Alors que la France s’enfonce dans une canicule précoce et persistante en juin 2026, un danger silencieux menace plus de 4 millions de personnes sous traitement psychiatrique : l’interaction mortelle entre la chaleur extrême et certains médicaments. Les antidépresseurs, antipsychotiques et régulateurs de l’humeur, prescrits pour stabiliser l’humeur ou traiter la schizophrénie, perturbent la thermorégulation et la perception de la soif, exposant leurs utilisateurs à un risque accru de déshydratation sévère, voire de coup de chaleur — un risque souvent ignoré par les campagnes de prévention officielles. Alors que les institutions peinent à cibler ce public vulnérable, des pharmaciennes et associations alertent sur des symptômes trop souvent confondus avec les effets secondaires habituels des traitements.
Pourquoi ces médicaments transforment-ils la canicule en menace invisible ?
Le problème ne vient pas seulement de la chaleur elle-même, mais de la façon dont certains médicaments la rendent plus dangereuse. Selon RTL, trois familles de traitements sont particulièrement à risque : les antipsychotiques (neuroleptiques), les antidépresseurs, et les médicaments régulateurs de l’humeur comme le lithium (utilisé pour les troubles bipolaires). Le mécanisme est double : ces substances bloquent la transpiration — le principal moyen du corps pour évacuer la chaleur — et réduisent la sensation de soif, un signal d’alerte crucial en période de canicule.

« On peut avoir de la fatigue, des vertiges, de la confusion, ne plus aller uriner… qui peuvent être des signes de déshydratation », explique une pharmacienne de Reims, citée par France 3 Grand Est. Ces symptômes, souvent attribués à la chaleur ou à la maladie sous-jacente, masquent en réalité une déshydratation critique. Pire : certains patients, sous l’effet des médicaments, ne perçoivent même pas leur propre danger. « Il y a des gens qui sont très mal, et qui n’ont peut-être pas conscience du fait qu’aller au soleil peut aggraver leur déshydratation », témoigne Frédérique, secrétaire adjointe d’une association d’entraide pour la santé mentale, qui prend elle-même des antidépresseurs sans neuroleptiques. « Mais même si on est à la deuxième année de la santé mentale en tant que grande cause nationale, pas grand-chose n’est fait. On en parle peu » en période caniculaire.
« Il y a des gens qui sont très mal, et qui n’ont peut-être pas conscience du fait qu’aller au soleil peut aggraver leur déshydratation. Mais même si on est à la deuxième année de la santé mentale en tant que grande cause nationale, pas grand-chose n’est fait. On en parle peu. » »
Frédérique, secrétaire adjointe du GEM La Locomotive (association de santé mentale), via France 3
Les médicaments diurétiques et antihypertenseurs : une bombe à retardement rénale
Si les traitements psychiatriques sont les plus médiatisés, d’autres classes de médicaments aggravent aussi les risques en cas de canicule. Les diurétiques — prescrits pour l’hypertension — et certains antihypertenseurs accélèrent l’élimination de l’eau par les reins, selon RTL. « En période de canicule, lorsque l’on transpire davantage et que l’on manque d’eau, ces médicaments exposent les patients à une insuffisance rénale et à une chute brutale de la tension artérielle », précise la chaîne. Résultat : malaises, vertiges, voire chutes — des complications fréquentes chez les personnes âgées, mais aussi chez les adultes sous traitement.

Le lithium, utilisé pour stabiliser les troubles bipolaires, ajoute une couche de complexité. Comme le rappelle le Journal des Femmes Santé, ce métal n’est pas éliminé correctement par l’organisme en cas de déshydratation, ce qui peut entraîner un surdosage dangereux. Les symptômes d’alerte — tremblements, nausées, fatigue intense — sont souvent confondus avec les effets secondaires du traitement lui-même. « Il est très important de boire en continu quand on prend ces médicaments en cas de fortes chaleurs », insiste le journal, soulignant que consulter en urgence est impératif dès l’apparition de ces signes.
Pourquoi les campagnes de prévention oublient-elles ce public ?
Alors que la canicule de 2003 avait révélé l’urgence de protéger les personnes âgées, un autre groupe vulnérable reste dans l’ombre : les 4 millions de Français sous traitement psychiatrique, selon Atlantico. Pourtant, les mécanismes sont identiques — déshydratation accélérée, perte de conscience des risques, et aggravation des symptômes par la chaleur. « La canicule est psychophobe : elle ne fait pas l’objet de conseils spécifiques de la part des institutions », dénonce Frédérique, qui souligne l’absence de recommandations ciblées pour ce public.
L’explication tient peut-être à un manque de visibilité. Contrairement aux personnes âgées, dont les risques sont évidents (déshydratation, coups de chaleur), les effets des médicaments psychiatriques sur la thermorégulation sont peu documentés dans les campagnes officielles. Pourtant, les associations locales, comme le GEM La Locomotive à Reims, comblent partiellement ce vide. « Il faut être très vigilant, et ne pas hésiter à pousser les portes de centres comme le nôtre pour éviter l’isolement », explique Frédérique. Une recommandation d’autant plus cruciale que ces traitements ne doivent jamais être interrompus sans avis médical — leur arrêt brutal peut provoquer des rechutes graves.
« Les personnes ne doivent surtout pas interrompre leur traitement. Ils ont mis longtemps à agir, ils permettent de stabiliser l’humeur. Et il n’y a pas que les neuroleptiques — les médicaments diurétiques, les antihypertenseurs, et même certains antidépresseurs assèchent le corps plus vite en cas de canicule. »
Pharmacienne de Reims, citée par France 3
Que faire concrètement ? Les gestes qui sauvent
Face à ce risque sous-estimé, les experts s’accordent sur des mesures simples, mais systématiques :

- Boire avant d’avoir soif : les médicaments perturbent la perception de la déshydratation. L’objectif ? 1,5 à 2 litres d’eau par jour, même sans sensation de soif.
- Éviter les expositions prolongées au soleil : privilégier les heures fraîches (avant 11h ou après 17h) et les lieux climatisés.
- Surveiller les signes d’alerte : fatigue anormale, vertiges, confusion, ou absence d’urine depuis plus de 6 heures. Ces symptômes doivent motiver une consultation en urgence.
- Ne jamais arrêter un traitement sans avis médical. Les alternatives (réduction de dose, changement de molécule) doivent être discutées avec un psychiatre.
- Rester en contact avec son entourage ou une association comme La Locomotive pour briser l’isolement, souvent aggravé par la canicule.
Un point crucial : les anti-inflammatoires courants (ibuprofène, advil) aggravent aussi les risques en période de chaleur, selon RTL. Ils réduisent la perfusion rénale, ce qui, combiné à la déshydratation, peut provoquer une insuffisance rénale aiguë. « Il est déconseillé de faire du sport après en avoir pris », avertit la chaîne, soulignant que ces médicaments sont souvent utilisés sans ordonnance pour des douleurs passagères.
Et demain ? Vers une meilleure prise en compte des publics fragiles
Alors que la canicule s’installe pour plusieurs semaines, la question se pose : pourquoi ce public reste-t-il si peu protégé ? « Même si la santé mentale est devenue une grande cause nationale, pas grand-chose n’est fait concrètement pour informer les patients », regrette Frédérique. Pourtant, des solutions existent : intégrer ces risques dans les feuilles d’information remises avec les ordonnances, former les pharmaciens à repérer les signes de déshydratation chez ces patients, ou encore développer des protocoles spécifiques dans les centres de santé mentale pendant les vagues de chaleur.
Un exemple à suivre pourrait être la gestion des personnes âgées après 2003, où des plans canicule ciblés (visites à domicile, cellules de crise) ont sauvé des vies. Pour les patients sous psychiatrie, l’enjeu est similaire : anticiper les risques plutôt que réagir aux urgences. « La canicule ne doit pas être un sujet d’isolement », rappelle Frédérique. Une prise de conscience urgente, alors que les températures devraient encore monter dans les prochains jours.
Pour aller plus loin :
— L’impact des antidépresseurs sur la thermorégulation (Atlantico)
— Les dangers du lithium en cas de canicule (Journal des Femmes Santé)
— <a href="https://www.rtl.
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