Argentine : le Trésor vend des dollars pour stabiliser le peso

Le gouvernement argentin a mobilisé ses réserves pour stabiliser le marché des changes le 26 octobre 2026. Le Trésor a vendu des dollars et la Banque centrale est intervenue sur les contrats à terme, alors que le taux de change a atteint un niveau record et que les tensions régionales se sont intensifiées.

L’administration de Javier Milei a franchi un nouveau pas dans sa gestion de la monnaie. Face à une forte pression sur le marché, le Trésor a liquidé des réserves en devises le 26 octobre 2026, provoquant de nouvelles interrogations sur le respect des engagements pris auprès du FMI. Selon l’analyste Federico García Martínez, les dépôts du Trésor dans la banque centrale ont ainsi diminué pour atteindre 825 millions de dollars, soit le niveau le plus bas depuis le 15 mai, avant un achat de 1.700 millions de dollars réalisé auprès du Central. Le dollar majoriste a atteint un record nominal en s’établissant à 1.541 pesos — affichant une hausse de 11,50 pesos, ce qui équivaut à 0,75 % —, après une augmentation enregistrée lors d’une séance marquée par une vive volatilité financière.

Intervention directe du Trésor et contrats à terme de la Banque centrale

L’opération s’est déroulée à travers deux canaux distincts. Le Trésor a vendu au moins 100 millions de dollars (tandis que certaines tables financières ont estimé que l’intervention pouvait s’approcher des 200 millions) de ses dépôts en devises logés au sein de l’autorité monétaire, tandis que la BCRA est intervenue en injectant 350 millions de dollars dans des contrats à terme subventionnés. Cette stratégie visait à encadrer la dépréciation du peso, qui a perdu 0,8 % de sa valeur au cours de cette même séance.

Dans le secteur des contrats à terme, le volume des échanges a atteint un record de 2.382 millions de contrats, dépassant l’activité observée sur l’ensemble de la semaine précédente. Parallèlement, le marché officiel a enregistré un volume de 624 millions de dollars, auquel s’ajoutent 180 millions de dollars en opérations de type repo à court terme.

Tensions sur les comptes publics et le programme avec le FMI

Ces liquidations successives réduisent les disponibilités du secteur public. Selon les estimations financières, les dépôts en devises du Trésor auprès de la banque centrale ont diminué pour atteindre des seuils comparables à ceux observés en mai dernier. Cette utilisation des fonds propres fragilise la position de la caisse publique face aux échéances de paiement à venir, d’autant que le secteur privé a pris des positions de couverture en papiers de dette ajustables par le dollar pour environ 14.000 millions de dollars, avec par exemple des échéances s’élevant à un équivalent de 5.348 millions de dollars pour le seul D30O6 à fin octobre.

La question du respect du cadre convenu avec le Fonds monétaire international revient ainsi au premier plan. Les règles du programme prévoient des mécanismes d’intervention stricts pour la banque centrale au sein d’un régime de bandes. Le plafond de la bande s’établissait à 1.946,73 pesos (tandis que La Nación évoque un seuil supérieur à 1.912,36 pesos), un niveau très éloigné des 1.541 pesos enregistrés à la clôture du marché majoriste, ce qui rendait inopérante une intervention classique de régulation par le haut.

C’est un peu plus des US$794 millions payés ce jour-là au FMI, ce qui indiquerait que le Trésor aurait vendu environ US$20 millions pour contenir le spot.

Analystes de la Consultora 1816, via La Nación

Cette situation intervient alors que l’approbation de la troisième révision du programme avec l’institution internationale reste en suspens, bloquant un décaissement attendu de 869 millions de dollars. La mission technique a achevé ses travaux à la fin du mois de septembre, mais l’aval du conseil d’administration tarde à se concrétiser.

Impacts sur les marchés financiers et répercussions de la situation au Brésil

La nervosité des investisseurs a été amplifiée par le contexte politique régional, marqué par l’élection présidentielle au Brésil et la forte tension financière provoquée par le triomphe de Lula dans ce pays. À Buenos Aires, l’indice Merval a chuté de 4,9 % en devises, portant son repli annuel à 16,1 %, tandis que les ADR des entreprises argentines cotées à New York ont subie des baisses généralisées, particulièrement dans le secteur bancaire.

Les opérations de sortie de capitaux se sont intensifiées à travers les mécanismes d’arbitrage. Les transactions par le biais des titres publics ont atteint 701 millions de dollars, partagés entre des opérations de type MEP et de liquidité en comptes à l’étranger. Le coût de ces transferts a atteint 7,1 %, le bono AL30 concentrant la grande majorité des volumes traités.

Ce montant diminuera grâce à de nouveaux échanges qui reporteront l’engagement de quelques mois, mais ce qui est certain, c’est que nous devrons vivre avec cela désormais à chaque fin de mois, le jour du fixing, avec l’aggravante que si le Trésor continue d’utiliser ses économies en dollars pour cela, la nervosité ira en augmentant.

Chef de la table des changes d’une institution financière, via La Nación

Le risque pays, mesuré par la banque JP Morgan, a progressé de 48 points de base pour s’établir à 765 points, reflétant la persistance des doutes des créanciers quant à la solvabilité à court terme de l’économie argentine.

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