Coronavirus: sur la piste des vaccins au cœur de l’Institut Pasteur

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Sur son bureau se trouve des microscopes d’antan, un globule 3D blanc qui ressemble à un insecte et une boule épicée, le virus du SIDA, produit par les marionnettistes de Guignols. Et sur son écran, des photos de cellules infectées par le coronavirus. «Dans mon équipe, nous sommes quatorze à travailler sur le SRAS-CoV-2», précise Olivier Schwartz, le directeur de l’unité virus et immunité lors de notre rencontre à l’Institut Pasteur de Paris.

Tandis que la courbe des paniques mortes dans le monde, que certaines régions sont confinées, la course à l’immunité accélère et resserre une dizaine de vaccins. Et la recherche des équipes de Pasteur progresse rapidement. Dans quelques jours, la première phase clinique sur l’homme va commencer: cinq ou six volontaires puis quatre-vingt-dix seront recrutés pour tester le précieux antidote, un dérivé atténué du vaccin contre la rougeole.

“Cultiver des cellules”

Il faut dire que depuis le début de l’épidémie, plus d’un tiers des 140 groupes de recherche de Pasteur ont depuis quelque temps abandonné la dengue, le chikungunya ou même la grippe pour se consacrer au coronavirus: 400 hommes et femmes dont près de 60 sur le vaccin.

Olivier Schwartz est le directeur de l’unité virus et immunité de l’Institut Pasteur./LP/Jean-Baptiste Quentin

Mais pour vaincre l’ennemi, vous devez d’abord le savoir. C’est le travail des équipes du professeur Schwartz, réunies au 4ème étage du bâtiment “Lwoff”, du nom d’un chercheur: qu’est-ce que ce virus? Comment pénètre-t-il dans le corps et comment réagit-il? “Ces données sont nécessaires pour améliorer les stratégies vaccinales”, explique le directeur. Pour le savoir, il faut «faire pousser des cellules». “Je vous montre”, dit un étudiant, entrant dans un laboratoire P2 en face du bureau.

Il est Jérémy, en 3e année de sa thèse. Dans le sas, tout le monde enfile un chemisier, des couvre-chaussures et des gants. Une fois la porte franchie, vous accédez à une boîte. “Il n’y a rien de dangereux ici”, prévient-il en sortant les flacons d’un incubateur à 37 degrés. A l’intérieur, le liquide rouge est constitué de cellules. Chacun en contient plusieurs millions. Sur le banc, il les observe au microscope.

“Ah, ils sont beaux et bien nourris”, s’exclame-t-il. Face à notre regard interrogateur, l’élève poursuit: “Il y a encore de la place pour qu’ils grandissent. Quand c’est bon, on peut ajouter du virus pour les infecter, pas là, dans un autre laboratoire de haute sécurité P3.” Impossible d’entrer.

Jérémy, en 3e année de sa thèse, «cultive» des cellules dans un laboratoire P2./LP/Jean-Baptiste Quentin
Jérémy, en 3e année de sa thèse, «cultive» des cellules dans un laboratoire P2./LP/Jean-Baptiste Quentin

Mais Olivier Schwartz nous montrera le résultat de l’expérience, sur son ordinateur. D’un côté, des cellules, sur fond gris. Ensuite, nous ajoutons des coronavirus et une fois infectés, ils se colorent grâce à une protéine fluorescente. Du coup, c’est le feu d’artifice, le vert apparaît partout, les cellules se rassemblent, deviennent gigantesques, tout le champ est envahi et maintenant voilà le rouge, c’est le signe qu’elles meurent!

Un maillon dans une énorme chaîne de travail

“Ils peuvent se détruire, changer mais aussi fusionner, on les appelle des syncytias”, explique le réalisateur. Tous les virus ne provoquent pas cela, mais le coronavirus le fait. «Évidemment, le corps se défendra. Mais ce phénomène a été observé par des équipes de chercheurs comme en Angleterre.

Au cours des autopsies pulmonaires, plus de la moitié des patients décédés de Covid-19 avaient fusionné des cellules. Une fois vacciné, le corps produira des anticorps. Et lorsque l’ennemi tentera d’entrer, ces soldats seront prêts à vaincre l’infection et à empêcher la fusion du virus et des cellules. Ici, le laboratoire “Lwoff” n’est qu’un maillon d’une énorme chaîne de travail.

“Par rapport aux autres, nous sommes en retard, il ne faut pas le cacher”, reconnaît Christophe D’Enfert, directeur scientifique de l’Institut Pasteur./LP/Jean-Baptiste Quentin

Chaque lundi, les équipes de recherche, réparties sur dix bâtiments du campus, partagent leurs résultats. Si trois vaccins sont développés par l’Institut, le dérivé du virus de la rougeole, en partenariat avec le géant pharmaceutique MSD, est le plus avancé. Les scientifiques n’en ont pas créé un nouveau mais en ont réutilisé un bien connu. Sa composition génétique a été modifiée pour produire une protéine à partir du coronavirus.

Marketing «pas avant mars»

“Pour l’instant, nous savons, comme les deux autres sur lesquels nous travaillons, qu’il provoque une réaction immunitaire chez la souris et la production d’anticorps”, poursuit le directeur scientifique. Mais la question aujourd’hui est de savoir s’il n’est pas toxique. Les phases 2 et 3 permettront de savoir si cette immunité protège bien du virus, bref, si elle est efficace. La route est encore longue, l’attente immense.

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“Par rapport aux autres, nous sommes en retard, il ne faut pas le cacher, reconnaît Christophe D’Enfert, mais pour l’instant, tout se passe relativement bien et nous entamons même la phase 1, plus tôt que prévu” Si la compétition est mondiale, à l’Institut Pasteur, nous ne luttons pas contre les autres mais au “nom de la santé publique”. Quant au marketing, “ce ne sera probablement pas avant mars”, conseille-t-il avec prudence. L’accès sera équitable et les tarifs adaptés à la richesse des pays ».

Pour développer ce fameux antidote, tous les Pasteur se sont mobilisés. Même le confiné, se souvient Christophe D’Enfert. «Les chercheurs, ingénieurs, techniciens qui étaient à la maison se sont demandé comment je peux aider, que puis-je faire pour revenir? Je ne pense pas avoir jamais vu ça. “

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