Près de vingt et un mois après la sortie effective du Mali, du Burkina Faso et du Niger de la Cédéao, les deux blocs ouest-africains ont entamé, le samedi 17 octobre 2026 à Dakar, leurs premières négociations ministérielles formelles pour bâtir un nouvel accord-cadre de coopération.
L’Alliance des États du Sahel et la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest n’envisagent pas une réunification institutionnelle. Réunis dans la capitale sénégalaise, les ministres et négociateurs des deux camps ont plutôt opté pour une approche pragmatique afin de préserver les liens vitaux entre leurs populations, sans effacer la rupture politique actée en janvier 2025.
Les ministres réunis à Dakar et la doctrine de l'AES
La rencontre du 17 octobre 2026 au Sénégal fait suite à des consultations préparatoires menées à Bamako en mai 2025.
Le Comité ministériel de pilotage de l’AES s’était réuni le 16 octobre à Ouagadougou sous la présidence du chef de la diplomatie burkinabè, Karamoko Jean Marie Traoré, pour verrouiller la ligne officielle de la confédération sahélienne.

L’État burkinabè a conduit la délégation confédérale aux côtés des ministres des Affaires étrangères du Mali, Abdoulaye Diop, et du Niger. Les trois pays ont réaffirmé trois exigences fondamentales : le respect absolu de leur souveraineté, la consolidation de leur confédération et la défense des intérêts de leurs citoyens. Nous partons à Dakar sereins, convaincus que la confédération n’est contre personne
, a souligné le ministre Karamoko Jean Marie Traoré lors des préparatifs, battant en brèche les spéculations sur un éventuel retour au sein de l’organisation régionale.
Le Sénégal mène la médiation de la Cédéao
Du côté de l’organisation ouest-africaine, la délégation était menée par le ministre sénégalais des Affaires étrangères, Cheikh Niang, dont le pays hôte joue un rôle central de facilitateur.
Le négociateur en chef de la Cédéao, l’ancien Premier ministre guinéen Lansana Kouyaté — dont le mandat a été prolongé jusqu’en décembre 2026 —, a qualifié la rencontre de soulagement pour la sous-région.
Les deux parties se sont officiellement félicitées de l’esprit de fraternité, de respect mutuel et d’ouverture qui a caractérisé ces discussions ministérielles tenues à huis clos après la cérémonie d’ouverture.
Des groupes de travail ciblent la sécurité
Pour concrétiser ce rapprochement sans forcer un retour institutionnel, les deux blocs se sont accordés sur la création de groupes de travail conjoints. Ces équipes techniques examinent des dossiers cruciaux comme la libre circulation des personnes et des biens, les corridors commerciaux et la lutte contre le terrorisme, qualifiée d’impératif de sécurité collective par les analystes régionaux.
Les discussions techniques entre experts se sont poursuivies le 18 octobre pour baliser la signature ultérieure d’un accord-cadre global.

La diaspora sahélienne interpelle les ministres à Dakar
En marge des pourparlers officiels, la délégation ministérielle de l’AES a rencontré le dimanche 18 octobre à Dakar les communautés malienne, burkinabè et nigérienne établies au Sénégal. Les échanges ont permis aux ressortissants d’exposer leurs difficultés quotidiennes, notamment en matière de papiers d’identité, de foncier et de tracasseries routières.
Interrogé sur le racket routier, le ministre Karamoko Jean Marie Traoré a rappelé que le phénomène fait l’objet d’une lutte active de la part des autorités confédérales, tout en invitant les usagers à refuser ces pratiques illégales.
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