Le roi Charles III a entamé une tournée de neuf jours dans les Caraïbes et en Guyane, marquée par des manifestations réclamant des excuses et des réparations pour l’esclavage, tandis que le Premier ministre britannique s’est déclaré ouvert à un dialogue formel sur la question.
Le monarque britannique est arrivé aux Bahamas le mardi 28 octobre 2026, marquant son premier voyage officiel dans l’archipel depuis son accession au trône.
Accueilli par le gouverneur général Dame Cynthia A. Pratt et le Premier ministre Philip Davis, le souverain de 77 ans s’est rendu à Clifford Park, un lieu symbolique qu’il avait visité en 1973 en tant que prince de Galles pour accorder aux Bahamas leur indépendance après trois cents ans de domination britannique.
I have long argued that whatever reparations are offered by Britain, no credible figure is payable and no payable figure is credible. But moral atonement for the ravages of colonialism is indispensable. I am glad to learn that Prime Minister Burnham is prepared to offer a formal…
Le roi Charles III affronte les manifestations aux Bahamas
Si une foule enthousiaste de jeunes étudiants agitant de petits drapeaux a salué l’arrivée du roi, des protestataires se sont massés le long des routes pour exiger des comptes au sujet de l’histoire coloniale de la Grande-Bretagne.
Des membres de la communauté rastafari et des militants ont brandi des pancartes et scandé des slogans, exigeant que l’ancienne puissance coloniale répare les injustices du passé.
Le comité national des réparations des Bahamas a mené une action de protestation près du défilé du Junkanoo, un événement culturel dont l’origine remonte aux pratiques de l’époque où les personnes en esclavage obtenaient du répit pour les fêtes. La police a rapidement éloigné le petit groupe de militants.
Nous exigeons des excuses pour ces crimes et des réparations pour le préjudice qui a été commis.
Noelle Nicholls, présidente du comité des réparations des Bahamas, via BBC
Noelle Nicholls a souligné que ces célébrations constituaient également un moment sombre, marquant le retour d’un roi dont l’institution n’a pas encore réparé les fautes d’autrefois. En réponse, lors de son premier discours public à Clifford Park, le souverain a évoqué les aspects les plus sombres de cette histoire partagée, déclarant que les joies et les espoirs de la culture bahamienne étaient nés de la pénombre.
As Chair of Labour Friends of the Commonwealth, I welcome the Prime Minister’s commitment to renewing our Commonwealth partnerships.Facing Britain’s role in the transatlantic slave trade honestly, is an important part of that and action on debt! 👇🏽 https://t.co/jgNlPMLJOO
Il est seulement juste que nous reconnaissions la grande souffrance et les injustices du passé dans ces îles et au-delà, tout en nous réjouissant des succès du présent et en bâtissant de nouvelles opportunités pour l’avenir.
Le roi Charles III, via EWN et NBC News
La visite officielle se poursuit en Guyane
Après son étape bahamienne, le roi Charles III s’est envolé pour la Guyane le jeudi 30 octobre 2026, deuxième étape de son périple caribéen de neuf jours. Accueilli à l’aéroport international Cheddi Jagan par le président Irfaan Ali, le souverain a inspecté une haie d’honneur avant de participer à une réception officielle au palais présidentiel à Georgetown, marquant ainsi le soixantenaire des relations bilatérales entre les deux nations.
La question des réparations et des excuses officielles s’est invitée au cœur des échanges diplomatiques. Avant l’arrivée du monarque, le président guyanais Irfaan Ali a qualifié des excuses d’étape suivante indispensable, accusant l’ancien empire d’avoir exploité la région, détruit des vies et provoqué un sous-développement persistant.

En parallèle, à Londres, le Premier ministre Andy Burnham a pris position dans une tribune publiée par le journal The Guardian.
Je veux exprimer ma douleur et mes regrets pour la douleur et la souffrance de tant de millions de personnes et reconnaître la façon dont cela façonne encore notre monde aujourd’hui.
Andy Burnham, Premier ministre britannique, via IOL et eNCA
Le dirigeant britannique a qualifié la traite transatlantique des esclaves de violation brutale et barbare, tout en affirmant son ouverture à l’écoute des demandes d’excuses formelles de la part de l’État britannique dans le cadre d’un dialogue structuré.
A welcome step from the PM. The Transatlantic Slave Trade was one of history’s most heinous crimes. We must be honest about how the horrors of our past have shaped the present – because only then can we begin to build a fairer future for everyone.https://t.co/AzG1dsy5gz
Toutefois, le chef du gouvernement a exclu toute indemnisation financière.
Je ne crois pas que ce soit la bonne solution. Je ne pense pas que les Britanniques d’aujourd’hui puissent être tenus responsables de torts historiques, aussi odieux soient-ils, qui se sont produites à une autre époque, sous d’autres lois et auxquelles ils n’ont pris aucune part personnelle.
Andy Burnham, Premier ministre britannique, via IOL et eNCA
Cette fin de non-recevoir concernant l’argent a suscité des réactions critiques. Denis O’Brien, fondateur de The Repair Campaign, une organisation militant pour la justice réparatrice en faveur des nations caribéennes, a qualifié la tribune de décevante, estimant qu’elle ne parviendra pas à calmer les revendications d’excuses complètes et immédiates.
Le souverain aborde la crise climatique et prépare le Commonwealth
Au-delà du dossier mémoriel, le voyage royal met l’accent sur la crise environnementale et la vulnérabilité des petits états insulaires face au réchauffement de la planète. Aux Bahamas, le roi Charles III a inspecté le parc national de Bonefish Pond, un site autrefois transformé en décharge et réaménagé pour protéger 1 235 acres de mangroves.
S’exprimant sur la situation géographique de l’archipel, le monarque a rappelé que 90 % du territoire bahamien repose à moins de deux mètres au-dessus du niveau de la mer.
The Commonwealth is vital to promoting Britain's values and interests in an increasingly unstable world.Having the bravery to have honest conversations about our history is the right thing to do and vital for making it an alliance for the future. Read the PM’s op-ed on the…
En Guyane, le souverain consacre également une partie de son séjour à la conservation de la forêt tropicale. Le périple doit s’achever à Antigua-et-Barbuda, où la reine Camilla le rejoindra pour participer au sommet des chefs de gouvernement du Commonwealth qui se tiendra du 1er au 4 novembre 2026. La secrétaire générale du Commonwealth, Shirley Ayorkor Botchwey, a confirmé que la question des réparations pour l’esclavage y figurerait à l’ordre du jour des dirigeants de l’organisation.
À lire aussi