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CIA Nanda Devi : L’opération nucléaire secrète en Himalaya

Opération High Altitude Test : Le secret glacial de la guerre froide sur les sommets himalayens

New Delhi – Au cœur des tensions de la guerre froide, un projet audacieux et risqué a vu le jour sur les pentes vertigineuses de l’Himalaya. L’opération High Altitude Test, une collaboration secrète entre la CIA et les services de renseignement indiens, visait à installer un dispositif de surveillance nucléaire sur le mont Nanda Devi, dans le but d’espionner les activités nucléaires chinoises. L’histoire, longtemps enfouie dans les archives, refait surface, révélant un chapitre méconnu de la rivalité géopolitique du XXe siècle et les défis éthiques et environnementaux qu’elle a engendrés.

L’idée, selon des documents déclassifiés, est née d’une conversation fortuite à Washington en 1965. Le général Curtis LeMay, chef d’état-major de l’US Air Force, discutait avec Barry Bishop, un photographe de National Geographic et alpiniste expérimenté, de la vue panoramique offerte par le sommet de l’Everest. L’opportunité de placer un dispositif de surveillance en haute altitude, capable d’observer les sites nucléaires chinois, a immédiatement séduit LeMay.

Le choix du Nanda Devi, deuxième plus haute montagne de l’Himalaya indien, n’était pas anodin. Son isolement et son terrain accidenté offraient un avantage stratégique, tout en se situant en territoire indien, ce qui permettait de contourner les restrictions liées à l’espionnage direct en Chine. L’Inde, sortie affaiblie de la guerre sino-indienne de 1962, était encline à renforcer sa coopération en matière de renseignement avec les États-Unis.

“La guerre de 1962 a été un catalyseur,” explique Paul McGarr, spécialiste des services de renseignement et auteur de Spying in South Asia: Britain, the United States and India’s Secret Cold War. “Elle a conduit à une formalisation et un approfondissement des liens entre les services de renseignement indiens et américains, qui existaient déjà de manière informelle.”

L’opération, lancée à l’automne 1965, impliquait l’installation d’une unité SNAP-19C, un générateur thermoélectrique à plutonium de 123 livres, destiné à alimenter un équipement de télémesure. Une équipe d’alpinistes indiens et américains, menée par le capitaine Manmohan Singh Kohli, a été déployée sur le Nanda Devi. Cependant, les conditions météorologiques extrêmes et le manque d’acclimatation ont rapidement compromis la mission. L’équipe a été contrainte de cacher le dispositif près du sommet, sans pouvoir l’installer.

Plusieurs tentatives de récupération de l’appareil ont échoué entre 1966 et 1968. La crainte d’une contamination radioactive du bassin du Gange, fleuve sacré pour des millions d’Hindous et source d’eau vitale pour près de la moitié de la population indienne, a suscité de vives inquiétudes. Des recherches approfondies n’ont cependant révélé aucune trace de fuite radioactive. Les autorités ont conclu que l’appareil était probablement enseveli sous une avalanche ou perdu dans une crevasse.

L’histoire de l’opération High Altitude Test est restée confidentielle pendant des années, jusqu’à ce qu’elle soit révélée par le journaliste Howard Kohn dans un article controversé publié en 1978 dans le magazine Outlook. L’article, contenant des imprécisions, a provoqué une tempête médiatique. Le Premier ministre indien de l’époque, Morarji Desai, a pris la décision audacieuse de confirmer publiquement l’existence de l’opération devant le Parlement, malgré les objections des États-Unis.

“Desai a fait preuve d’une transparence remarquable,” souligne McGarr. “En reconnaissant la participation de l’Inde à l’opération, il a désamorcé les critiques et renforcé la confiance entre Washington et New Delhi.”

Cette transparence a permis d’améliorer considérablement les relations bilatérales, ouvrant la voie à une coopération accrue dans les domaines de l’éducation, du commerce, de l’agriculture et des technologies vertes.

L’opération High Altitude Test a finalement été abandonnée au début des années 1970, avec l’avènement de la reconnaissance par satellite, qui a rendu les capteurs terrestres obsolètes.

L’histoire de cette mission audacieuse, bien que largement connue en Inde, reste relativement méconnue du grand public occidental. La récente republication de l’affaire par le New York Times a ravivé le débat sur les implications éthiques et environnementales de l’espionnage pendant la guerre froide.

L’opération High Altitude Test est un rappel poignant des risques et des compromis inhérents à la géopolitique, et de la nécessité d’une transparence accrue dans les activités de renseignement. Elle souligne également l’importance de comprendre les nuances de l’histoire, en particulier lorsqu’elle se déroule dans des régions du monde souvent négligées par l’imagination occidentale, comme le souligne l’écrivain Salman Rushdie dans son roman Les Versets sataniques.

Image du mont Nanda Devi via Wikimedia Commons

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