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Canola : Ottawa doit réduire les importations face aux barrières chinoises

URGENT : Pékin impose des tarifs dévastateurs sur le canola canadien ; l’industrie réclame des protections contre l’huile usagée

Plantes de canola dans une ferme près de Cremona, en Alberta, en juillet. Pékin a annoncé mardi des tâches de 75,8 par cent sur la semence canadienne de canola.

Jeff McIntosh / The Canadian Press

L’industrie canadienne du canola est confrontée à une crise majeure alors que la Chine, son marché d’exportation le plus important, impose des droits de douane drastiques de 75,8 % sur les graines de canola. Cette décision, qualifiée d’escalade des barrières commerciales, vient s’ajouter aux tarifs de 100 % déjà en place sur l’huile de canola et le tourteau. Face à cette situation critique, l’industrie demande instamment à Ottawa d’agir pour protéger la demande intérieure, notamment en limitant les importations d’huiles végétales usagées.

La mesure chinoise fait suite à une enquête antidumping d’un an, le ministère du Commerce de Pékin arguant que le secteur canadien du canola a bénéficié de subventions publiques importantes et de politiques préférentielles faussant les marchés. Désormais, l’ensemble des produits canola canadiens sont effectivement exclus du plus grand marché mondial de ce produit, mettant une pression considérable sur les agriculteurs et les transformateurs canadiens. L’industrie cherche désormais à compenser cette perte massive en plaidant pour des politiques gouvernementales qui favoriseraient l’utilisation de la production nationale.

Comprendre l’enjeu des carburants propres et de l’huile usagée

Le débat actuel prend racine dans les réglementations sur les carburants propres au Canada. Ces politiques incitent à l’utilisation de matières premières à faible intensité carbone pour produire du diesel renouvelable. En 2024, 23 % des matières premières utilisées pour ces carburants proviennent de sources dites “d’occasion” (used cooking oil – UCO). Ces huiles usagées sont considérées comme moins carbonées que l’huile de canola dans le cadre de ces réglementations, ce qui pousse les producteurs à les privilégier pour obtenir des crédits carbone plus élevés.

Cependant, l’origine de ces huiles végétales usagées soulève des préoccupations environnementales et éthiques. Des enquêtes menées aux États-Unis et dans l’Union Européenne suggèrent que ces huiles, souvent importées d’Asie, pourraient contenir de l’huile de palme, un produit directement lié à la déforestation. Le Canada est donc appelé à revoir ses critères. Comme l’indique Chris Davison, président du Canola Council of Canada, il est crucial de “niveler les règles du jeu”. L’ampleur potentielle de la demande intérieure est significative : limiter les importations d’huile végétale usagée pour que le canola canadien capte ne serait-ce que la moitié du marché domestique permettrait d’absorber 2,5 millions de tonnes de graines, soit 42 % du volume exporté en Chine en 2024, selon Chris Vervaet de la Canadian Oilseed Processors Association.

L’industrie du canola a réalisé des investissements majeurs dans sa capacité de transformation ces dernières années, avec près de 2 milliards de dollars injectés par des géants comme Richardson International, Cargill et Louis Dreyfus. D’ici 2026, le Canada aura la capacité de traiter 75 % de sa production de canola. Des installations d’envergure, comme celle d’ImperialOil, contribuent à cette montée en puissance. Cependant, la dépendance accrue à l’huile usagée, en raison de son faible score d’intensité carbone et de la recherche de crédits environnementaux, risque de miner ces efforts, d’autant plus que la traçabilité de cette matière première est complexe et sujette à caution.

L’industrie du canola ne demande pas un monopole, mais une reconnaissance de la valeur de sa production nationale dans le cadre des objectifs environnementaux du Canada. L’exemple des États-Unis, qui ont récemment restreint l’accès aux crédits pour les matières premières non nord-américaines, et de l’UE, qui enquête sur ces importations, souligne la nécessité pour Ottawa d’agir rapidement. Si le Canada ne prend pas de mesures, les produits destinés au marché américain pourraient se rediriger vers le marché canadien, exacerbant la situation. Le gouvernement libéral a manifesté son intention d’examiner les moyens de réduire la dépendance aux carburants propres importés, une promesse dont la concrétisation est aujourd’hui plus urgente que jamais pour assurer la viabilité de l’une des pierres angulaires de l’agriculture canadienne.

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