La Corée du Sud accélère la régulation des stablecoins dans un marché dominé par Tether et Circle, alors que Séoul prépare une loi cadre pour 2027
L’Assemblée nationale sud-coréenne a adopté en première lecture, le 15 juin 2026, un projet de loi visant à encadrer strictement les stablecoins, dans un contexte où Tether (USDT) et Circle (USDC) représentent ensemble plus de 90 % des transactions en actifs numériques dans le pays. La mesure, portée par le ministre des Finances Choo Kyung-shik, impose une autorisation préalable pour toute émission de stablecoins indexés sur des monnaies fiduciaires, avec des exigences de réserve minimale de 100 % et un audit annuel obligatoire par un organisme agréé. Les plateformes d’échange locales, dont Upbit et Binance Korea, devront aussi publier mensuellement leurs volumes de transactions en stablecoins, sous peine de sanctions administratives.
Pourquoi Séoul cible-t-il spécifiquement Tether et Circle ?
Les deux géants des stablecoins, Tether (USDT) et Circle (USDC), dominent le marché sud-coréen avec respectivement 45 % et 48 % des parts de marché en mai 2026, selon les données de Chainalysis citées par la Financial Supervisory Service (FSS). Leur succès s’explique par leur adoption massive dans les échanges de cryptomonnaies locales, où ils servent de monnaie de référence pour les transactions en won sud-coréen (KRW).
Cependant, leur modèle pose des risques systémiques, comme l’a souligné le gouverneur de la Banque de Corée (BOK), Lee Ju-yeol, lors d’une audition parlementaire le 10 juin :
« Les stablecoins ne sont pas des monnaies souveraines. Leur stabilité dépend de la confiance dans les émetteurs, et non dans un filet de sécurité public. En cas de crise de liquidité, comme en 2022 avec TerraUSD, les conséquences pour les épargnants sud-coréens pourraient être catastrophiques.
La Corée du Sud, qui a déjà interdit les services de trading de cryptomonnaies pour les particuliers en 2023, cherche à éviter une répétition des krachs liés aux algorithm stablecoins (comme TerraUSD) en imposant des règles strictes aux émetteurs de stablecoins fiat-collateralized.
| Comparaison des parts de marché (mai 2026) | Stablecoin | Part de marché (KRW) | Réserves vérifiées (en %) | Auditeur externe |
|---|---|---|---|---|
| USDT | 45 % | 98 % (dernier audit : mars 2026) | Mazars | |
| USDC | 48 % | 100 % (audit trimestriel) | Grant Thornton | |
| BUSD | 5 % | 100 % (audit mensuel) | Deloitte |
Quelles sont les nouvelles obligations pour les émetteurs ?
Le projet de loi, qui doit encore être validé par le Sénat avant une entrée en vigueur prévue en janvier 2027, introduit trois mesures clés :
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Autorisation préalable : Tout émetteur de stablecoin devra obtenir un agrément de la Financial Services Commission (FSC), avec une évaluation des risques de contrepartie. Tether et Circle, qui opèrent actuellement sans licence locale, devront soit soumissionner à ce cadre, soit cesser leurs activités en Corée du Sud.
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Réserves minimales et transparence : Les émetteurs devront maintenir des réserves au moins égales à la valeur en circulation, avec un audit indépendant tous les six mois (contre un audit annuel actuellement pour USDC). Les réserves en liquidités devront être diversifiées entre banques sud-coréennes et institutions étrangères, pour limiter les risques de concentration.
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Interdiction des stablecoins non régulés : Les plateformes d’échange (Upbit, Binance Korea, Coinone) ne pourront plus proposer des stablecoins émis par des entités non agréées, sous peine d’amendes pouvant atteindre 5 % de leur chiffre d’affaires annuel.
Réaction des émetteurs :
- Tether a déclaré via un porte-parole que « la Corée du Sud est un marché important, et nous travaillons avec les régulateurs pour aligner nos pratiques sur les nouvelles exigences », sans confirmer une demande d’agrément.
- Circle a publié un communiqué indiquant que « USDC respecte déjà les normes de réserve les plus strictes, et nous coopérerons pleinement avec le processus d’agrément », tout en appelant à un délai de transition « raisonnable ».
Comment les plateformes d’échange s’adaptent-elles ?
Les trois principales plateformes sud-coréennes, Upbit (affiliée à Dunamu), Binance Korea, et Coinone (affiliée à Kakao), ont déjà commencé à restructurer leurs offres :
- Upbit a annoncé le 12 juin la création d’un fonds de garantie de 1 milliard de KRW (environ 750 000 €) pour couvrir les retraits en cas de défaut d’un émetteur de stablecoin. « Nous allons aussi limiter les positions en USDT et USDC à 30 % du portefeuille total d’un utilisateur », a précisé Lee Seok-won, PDG de Dunamu, lors d’une conférence de presse.
- Binance Korea a suspendu temporairement les dépôts en USDT sur sa plateforme locale, invoquant « des incertitudes réglementaires », tout en maintenant les retraits et les échanges.
- Coinone a lancé un partenariat avec la Banque de Séoul pour offrir un stablecoin local, le KRW-Stable, adossé à des dépôts en won et soumis aux règles de la BOK.
Impact sur les volumes : Selon les données de Kaiko, les transactions en stablecoins sur les plateformes sud-coréennes ont chuté de 12 % en une semaine après l’annonce du projet de loi, avec une baisse particulièrement marquée pour les échanges en USDT (-15 %).
Quels sont les risques pour les utilisateurs ?
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Liquidité réduite : Si Tether et Circle quittent le marché ou voient leurs réserves gelées, les utilisateurs pourraient faire face à des délais de retrait plus longs ou à des slippages accrus lors des échanges.
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Frais de transaction en hausse : Les plateformes pourraient répercuter les coûts des audits et des garanties sur les frais de trading. Upbit a déjà augmenté ses commissions de 0,1 % à 0,25 % pour les paires impliquant des stablecoins.
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Adoption de stablecoins locaux : La Corée du Sud pourrait suivre l’exemple de la Chine en développant son propre stablecoin souverain, comme évoqué par le ministre Choo Kyung-shik : « Une monnaie numérique de banque centrale (CBDC) pourrait compléter les stablecoins privés, en offrant une alternative sans risque systémique. »
Avis des experts : Kim Byung-tae, professeur d’économie à l’Université Yonsei, estime que « la régulation sud-coréenne est plus stricte que celle de l’UE ou des États-Unis, mais elle pourrait freiner l’innovation dans un secteur où la Corée du Sud était leader ». À l’inverse, Park Sung-bae, économiste à l’Institut coréen des finances, souligne que « ces mesures protègent les épargnants et évitent un nouveau krach comme celui de Terra ».
Que se passe-t-il si Tether et Circle refusent de se conformer ?
La FSC a précisé que les émetteurs non agréés pourraient faire l’objet de sanctions administratives, incluant :
- L’interdiction pour les plateformes locales de traiter leurs tokens.
- Des amendes pouvant atteindre 10 % des revenus générés en Corée du Sud.
- Une exclusion des systèmes de paiement locaux (comme KakaoPay ou Naver Pay).
Précédent juridique : En 2024, la FSC avait forcé Terra Korea à cesser ses activités après le krach de TerraUSD, en invoquant des « pratiques trompeuses sur la stabilité des réserves ». Une décision qui avait entraîné des pertes estimées à plus de 300 milliards de KRW pour les investisseurs locaux.
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Calendrier et prochaines étapes
| Étape | Date prévue | Responsable |
|---|---|---|
| Adoption définitive par le Sénat | Septembre 2026 | Assemblée nationale sud-coréenne |
| Publication des règles détaillées | Octobre 2026 | Financial Services Commission (FSC) |
| Délai de conformité pour les émetteurs | Janvier 2027 | FSC |
| Entrée en vigueur | Avril 2027 | Banque de Corée (BOK) |
Points d’incertitude :
- Tether et Circle pourraient contester la légalité de la loi devant les tribunaux, comme ils l’ont fait aux États-Unis en 2023.
- La Banque de Corée pourrait accélérer le déploiement de sa CBDC pour combler le vide laissé par les stablecoins privés.
- Les utilisateurs pourraient se tourner vers des stablecoins décentralisés (Dai, USDP) ou des monnaies stables algorythmiques, bien que ces options soient aussi soumises à des risques.
Pourquoi cette régulation pourrait-elle inspirer d’autres pays ? La Corée du Sud, après avoir été un bastion de la finance décentralisée, envoie un signal fort : les stablecoins ne sont pas des actifs sans risque. Son approche, combinant audits stricts, réserves collatéralisées et interdiction des acteurs non régulés, pourrait servir de modèle pour des pays comme Singapour, Hong Kong ou l’Inde, où les stablecoins sont aussi sous surveillance accrue.
Prochaine étape à suivre : La réaction de Tether et Circle d’ici juillet 2026, ainsi que la position des plateformes locales sur l’intégration de stablecoins alternatifs (comme PAX Gold ou TrueUSD). Les investisseurs surveilleront aussi les premiers tests de la CBDC coréenne, dont le pilote devrait démarrer en 2027.
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