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Bulle IA : Leçons de la crise immobilière

La bulle de l’IA, un écho inquiétant à la crise immobilière de 2008

Par Dean Baker

Vingt ans après l’éclatement de la bulle immobilière qui a plongé les États-Unis et le monde dans la Grande Récession, un nouveau phénomène inquiétant se profile : la bulle de l’intelligence artificielle (IA). Des millions de propriétaires ont perdu leur logement en 2008, et le secteur de la construction a subi un effondrement durable. Aujourd’hui, l’emballement autour de l’IA pourrait bien annoncer une nouvelle période de turbulences économiques.

L’histoire se répète, avec une tendance troublante à complexifier les problèmes au lieu de s’attaquer à leurs racines. Richard Bookstaber, un gestionnaire de fonds spéculatifs qui avait anticipé la crise financière de 2008, met en garde dans un récent article du New York Times contre les risques liés à l’IA, mais élargit également le spectre des menaces à d’autres facteurs, tels que le marché du crédit privé et les tensions géopolitiques, notamment concernant l’approvisionnement en semi-conducteurs de Taïwan et le pétrole du Moyen-Orient.

Si l’éclatement de la bulle de l’IA entraînera une chute des cours en bourse, les conséquences pourraient être désastreuses pour les Américains, avec des 401(k) et des fonds de pension décimés. Cette perte de confiance pourrait entraîner une forte baisse de la consommation, et potentiellement, une récession.

Cependant, l’analyse de Bookstaber, bien que pertinente, occulte une vérité simple : la bulle elle-même est le problème principal. Comme pour la bulle immobilière, les complexités financières ne sont que des éléments secondaires. Entre 1996 et 2006, les prix de l’immobilier ont augmenté de 70 % à l’échelle nationale, une croissance sans précédent par rapport à un siècle où les prix avaient à peine suivi l’inflation. Cette hausse s’est produite malgré un taux de vacance élevé et une absence de croissance correspondante des loyers.

L’essor de la construction résidentielle, qui a atteint 6,7 % du PIB au quatrième trimestre de 2005, a été suivi d’un effondrement brutal après le pic des prix, tombant à 2,4 % du PIB au troisième trimestre de 2010. C’est cette chute, et la perte de demande qui en a résulté (l’équivalent de 1,3 trillion de dollars aujourd’hui), qui a été le véritable moteur de la Grande Récession, et non la crise financière elle-même.

La crise financière, avec ses sauvetages bancaires controversés, n’était qu’un épiphénomène. Le cœur du problème était la bulle immobilière et son éclatement.

Il en va de même aujourd’hui avec l’IA. Le problème fondamental est une valorisation boursière excessive, alimentée par l’engouement pour l’IA. Les risques identifiés par Bookstaber, tels que les problèmes de crédit privé, ne seraient pas significatifs en l’absence de cette bulle.

De plus, une nouvelle menace émerge : la montée en puissance de l’IA chinoise. Les entreprises chinoises se concentrent sur la facilité d’utilisation et le faible coût, et auraient déjà capturé 30 % du marché mondial en décembre dernier, une part qui ne cesse de croître. Alors que les entreprises américaines misent sur la puissance de calcul brute, la Chine privilégie des applications pratiques et abordables.

Enfin, les tensions géopolitiques, comme la politique étrangère imprévisible de l’administration Trump, pourraient également nuire à la compétitivité de l’industrie américaine de l’IA.

La cause exacte de l’éclatement de la bulle de l’IA reste incertaine, mais une chose est sûre : l’existence même de cette bulle représente un danger réel pour l’économie. Les élites aiment compliquer les choses pour se donner l’air intelligentes, mais la vérité est souvent plus simple. La bulle, qu’elle soit immobilière ou liée à l’IA, est le problème.

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