Le président sud-africain Cyril Ramaphosa a promis, ce dimanche, de prendre des mesures contre l’immigration clandestine suite à une recrudescence de violences xénophobes. Alors que des groupes de pression exigent le départ des étrangers d’ici le 30 juin, plusieurs pays, dont le Mozambique et le Ghana, accélèrent le rapatriement de leurs ressortissants.
Le chaos de Mossel Bay et les bilans contradictoires

Une vague de rapatriements massifs vers les pays voisins
Face à l’insécurité croissante, les États africans organisent l’évacuation de leurs citoyens. Le Mozambique a déjà accueilli près de 600 de ses ressortissants le 3 juin dernier, certains ayant traversé la frontière de leur propre initiative. Le Nigeria, de son côté, a lancé un recensement le 4 juin pour organiser le retour de ses citoyens. Comme l’indique RFI, le ministère nigérian des Affaires étrangères s’attend à rapatrier au moins 1 000 personnes, un chiffre qui pourrait doubler dans les prochains jours. Le Ghana a également pris des mesures concrètes, rapatriant environ 300 de ses ressortissants le mois dernier après des menaces directes. Cette fuite massive ne concerne pas uniquement les migrants sans papiers. Certains déplacés, comme Silva Valoi, témoignent être des résidents en règle, mais victimes de la colère aveugle des manifestants.Ils disent qu’ils sont contre les immigrés illégaux, mais j’ai un passeport valide ici avec moi.

L’ultimatum du 30 juin et la réponse de Cyril Ramaphosa
La tension est alimentée par une date butoir imposée par des groupes anti-immigration : le 30 juin. Ces organisations exigent le départ de tous les étrangers en situation irrégulière, les accusant d’aggraver le chômage et de saturer les services de santé et d’éducation. Lors d’un discours à la télévision nationale, le président Cyril Ramaphosa a tenté de concilier la légitimité des inquiétudes sociales et l’exigence de l’ordre public. Selon Noovo, le chef de l’État a reconnu la réalité des préoccupations des citoyens tout en condamnant fermement les dérives.De nombreux Sud-Africains soulèvent des questions difficiles mais légitimes. Ces préoccupations sont réelles. Elles méritent d’être entendues, et elles méritent d’être prises en compte.

Seuls les représentants autorisés du gouvernement peuvent agir contre les violations de notre loi.
Cyril Ramaphosa, via Noovo Cette crise survient dans un contexte économique précaire, où l’immigration est devenue le bouc émissaire d’un taux de chômage extrêmement élevé. Bien qu’il n’existe pas de chiffres officiels, les estimations situent le nombre de migrants en situation irrégulière entre 2 et 5 millions pour une population de 62 millions d’habitants.Tensions diplomatiques et affrontements de récits
La gestion de cette crise a également pris une tournure diplomatique tendue. L’ambassade du Ghana a diffusé une vidéo montrant des élus agitant des drapeaux ghanéens à bord d’un avion de rapatriement, un geste perçu par Pretoria comme une mise en scène politique. En réaction, les autorités sud-africaines ont fustigé ces spectacles médiatiques. Parallèlement, le gouvernement cherche à calmer les esprits en précisant la nature des victimes. Ronald Lamola a notamment affirmé qu’aucun ressortissant nigérian n’avait été tué lors de cette vague d’attaques, contrastant avec les craintes exprimées par certains pays voisins. L’enjeu des prochaines semaines sera de déterminer si le gouvernement de coalition sud-africain, formé en 2024, parviendra à renforcer le contrôle des frontières — après avoir déjà expulsé plus de 100 000 personnes en deux ans — sans laisser la violence xénophobe devenir une constante sociale. L’échéance du 30 juin pourrait agir comme un catalyseur de nouvelles tensions si les mesures de régularisation ne sont pas perçues comme suffisantes par les mouvements de protestation.Sur le même sujet