Au Québec (3/6) les chiens de traîneau de Cathie

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Sur son traîneau à chiens, Cathie (debout à l'arrière du traîneau) est dans son commerce (@Tommy)

Début février, la lumière est pâle. Il fait très froid, il neige … À La Baie, Cathie nous attend. Il y a quelques années, ce solide iroquois a créé Alaskan North, une entreprise spécialisée dans les chiens de traîneau.

Pendant de nombreuses années, elle a élevé des chiens tout en conservant son travail de technicienne pour animaux de compagnie dans des cliniques vétérinaires. Et puis, au fil des années, les deux activités sont devenues trop lourdes et, pendant trois ans, avec son mari, elle a pris le pas, louant un terrain à La Baie pour se consacrer exclusivement à Alaskan North.

Elle a maintenant 50 chiens de traîneau attachés près de chez elle. Quand il fait trop froid, ils se cachent dans des niches en bois minimalistes. Il s’agit exclusivement de braques Husky et suédois d’Alaska. Parmi eux, pas de Husky Sibérien. "Ce sont des chiens trop dominants car ils sont toujours très proches du loup", dit-elle.

Les Québécois préfèrent maintenant les motoneiges (Photo Office de tourisme du Saguenay-Lac-Saint-Jean @)

En hiver, Cathie propose des promenades dans les forêts et sur le petit lac gelé qui entoure sa maison. Sa clientèle est composée à 91% d'Européens de tous âges. Ils aiment particulièrement ces sorties en traîneau à chiens alors que les Québécois préfèrent maintenant les sorties en motoneige – l'accès aux pistes, bien entretenu, est payant.

Une fois attelés, les chiens sont pressés de sauter (Tommy @)

Cathie attacha rapidement huit chiens, deux par deux le long d'une ligne centrale, à un traîneau. Bientôt, l'équipe tourne dans la neige blanche. En tête, Chanel et Ballow jouent les "leaders", juste derrière Sigi et Fjord, les "chiens de tête", suivis de Dodge et Drakar, les "chiens d'équipe". Enfin, juste devant le traîneau, Rollo et Azur, les chiens appelés "traîneaux", sont attachés. "C’est l’endroit le plus difficile, c’est eux qui travaillent et forcent le plus", explique Cathie, debout à l’arrière du traîneau.

Il faut s'assurer que la ligne centrale de l'équipe reste tendue (SD / Office de tourisme Saguenay-Lac-Saint-Jean)

C’est tout un art de guider les chiens, de s’assurer que la ligne centrale de l’attelage – une corde – reste tendue. Si les chiens ralentissent, le traîneau doit également ralentir afin de maintenir la ligne de ligne tendue afin d'éviter qu'elle ne pénètre dans les chiens de traîneau. Si l'équipe rencontre une montée et que la pente est raide, Cathie, le musher (leader) doit descendre le traîneau pour faciliter sa progression ou, au moins, donner une impulsion à l'équipe en s'appuyant sur un pied au sol. Lorsque l'équipe rencontre une croix, Cathie dit aux "chiens de tête" quelle direction prendre. Et quand ils sont empêtrés dans les lignes de l'équipe, il réagit un quart de tour pour l'arrêter et tout dévoiler …

Lire: "Mon pays n’est pas un pays, c’est l’hiver"

Tout le temps, elle encourage ses chiens avec sa voix. "Hop, hop, hop", elle glisse tout le temps dans les montées, ajoutant "bon chien", "bon chien!" Et parfois, "bon chien!". De temps en temps, elle les calme avec un «waouh», ce qui signifie attendre, arrêtez-vous. Et quand il se retourne, elle crie "Jee" pour les faire tourner à droite, et si "haw", quand tourner à gauche. Et ma foi, les chiens comprennent le quart de tour …

Au milieu des sapins qui plient sous la neige, la balade est magique (Office de tourisme du Saguenay-Lac-Saint-Jean)

Comme Cathie maîtrise parfaitement son métier, la balade est magique parmi les branches de sapin qui se plient sous la neige! Au milieu des flocons qui tournoient, le traîneau claque parfois à 20 km / h. S'il vous plaît, accrochez-vous à tour de rôle, surtout si vous vous tenez à l'arrière du traîneau, juste à côté de Cathie, le musher qui le conduit! Mais l'expérience est indéniablement exaltante. Après une halte près d’un petit lac gelé, la cavalcade reprend dans les bois, magique, car il neige à nouveau. "Nous avons parcouru 16 km!" S'exclame bientôt Cathie, s'arrêtant brusquement à une bifurcation formée par les sentiers dans la neige.

Traîneau, avec Cathie (Tommy @)

"Ce sont des traces d'élan", glisse-t-elle, montrant des traces de pas dans la poudre. "Ils boiront un peu plus bas, à la sortie du lac, où il ne gèle jamais car les eaux coulent vers la rivière". Plus bas, explique-t-elle, il y a une digue de castors et des traces de loutres …

On oublie ses doigts qui gèlent malgré des gants épais. Cathie qui a repéré le problème s'empresse de mettre ses mains nues pour lui prêter ses propres gants, beaucoup plus chauds à cause de la fourrure naturelle. Des gants qu'elle a cousus elle-même, à l'instar de nombreux autres objets d'artisanat en cuir et en bois qu'elle vend à ses clients.

En fait, pendant son temps libre, comme le font encore beaucoup de Québécois et de ses ancêtres iroquois, Cathie "chasse et piège". Sa fille, qui a maintenant une trentaine d'années et travaille dans un autre domaine (commercial), reprend également le flambeau. Elle chasse et éclore également et "va dans les bois" du côté nord-est du Québec, à Chibougamau, où les terres de la famille sont toujours situées …

Le sourire de Cathie cache une histoire familiale douloureuse (Nancy Donnely @)

Ce savoir-faire vient de sa famille iroquoise. De cette famille, elle parle volontiers pour crier une douleur qui vient de loin. "Ma famille", dit-elle, "a été déportée en 1932". La famille de Cathie vient de Sherbrooke (cette ville est à environ 140 kilomètres à l’est de Montréal et à 50 kilomètres au nord de la frontière américaine). Elle s'est retrouvée dans le nord-est du Québec, dans la réserve d'un autre peuple indien, les Cris. Là-bas, a-t-elle dit, il y avait beaucoup d'alcool, d'inceste, de violence. La vie était impossible. "Pour nous échapper à tout cela, nous sommes sortis de la réserve à l'initiative de ma grand-mère. Nous nous sommes déplacés à Chibougamau, une communauté située également dans le nord-est du Québec. À l'école, les autres enfants nous ont crié" Oh les Indiens, oh les Indiens! ". Mais ma mère a tenu bon, elle a dit:" On s'en fiche, vous irez comme les autres enfants à l'école, au collège, puis au collège. "" Enfin, nous sommes tous allés à l'école, nous sommes tous allés dehors ", dit encore Cathie.

The Evolution of Life, une acrylique sur toile de Denis Blacksmith exposée au Mastheuiatsh Native American Museum (PB @)

Comme Cathie et sa famille, les Amérindiens sont depuis longtemps discriminés, marginalisés et oublient leur culture. Au cours des dernières décennies, ils ont tenté de renouer avec leur histoire, de faire revivre leurs traditions culturelles, de transmettre aux jeunes générations un savoir-faire ancestral et une connaissance des plantes. En témoigne, depuis 1977, le Native American Museum of Mastheuiatsh qui rend visite à Denis Blacksmith, un indien Ilnu, peintre à ses heures.

"Nous nous appelons souvent des Montagnais. C'est le nom que nous a donné Champlain (l'explorateur qui a fondé la ville de Québec). Nous sommes affiliés à la grande famille des Algonquins amérindiens", a-t-il déclaré avant de regretter le fait que de nombreux missionnaires commis toutes sortes d’abus dans les pensionnats. Pas seulement des abus sexuels, dit-il.

Également exposée au Musée indien Mastheuiatsh, cette œuvre de Katia Kurtness sur une peau d'orignal bronzée. Il est intitulé: "cette terre sur laquelle je marche". Une façon de se rappeler que les ancêtres des Amérindiens d’aujourd’hui ont voyagé pendant des milliers d’années sur cette terre très convoitée … (PB @)

"Ils ont également œuvré pour détruire l'Indien chez les enfants qui leur ont été confiés pour assimiler les peuples autochtones. Mais ils n'ont pas réussi à nous assimiler! Dit-il fièrement. Pourtant, se souvient-il amèrement, lorsque les Européens sont arrivés," notre peuple les a aidés prendre leur place. Nous avons toujours été ouverts à ceux qui arrivent. "

Au musée, des films et des expositions présentent les onze «Premières nations» du Québec, leur histoire, leur langue, leur culture, leur spiritualité, leur peinture et leur savoir-faire. Une exposition présente également la faune avec laquelle les Amérindiens ont vécu en osmose. "Aujourd'hui, nous sommes tous attachés à nos valeurs et en particulier à notre appartenance à ce territoire. Nous sommes tous des enfants de la terre", se souvient Denis Blacksmith. Et d'ajouter, lentement, sentencieusement: "Vous ne possédez pas la terre, vous appartenez à la terre".

«Ceux qui passent par le musée partent avec une idée plus juste des Premières Nations», explique Denis Blacksmith, au musée indien de Mashteuiatsh. Il ajoute: "les jeunes sont plus ouverts". Cela signifie-t-il que la discrimination à l'égard des peuples amérindiens appartient à une époque révolue? À La Baie, malgré son succès à la tête de l'Alaska Nord, Cathie a fait preuve de tout son optimisme. "Non", dit-elle, "malgré les efforts, malgré les discours, cela continue".

Traîneau à chiens au Québec (Office de tourisme du Saguenay-Lac-Saint-Jean @)

Paula Boyer

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