L’ulcère de Buruli, une infection cutanée rare et destructrice causée par la bactérie Mycobacterium ulcerans, progresse dans de nouvelles régions en Australie. En 2025, Victoria a enregistré 426 cas, tandis que de nouveaux essais de lutte antiparasitaire testent l’efficacité des stations d’autodissémination pour réduire les populations de moustiques.
La menace de l’ulcère de Buruli, une affection redoutée souvent qualifiée familièrement de bactérie mangeuse de chair, s’étend bien au-delà de ses foyers traditionnels.
Expansion géographique et foyers actifs en Australie
L’infection par Mycobacterium ulcerans a été signalée dans plus de 30 pays à travers le monde, englobant des régions d’Afrique, d’Amérique du Sud et du Pacifique occidental. Néanmoins, l’Australie fait face à une recrudescence particulièrement marquée, en particulier dans l’État de Victoria où les autorités ont recensé 426 cas rien qu’en 2025. Bien que la majorité des cas de Victoria touchent les zones côtières, les banlieues intérieures du nord-ouest de Melbourne — telles que Essendon, Brunswick West et Moonee Ponds — intègrent désormais un nouveau foyer épidémique.
Parallèlement, la Nouvelle-Galles du Sud a enregistré six cas sur sa côte sud depuis que la maladie y est devenue une affection à déclaration obligatoire. Si de craintes initiales redoutaient une simple propagation de l’épidémie victorienne vers cet État voisin, l’analyse génomique suggère que les cas de la Nouvelle-Galles du Sud proviennent d’une flambée distincte. Cette dissociation géographique soulève de nouvelles interrogations sur la diffusion réelle de cet agent pathogène et sur les facteurs environnementaux favorisant les contaminations humaines dans des territoires inédits.
Mécanismes de transmission et rôle des moustiques
La transmission de la maladie implique des réservoirs sauvages urbains, tels que les possums, qui manifestent des symptômes similaires à ceux observés chez l’être humain. Des recherches récentes confirment que les moustiques transmettent la bactérie aux personnes. Le vecteur principal identifié dans les zones à risque est Aedes notoscriptus, le moustique des cours arrière australiennes, largement présent dans les réceptacles d’eau des zones suburbaines.
À l’échelle mondiale, l’Organisation mondiale de la santé classe l’ulcère de Buruli comme la troisième maladie mycobactérienne la plus fréquente chez l’humain, juste après la lèpre et la tuberculose. Sur le plan historique, le nombre annuel de cas suspects signalés à l’échelle globale s’élevait à environ 5 000 jusqu’en 2010, avant d’entamer une baisse notable.
Manifestations cliniques et parcours de soins
La maladie débute de manière insidieuse sous la forme d’une petite inflammation cutanée souvent indolore survenant après une piqûre de moustique, une lésion qui peut rester invisible pendant plusieurs mois avant de se transformer en un ulcère destructeur. En l’absence de prise en charge, la plaie s’agrandit progressivement, entraînant des pertes cutanées et musculaires majeures ainsi qu’un risque de handicap à long terme.
Les protocoles thérapeutiques actuels reposent sur un traitement antibiotique d’une durée de huit semaines. Néanmoins, le processus de guérison demeure considérablement plus lent que celui d’autres infections cutanées courantes et dépend étroitement de l’état de l’ulcère au moment des premiers soins, la cicatrisation complète pouvant dépasser quatre mois.
Nouvelles stratégies de lutte anti-vectorielle
Face aux limites des insecticides chimiques traditionnels pour contrôler durablement les moustiques dans les zones résidentielles, des chercheurs de l’État de Victoria ont évalué une méthode novatrice de lutte biologique. L’expérimentation a mis en œuvre des dispositifs spécifiques appelés stations d’autodissémination, conçus pour attirer les femelles en quête de sites de ponte grâce à un mélange d’eau et de levure.
À l’intérieur de ces pièges, les moustiques entrent en contact avec une bande de gaze imprégnée de pyriproxyfène, un régulateur de croissance des insectes, et de Beauveria bassiana, un champignon entomopathogène. En quittant la station, l’insecte contamine d’autres réservoirs d’eau domestiques lors de ses recherches de ponte, devenant ainsi un agent actif de régulation de sa propre population avant de succomber à l’infection fongique.

Après huit semaines de déploiement des stations, les comptes d’œufs de moustiques, qui constituent une mesure de l’activité des moustiques, étaient inférieurs de 70% dans les zones de traitement par rapport aux zones témoins. The Conversation
Les responsables de ces essais soulignent que cette approche novatrice démontre qu’une diminution ciblée du nombre de moustiques par des mesures de contrôle simples permet de réduire de manière mesurable le risque de transmission de la maladie, ouvrant ainsi des perspectives inédites pour la prévention sanitaire dans les zones d’endémie.
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