Le réalisateur et scénariste français Tony Gatlif, figure majeure du cinéma consacrée à la culture gitane, est décédé à Arles à l’âge de 77 ans des suites d’un problème de santé, ainsi que l’a annoncé sa famille à l’AFP ce vendredi 4 septembre.
Le monde du cinéma français est en deuil après l’annonce de la disparition de Boualem Dahmani, mondialement connu sous son nom de scène de Tony Gatlif. Le cinéaste s’est éteint à l’âge de 77 ans à Arles, dans les Bouches-du-Rhône, alors qu’il travaillait sur son nouveau projet, un film historique, d’après les informations communiquées par sa famille à l’Agence France-Presse. Sa disparition survient quelques jours seulement après celle de Jean-Paul Rappeneau, marquant une nouvelle perte douloureuse pour le paysage cinématographique national.
Les origines algériennes et les débuts fondateurs en Camargue
Né le 10 septembre 1948 à Alger, le futur réalisateur a traversé une jeunesse difficile avant de s’installer en France dans les années 1960. Au cours d’un contrôle de police dans sa ville natale, afin d’éviter d’être renvoyé en Algérie, il s’était approprié le nom d’un espace vert algérois, le parc Gatlif, ainsi que le rapporte BFM TV. Envoyé en Camargue sur décision de justice, il décrivait plus tard ce tournant géographique et judiciaire comme une étape salvatrice pour son parcours.
Tony Gatlif a indiqué dans une interview à l’AFP en 2021 qu’auparavant il était violent, qu’il ne fallait pas le toucher, qu’il était un mauvais garçon, qu’il n’écoutait personne et que pour lui les adultes et l’ensemble des gens étaient des ennemis.
Après cette transition, sa rencontre déterminante avec l’acteur Michel Simon en 1966 l’encourage à s’orienter vers le théâtre, avant qu’il ne passe derrière la caméra pour signer son premier long-métrage, La Tête en ruine
, sorti en 1975.
De Gadjo Dilo
à la voix de la culture rom et gitane
Tout au long de sa filmographie riche d’une vingtaine de longs-métrages, Tony Gatlif s’est imposé comme le chantre incontesté de la culture, de la musique et de la liberté des peuples rom et gitan. Fasciné par leur univers musical d’une grande diversité, il a signé des œuvres marquantes qui ont façonné sa reconnaissance internationale.

Parmi ses réalisations les plus célèbres figure Gadjo Dilo, sorti en 1997. Ce film emblématique, qui raconte l’histoire d’un jeune Français partant en Roumanie à la recherche d’une chanteuse au sein d’une communauté rom, a notamment lancé les carrières de Romain Duris et de Rona Hartner. L’œuvre a également valu au cinéaste plusieurs distinctions, dont des César de la meilleure musique pour Gadjo Dilo en 1999 et pour Vengo en 2001.
Hommages unanimes et consécration au Festival de Cannes
Habitué des podiums cannois, le réalisateur avait reçu le prix Un Certain Regard
pour Latcho Drom en 1993, avant de décrocher le prix de la mise en scène au Festival de Cannes en 2004 pour son film Exils. En 2015, son engagement artistique avait également été salué par la République lorsqu’il fut élevé au rang de chevalier de l’ordre national de la Légion d’honneur par la ministre de la Culture de l’époque, Fleur Pellerin.

Dès l’annonce de sa disparition, les hommages se sont multipliés, à commencer par celui de l’acteur Romain Duris. Ce dernier a salué la mémoire du cinéaste sur son compte Instagram en partageant une photographie en noir et blanc accompagnée d’un message en romani, traduit par Bon voyage, mon père
.
Ses proches ont conclu leur message d’adieu en lui souhaitant Latcho Drom
, une expression tzigane signifiant bonne route
, saluant une dernière fois l’empreinte indélébile laissée par le cinéaste sur le cinéma et sur la reconnaissance des cultures du voyage.
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