Le Bangladesh fait face à l’une de ses crises sanitaires les plus graves depuis des décennies, avec plus de 512 décès d’enfants signalés suite à une épidémie de rougeole. Entre le 15 mars et le 23 mai 2026, la maladie a frappé massivement les populations vulnérables, notamment les jeunes enfants non vaccinés.
Un bilan humain qui s’alourdit
L’ampleur de l’épidémie actuelle est alarmante. Selon les données de la Direction générale des services de santé, le pays enregistre une progression fulgurante des cas. Le Telegraph India rapporte qu’entre le 15 mars et le 23 mai, les autorités ont identifié 62 507 cas suspects de rougeole ainsi que 8 494 infections confirmées par des tests de laboratoire.

Le coût humain de cette crise est tragique. Al Jazeera précise que le bilan des décès a continué de grimper ce samedi, avec 13 enfants perdant la vie au cours des dernières 24 heures, portant le total à 512 décès depuis le début du décompte le 15 mars.
Le détail des décès montre une distinction cruciale pour la santé publique : au moins 86 enfants sont décédés de formes confirmées par laboratoire, tandis que 426 autres présentaient des symptômes compatibles avec la maladie. Cette distinction est essentielle pour évaluer la précision de la surveillance épidémiologique en cours.
Des infrastructures hospitalières à bout de souffle
Le système de santé bangladais, déjà fragile, est aujourd’hui poussé dans ses derniers retranchements. Dans la capitale, Dhaka, les hôpitaux sont totalement saturés. Pour faire face à l’afflux massif de patients, des services dédiés ont été créés, mais le manque de lits en soins intensifs reste un obstacle critique à la survie des cas les plus graves.

La situation est particulièrement critique pour les enfants âgés de six mois à cinq ans, qui constituent la majorité des cas enregistrés. La maladie, qui se transmet par la toux et les éternuements, peut entraîner des complications mortelles telles que la pneumonie ou l’inflammation du cerveau, surtout chez les enfants malnutris.
Bien que la rougeole soit extrêmement contagieuse, un bébé en bonne santé sans complications peut survivre avec un traitement minimal. Ici, la plupart des enfants sont arrivés à l’hôpital avec une détresse respiratoire et des infections aux yeux, à la gorge et aux poumons.
Au-delà de la capitale, certaines régions sont durement touchées. La ville de Chittagong a enregistré le nombre de décès le plus élevé parmi les zones affectées jusqu’au 21 mai. Dans de nombreux centres de soins, le manque de lits force les patients à recevoir des traitements directement sur le sol des services.
Les failles de l’immunisation et l’impact de l’instabilité
Pourquoi une maladie si facilement évitable provoque-t-elle un tel désastre ? La réponse réside dans l’effondrement de la couverture vaccinale de routine. Selon ThePrint, l’Organisation mondiale de la Santé (OMS) a averti le mois dernier que la baisse de la couverture vaccinale augmentait considérablement le risque d’une épidémie de grande ampleur.

Les experts pointent du doigt les conséquences directes de l’instabilité politique. L’UNICEF a souligné que les lacunes en matière d’immunisation se sont aggravées pendant et après le soulèvement étudiant de 2024 qui a renversé le gouvernement, laissant un grand nombre d’enfants sans protection.
À ces problèmes structurels s’ajoutent des difficultés logistiques. Miguel Mateos Munoz, responsable de la communication pour l’UNICEF au Bangladesh, a indiqué que des changements dans l’approvisionnement en vaccins l’année dernière ont entraîné des retards. De nombreux enfants n’ont reçu qu’une seule dose de vaccin, alors que deux doses sont impératives pour une protection complète.
La riposte d’urgence face à une propagation rapide
Face à l’urgence, le gouvernement a lancé une vaste campagne de vaccination d’urgence contre la rougeole et la rubéole en avril, ciblant 1,2 million d’enfants dans 18 districts à haut risque. L’UNICEF a déclaré que cette campagne a déjà permis d’atteindre 18 millions d’enfants, bien que l’impact total de ces vaccinations ne soit visible que dans plusieurs mois.

La dynamique de propagation est préoccupante. L’Indian Express rapporte que la maladie a été détectée dans 58 des 64 districts du pays. L’expert de l’UNICEF, Miguel Mateos Munoz, a mis en garde contre la vitesse de propagation dans les villes surpeuplées et les camps de réfugiés, tout en soulignant le risque lié aux mouvements de population à travers les frontières poreuses avec les pays voisins.
- Déploiement d’équipes de réponse rapide par le gouvernement.
- Renforcement de la surveillance épidémiologique nationale.
- Distribution accrue de vitamine A pour réduire les complications chez les enfants infectés.
Alors que les autorités affirment que l’épidémie commence à se contenir dans certaines zones précédemment durement touchées, la vigilance reste de mise. L’enjeu est désormais de restaurer une couverture vaccinale stable pour éviter que les failles actuelles ne nourrissent une nouvelle crise sanitaire ou n’aggravent la résistance aux antimicrobiens dans le pays.
Note : Pour toute question relative aux symptômes ou à la vaccination, consultez un professionnel de santé.
