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Australie : Inégalités croissantes et risque de société néo-féodale

L’Australie à la dérive vers une société « néo-féodale » ? Un expert tire la sonnette d’alarme

CANBERRA, Australie – L’explosion de la richesse immobilière en Australie pourrait conduire le pays vers une forme moderne de féodalisme, où les perspectives d’avenir dépendent de plus en plus de l’héritage familial, alerte un éminent expert fiscal. Bob Breunig, directeur du Tax and Transfer Policy Institute de l’Australian National University, a exprimé ses inquiétudes quant à une fracture croissante entre ceux qui possèdent des actifs et ceux qui n’en ont pas, une inégalité qui transcende les générations.

« Nous ne sommes pas encore revenus à l’époque précédant la Révolution française, mais cela m’inquiète », a déclaré Breunig lors d’une audience parlementaire consacrée à l’impôt sur les plus-values. Il nuance l’idée d’un conflit générationnel classique, soulignant que l’inégalité se manifeste davantage au sein d’une même génération : ceux qui héritent de biens et ceux qui ne le peuvent pas.

Breunig, reconnu comme l’un des principaux économistes spécialisés dans les politiques publiques en Australie, a publié en mai 2025 un rapport influent démontrant que le système fiscal et les transferts sociaux sont devenus plus avantageux pour les Australiens âgés au fil des générations. Il insiste toutefois sur le fait que l’objectif des réformes n’est pas de « punir » les personnes âgées, mais de garantir une répartition plus équitable des ressources.

« Nous voulons tous vivre dans un pays où les personnes âgées sont riches. Nous devons encourager les gens à travailler dur et à épargner tout au long de leur vie », a-t-il affirmé. Le problème, selon lui, réside dans le fait que les politiques fiscales n’ont pas évolué avec leur temps.

L’expert souligne que l’aide financière destinée aux personnes âgées était autrefois justifiée par leur situation de pauvreté. Or, ce n’est plus systématiquement le cas, mais les transferts continuent d’être effectués comme si c’était toujours vrai. Il plaide donc pour un ciblage plus précis de l’aide, en la réservant à ceux qui en ont réellement besoin.

Les préoccupations de Breunig font écho aux inquiétudes exprimées par d’autres figures publiques. Bill Kelty, un ancien leader syndical, a récemment appelé le gouvernement à adopter un programme de réforme plus ambitieux pour offrir de l’espoir aux jeunes générations, de plus en plus désillusionnées.

Le comité parlementaire, dirigé par les Verts, s’est particulièrement penché sur le rôle de la généreuse réduction d’impôt de 50 % sur les plus-values, qu’il estime avoir exacerbé la crise du logement en encourageant les investissements spéculatifs dans l’immobilier résidentiel.

Breunig tempère cependant l’impact potentiel d’une réduction de ces avantages fiscaux, estimant qu’elle n’entraînerait pas de baisse spectaculaire des prix de l’immobilier ni d’amélioration significative de l’accès à la propriété. Il considère que le véritable problème réside dans la sous-taxation des résidences principales et des régimes de retraite.

Bernie Fraser, ancien gouverneur de la Reserve Bank, adopte une position plus radicale, plaidant pour une suppression pure et simple de la réduction d’impôt sur les plus-values, estimant que son impact sur les prix de l’immobilier serait plus important que les estimations habituelles de 1 à 3 %.

L’avenir de la politique fiscale australienne et son impact sur l’inégalité restent donc à déterminer, mais le débat est lancé et les enjeux sont considérables pour l’avenir du pays.

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