Dirigeants Des Grandes Puissances : La Peur Du Nucléaire S’Estompe

La peur d’une catastrophe nucléaire s’estompe progressivement chez les dirigeants des grandes puissances, selon une analyse publiée par The Economist et relayée par plusieurs observateurs. Alors qu’aux temps de la guerre froide, la menace d’une destruction mutuelle agissait comme un frein redoutable, les arsenaux se modernisent aujourd’hui sans susciter la même retenue stratégique.

L’histoire de la dissuasion nucléaire s’est longtemps nourrie de la terreur partagée des dirigeants face aux conséquences d’un conflit atomique. Kennedy et Nikita Khrouchtchev avaient pris soin d’écarter leurs conseillers les plus radicaux pour éviter de voir s’élever des champignons atomiques. Vingt-quatre ans plus tard, en octobre 1986, la rencontre de Reykjavik en Islande illustrait une autre tentative de maîtrise de cette force destructrice. Durant ce sommet de deux jours, qualifié de sommet de tous les espoirs, Ronald Reagan et Mikhaïl Gorbatchev incarnaient la gestion de près de environ 60 000 ogives nucléaires contrôlées à distance, chaque dirigeant ayant à ses côtés un assistant prêt à actionner le mécanisme fatal sur ordre présidentiel.

Du sommet de Reykjavik aux traités de désarmement

Bien que ce sommet de 1986 ait initialement échoué en raison des divergences sur le projet américain de bouclier antimissile, baptisé Initiative de défense stratégique ou guerre des étoiles par les médias, il avait ancré une réalité entre les deux superpuissances. Depuis la maison Höfði, les deux dirigeants partageaient une même aversion et un rejet profond des armes nucléaires, une prise de conscience qui a par la suite favorisé la signature de traités de désarmement importants, comme le rappelle The Economist. Aujourd’hui, cet effroi partagé semble céder la pas à des calculs géopolitiques pragmatiques où la menace d’un anéantissement global n’exerce plus le même ascendant psychologique sur le commandement des grandes nations.

La modernisation des arsenaux aux États-Unis, en Chine et en Russie

Les dynamiques actuelles montrent que les puissances mondiales se tournent résolument vers le renforcement de leurs capacités militaires. Aux États-Unis, la position présidentielle a évolué. S’exprimant contre la perspective d’une guerre qu’il qualifiait de catastrophe dans les années 1990 comme lors de sa campagne de 2016, le président Donald Trump maintient une ligne moins prévisible depuis son retour au pouvoir, ayant vendu des technologies nucléaires à des alliés et relancé le projet d’un bouclier antimissile de type Dôme d’or destiné à protéger le territoire national des attaques de missiles.

Guerre nucléaire: pourquoi les dirigeants du monde semblent aujourd’hui moins terrifiés
Photo: geo.fr

De son côté, la Chine poursuit l’expansion de ses forces tout en affirmant officiellement ne pas souhaiter de confrontation mondiale qui menacerait ses ambitions économiques. Toutefois, Pékin refuse de s’associer à des négociations trilatérales sur le contrôle des armements aux côtés de Washington et de Moscou, arguant que son arsenal demeure largement inférieur à ceux des deux autres géants. La République populaire adopte également une posture plus souple face aux programmes nucléaires de la Corée du Nord et de l’Iran, évitant d’exercer des pressions susceptibles de déstabiliser ces régimes alliés.

Quant à la Russie, elle a opéré le changement le plus spectaculaire dans sa doctrine, selon l’analyse de The Economist. Le Kremlin ne conçoit plus un ordre mondial affranchi de l’arme atomique et brandit fréquemment la menace de son utilisation pour intimider ses rivaux et affirmer son statut de grande puissance, reléguant la crainte d’une déflagration au second plan derrière ses intérêts stratégiques immédiats.

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