Carney lance un appel à la coopération des pays de taille moyenne face à la rivalité des grandes puissances
Davos, Suisse – Le Premier ministre canadien Mark Carney a lancé un appel vibrant à la coopération internationale des pays de taille moyenne, dénonçant une rupture de l’ordre mondial basée sur l’intégration économique et l’interdépendance. S’exprimant lundi au Forum économique mondial de Davos, Carney a accusé les grandes puissances d’utiliser l’économie comme une arme, transformant les chaînes d’approvisionnement en vulnérabilités et les infrastructures financières en outils de coercition.
“Nous sommes au milieu d’une rupture, pas d’une transition”, a déclaré Carney devant un public attentif, suscitant une ovation debout à la fin de son discours. “Les grandes puissances ont commencé à utiliser l’intégration économique comme des armes, les tarifs douaniers comme levier, les infrastructures financières comme moyen de coercition, les chaînes d’approvisionnement comme des vulnérabilités à exploiter.”
Son discours intervient à un moment de tensions géopolitiques croissantes, marquées par la guerre en Ukraine, les rivalités sino-américaines et une remise en question du multilatéralisme. Selon un rapport récent du Conseil de l’Europe, les flux d’investissements directs étrangers (IDE) ont diminué de 37% en 2023, signe d’une fragmentation économique croissante.
Carney a critiqué l’illusion d’un bénéfice mutuel découlant de l’intégration, arguant que celle-ci peut conduire à la subordination. Il a exhorté les pays de taille moyenne, comme le Canada, à s’unir pour contrer l’influence des grandes puissances, qui, selon lui, ont le luxe de pouvoir agir unilatéralement.
“Lorsque nous ne négocions qu’au niveau bilatéral avec une puissance hégémonique, nous négocions dans la faiblesse”, a-t-il affirmé. “Nous acceptons ce qui est offert. Nous nous concurrençons pour être les plus accommodants. Ce n’est pas la souveraineté. C’est la performance de la souveraineté tout en acceptant la subordination.”
Le Premier ministre canadien a plaidé pour une “troisième voie”, basée sur la coopération et le partage de valeurs. Il a cité le soutien à l’Ukraine, à l’OTAN et à la souveraineté du Danemark et du Groenland comme exemples de domaines où une action collective pourrait renforcer la position des pays de taille moyenne.
Carney a également mis en garde contre l’invocation continue d’un “ordre international fondé sur des règles” qui, selon lui, ne fonctionne plus comme annoncé. “Appelons les choses par leur nom : un système de rivalité croissante entre les grandes puissances, où les plus puissants poursuivent leurs intérêts en utilisant l’intégration économique comme moyen de coercition.”
Son discours a résonné auprès de nombreux participants au Forum de Davos, qui s’interrogent sur l’avenir de la mondialisation et la nécessité de repenser les alliances internationales. L’appel de Carney à une action collective pourrait ouvrir la voie à de nouvelles initiatives de coopération entre les pays de taille moyenne, cherchant à naviguer dans un monde de plus en plus polarisé.
[Image de Mark Carney à Davos, crédit : Harun Ozalp/Anadolu/Getty]
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