilitaires républicains se cachaient. Il y avait encore du thé et des journaux des années 60 “, dit Zack Gallagher.

À Pettigoe, petite ville d’une centaine d’âmes entourée de lacs, les habitants ont un jour souffert de ce conflit. Coupé en deux par la frontière irlandaise, l’endroit se prépare à un tout autre défi: le Brexit. Martin Eves, directeur irlandais d’une entreprise de compostage, à 5 km de Pettigoe, pointe vers la route principale – la seule restée ouverte pendant la troubles : “L’armée britannique a occupé un poste de contrôle non loin du village”, il se souvient.

Les contours de l’accord sur le Brexit négocié par le Premier ministre britannique Boris Johnson restent flous à ce stade, notamment en ce qui concerne les points de contrôle. Aussi, même si le Premier ministre irlandais Leo Varadkar a estimé, mardi 14 janvier, que la crise du Brexit était ” colonisé ” et qu’il s’agissait ” meilleur moment “ pour organiser des élections législatives anticipées (voir ci-contre), Martin Eves ne sait pas à quoi s’attendre. “De nombreuses entreprises ont signé des contrats en Irlande du Nord. Que vont-elles devenir?”inquiète Martin Eves, pour qui le Brexit pourrait aussi “Démolir l’agriculture”, un secteur déjà en difficulté dans le comté.

La préoccupation des entrepreneurs et des agriculteurs

Les agriculteurs de Pettigoe doivent faire face à un sol brun de mauvaise qualité. Certains, pour joindre les deux bouts, sont obligés de vendre de la tourbe. À North Donegal, John Graham, éleveur, possède une ferme familiale à Ballyholey, à 10 kilomètres de la frontière. “Ici, la terre est meilleure, mais trop humide”, explique-t-il au volant de sa jeep. L’éleveur n’est pas épargné par les conséquences du Brexit. “ En mars 2019, les grandes entreprises ont baissé les prix du bœuf car elles sont confrontées à l’incertitude du Brexit, il se lamente. Les prix ont chuté de 25% et n’ont jamais augmenté. “

Comme les éleveurs, les chefs d’entreprise de la région sont concernés. Plus que d’autres, le comté est en effet sensible aux fluctuations entre l’euro et la livre. “Quand il s’est effondré après le référendum sur le Brexit, nos entreprises ont été affectées parce que de nombreux Irlandais du Nord qui faisaient leurs achats ici ne sont plus venus” dit Toni Forrester, président de la chambre de commerce de Letterkenny, la ville principale de Donegal. De plus, pour se rendre à Donegal depuis Dublin, la route principale traverse l’Irlande du Nord. Un cauchemar en perspective si la frontière est restaurée.

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Législations prévues le 8 février

Le Premier ministre irlandais a convoqué mardi 14 janvier des élections législatives anticipées pour le 8 février, date à laquelle les négociations sur les relations futures entre le Royaume-Uni et l’UE s’ouvriront. Pour Leo Varadkar, dont le parti du Fine Gael fait partie d’une coalition centriste depuis 2016, affaibli après s’être présenté uni face au risque d’un Brexit sans accord, ces élections permettront“Avoir un gouvernement en place pour la prochaine réunion du Conseil européen en mars avec un mandat fort”. Il faudra alors, ajoute-t-il, “Négocier un accord de libre-échange entre l’UE, y compris l’Irlande et le Royaume-Uni, qui protège nos emplois, nos entreprises, nos communautés rurales et notre économie”.

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