L’armée américaine prépare un camp à Guantánamo pour les migrants cubains fuyant la crise humanitaire
Par Stephen Prager
GUANTÁNAMO BAY, Cuba – Face à une crise humanitaire croissante à Cuba, exacerbée par un blocus énergétique imposé par l’administration Trump, l’armée américaine se prépare à établir un camp à la base navale de Guantánamo Bay pour accueillir les migrants fuyant l’île, a révélé un général lors d’une audition au Congrès le 20 mars 2026.
Le général Francis Donovan, commandant du Commandement Sud des États-Unis (SOUTHCOM), a déclaré que l’armée était prête à soutenir le Département de la Sécurité intérieure (DHS) dans la gestion d’un éventuel afflux massif de migrants. "Nous avons un ordre exécutif pour être prêts à soutenir le DHS dans un événement de migration massive. Ils prendraient les devants, nous suivrions", a-t-il affirmé.
Cette annonce intervient alors que Cuba est confrontée à des pénuries d’essence et à des coupures de courant généralisées, plongeant la population dans une situation de plus en plus précaire. Le gouverneur républicain de Floride, Ron DeSantis, a même averti d’une possible "exode massive" de Cubains vers les États-Unis, craignant une arrivée massive de migrants dans les Florida Keys.
L’administration Trump a durci son embargo sur Cuba en janvier dernier, imposant des tarifs punitifs sur les pays fournissant du pétrole à l’île. Cette politique, qualifiée de "violation grave du droit international" par des rapporteurs de l’ONU, a contribué à aggraver la crise économique et humanitaire à Cuba.
Selon Juanita Goebertus, directrice pour les Amériques chez Human Rights Watch, le blocus a entraîné un manque d’accès à l’eau potable, des difficultés pour les hôpitaux à fonctionner correctement et une pénurie de biens de première nécessité.
L’utilisation de Guantánamo Bay, tristement célèbre pour sa prison où des détenus ont été soumis à la torture pendant la "guerre contre le terrorisme", soulève des inquiétudes quant aux conditions de détention des migrants. L’administration Trump avait initialement prévu d’utiliser ce centre pour détenir des "étrangers criminels prioritaires illégalement présents aux États-Unis", mais il pourrait désormais servir à accueillir les Cubains fuyant les conséquences directes de la politique américaine.
Erik Sperling, directeur exécutif de Just Foreign Policy, a souligné que cette crise migratoire est directement liée à la politique américaine envers Cuba. "Trump et [le secrétaire d’État Marco] Rubio sont responsables de toute crise de réfugiés à Cuba, car les États-Unis nuisent intentionnellement aux civils avec un blocus pétrolier", a-t-il déclaré sur X (anciennement Twitter).
Un sondage YouGov récent montre que l’opinion publique américaine est divisée sur le blocus de Cuba, avec 46 % de personnes s’y opposant et seulement 28 % l’approuvant. De même, une majorité de citoyens américains (61 %) s’oppose à une intervention militaire à Cuba.
Just Foreign Policy a conclu : "Le peuple américain ne veut pas que son gouvernement affame les Cubains et provoque un ‘événement de migration massive’".
