Le prestigieux Teatro Coliseo de Buenos Aires a vibré au rythme des mélodies et des chorégraphies à l’occasion de la seizième édition des récompenses dédiées au genre. Placée sous le signe d’un double anniversaire, la soirée a débuté par un hommage appuyé aux premiers cent ans du teatro musical dans le pays, orchestré par les maîtres de cérémonie Laura Oliva, Pablo Gorlero et Ricky Pashkus, avec une retransmission assurée en direct par la télévision publique.
Le triomphe de Billy Elliot et le duel au sommet avec Hairspray
La compétition s’annonçait particulièrement serrée cette année au vu du nombre de nominations engrangées par les mastodontes de la saison théâtrale. Avec seize citations au compteur, Hairspray partait en tête des pronostics, talonnée de très près par Billy Elliot et ses quinze sélections, tandis que Company en totalisait treize.
Au terme du dépouillement mené par le jury pour les spectacles créés entre le 1er août 2025 et la fin juillet 2026, c’est finalement Billy Elliot qui a raflé la mise avec huit trophées, dont celui du meilleur spectacle musical. De son côté, Hairspray n’a pas démérité en s’emparant de sept récompenses, s’illustrant notamment grâce au travail de Vanesa García Millán, sacrée pour la meilleure chorégraphie, et du costumier Gustavo Alderete.
Fer Dente et le débat sur l’orchestre en direct
Metteur en scène plébiscité, Fer Dente a remporté quatre récompenses avec Company — dont celle de la mise en scène et du meilleur acteur principal — avant de monter au créneau pour répondre aux propos tenus un peu plus tôt par le directeur musical Gaby Goldman.

Le teatro musical est le teatro musical et s’arrête là. Je pense à El salpicón, El Hotel Oasis ou Vivitos y Coleando qui étaient des comédies musicales sans musiciens en direct. Je comprends que la conversation est plus que valable. Je pense aux enfants d’Annie ou de Charlie y la fábrica de chocolate, oui, ils ont fait une comédie musical. S’il y a bien une chose dont cette industrie n’a pas besoin, c’est d’une fracture. Unissons-nous. Fer Dente, metteur en scène et acteur, via La Nación
L’incident est survenu après que Goldman, auréolé de ses prix pour Billy Elliot, a affirmé en recevant sa statuettes qu’une véritable comédie musicale devait nécessairement s’appuyer sur des musiciens en chair et en os. Un échange qui a brièvement électrisé l’atmosphère du Coliseo avant que la fête ne reprenne son cours.
Émotions et distinctions marquantes pour les artistes
Les catégories individuelles ont réservé leur lot de surprises et d’instants poignants. L’humoriste Pichu Straneo, récompensé comme meilleur acteur dans un second rôle pour Anastasia, n’a pas pu retenir ses larmes sur scène en dédiant son premier trophée dramatique à sa fille, qui l’avait poussé à sortir de sa zone de confort humoristique. Du côté des têtes d’affiche, Alejandra Perlusky a décroché le prix de la meilleure actrice principale pour sa prestation dans Billy Elliot.

L’événement a aussi salué les carrières et l’émergence de nouveaux talents. Le comédien et auteur Gustavo “Tweety” Monje a reçu une plaque honorifique pour son parcours, se remémorant sa découverte d’Annie à l’âge de neuf ans. Quant aux révélations de la saison, Damián Betular a été distingué comme révélation masculine pour sa participation à Hairspray, partageant l’affiche avec Belén Bilbao, sacrée révélation féminine dans la même production.
Une perspective fédérale et un palmarès diversifié
Fidèle à sa volonté de décentralisation, la cérémonie a mis à l’honneur la vitalité artistique des provinces à travers les Prix Hugo Fédéraux, saluant des créations issues de Cordoba, de Rosario, de Tucumán ou encore de Bahía Blanca. Le vétéran Pepe Cibrián Campoy a ainsi été couronné pour Drácula II, la resurrección, saluant un chemin parcouru depuis le lancement de la version originale aux côtés de Tito Lectoure trente-cinq ans plus tôt.
Dans la catégorie des spectacles pour enfants et adolescents, c’est El Mago de Oz, une production du Teatro Nacional Cervantes, qui a dominé les suffrages en s’imposant comme meilleur spectacle jeunesse et en récoltant des prix pour la mise en scène, l’interprétation masculine d’Emiliano Larea et la scénographie de Gonzalo Córdoba Estévez. Le circuit indépendant et l’Off ont quant à eux couronné La culpa is de la tierra, confirmant la richesse d’une cartelera porteuse d’avenir pour l’ensemble de la profession.
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