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Chine : Pressions sur des Ouïghours en France

La Chine étend sa répression au-delà de ses frontières, visant les Ouïghours en France

Paris – Les autorités chinoises intensifient leur campagne de harcèlement contre les dissidents et les membres de la diaspora à l’étranger, une tendance inquiétante qui se manifeste désormais en France, selon un rapport publié mardi par Human Rights Watch. Des militants ouïghours vivant à Paris ont été la cible de pressions, d’intimidation et de tentatives d’espionnage, révélant une stratégie de “répression transnationale” de plus en plus agressive.

L’affaire met en lumière les efforts croissants de Pékin pour museler les voix critiques à l’étranger, une pratique qui suscite des préoccupations croissantes au sein des gouvernements et des organisations de défense des droits de l’homme. Selon les Nations Unies, la répression transnationale constitue une menace pour les principes fondamentaux des droits de l’homme et la souveraineté des États.

Abdurahman Tohti, 37 ans, réfugié ouïghour en France depuis 2013, a raconté à Human Rights Watch qu’un homme se présentant comme un fonctionnaire de la région autonome ouïghoure du Xinjiang l’avait contacté en janvier 2026. L’homme a tenté de le forcer à surveiller les activités de la communauté ouïghoure en France, notamment au sein de l’Institut Ouïghour d’Europe, un organisme dédié à la défense des droits des Ouïghours et à la préservation de leur culture.

“Ils m’ont dit que je suis désespéré de revoir ma famille et qu’ils pourraient m’aider”, a déclaré Tohti, qui n’a plus de contact avec sa famille depuis 2016, date de début de la campagne répressive du gouvernement chinois dans le Xinjiang. Il a appris en juin 2025 que son père, sa mère, sa femme et sa sœur avaient été condamnés à des peines de prison allant de 20 à 25 ans pour “incitation à la haine ethnique et à la discrimination”, un chef d’accusation souvent utilisé pour réprimer l’expression pacifique de l’identité ouïghoure. Le sort de ses deux enfants, détenus dans des orphelinats depuis une décennie, reste inconnu.

Mirkamel Tourghoun, un musicien et cinéaste ouïghour, a également été contacté par le même individu, qui lui a demandé de renoncer à son activisme en échange de la possibilité de retrouver ses parents. Tourghoun, qui a cherché l’asile en France après avoir été détenu et interrogé en Chine pour avoir filmé dans la région du Xinjiang, a refusé l’offre, dénonçant une tentative de “torture psychologique”. Il a publié un enregistrement de la conversation en ligne.

L’Institut Ouïghour d’Europe a également été la cible de pressions. Sa fondatrice, Dilnur Reyhan, a été condamnée par un tribunal français en octobre 2025 pour “dégradation de biens publics” après avoir jeté de la peinture rouge sur une banderole de l’ambassade de Chine lors d’un festival de musique.

Ces incidents interviennent dans un contexte plus large de répression transnationale exercée par la Chine. En juillet 2025, Tara Zhang Yadi, une étudiante chinoise qui militait pour les droits des Tibétains en France, a été arrêtée à son retour en Chine et risque jusqu’à 15 ans de prison.

Le gouvernement français a reconnu la menace que représente la répression transnationale. En janvier 2025, la Direction Générale de la Sécurité Intérieure (DGSI) a publié une note identifiant cette pratique comme une menace pour la sécurité nationale.

Human Rights Watch a appelé les autorités françaises à enquêter sur ces incidents et à prendre des mesures pour protéger les Ouïghours et autres membres de la diaspora. L’organisation exhorte également le président Emmanuel Macron à faire de la lutte contre la répression transnationale une priorité lors du prochain sommet du G7, qui se tiendra en France.

“Le gouvernement français doit adopter un cadre juridique et des politiques respectueux des droits de l’homme pour lutter contre la répression transnationale”, a déclaré Yalkun Uluyol, chercheur pour la Chine à Human Rights Watch. “La France doit utiliser son rôle de leader lors du sommet du G7 pour développer une réponse coordonnée aux tactiques abusives de la Chine.”

Le silence des autorités chinoises et françaises, qui n’ont pas répondu aux demandes de commentaires de Human Rights Watch, soulève des questions sur leur volonté de faire face à cette menace croissante. L’affaire souligne l’importance d’une coopération internationale accrue pour protéger les droits de l’homme et la liberté d’expression au-delà des frontières nationales.

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