Afroman triomphe face à la plainte des policiers de l’Ohio, invoquant la liberté d’expression
Adams County, Ohio – Le rappeur Afroman a remporté mercredi 18 mars 2026 une bataille juridique contre sept policiers de l’Ohio qui l’avaient poursuivi pour diffamation suite à la publication de vidéos musicales se moquant d’un raid raté sur son domicile en 2022. Le verdict, rendu par un jury, a confirmé le droit du musicien à la satire et à la critique, même envers les forces de l’ordre.
L’affaire, qualifiée d’"inhabituelle" par Billboard, a pris racine dans un raid mené en août 2022 par le bureau du shérif du comté d’Adams. Les policiers, armés, avaient fait irruption chez Afroman (Joseph Foreman) sur la base de soupçons de trafic de drogue et d’enlèvement, mais n’avaient trouvé aucune preuve incriminante. L’argent saisi, 5 031 dollars, lui a été restitué par la suite.
Suite à cet incident, Afroman a utilisé des images de ses propres caméras de surveillance pour créer des vidéos musicales et des publications sur les réseaux sociaux ridiculisant les agents. La chanson "Lemon Pound Cake" se moquait notamment d’un policier ayant apparemment jeté un œil sur un gâteau sur son comptoir. Une autre publication incluait des images de l’officier Lisa Phillips accompagnées de commentaires jugés offensants par les plaignants.
Les sept policiers – Shawn D. Cooley, Justin Cooley, Michael D. Estep, Shawn S. Grooms, Brian Newland, Randolph L. Walters, Jr. et Lisa Phillips – ont intenté une action civile en 2023, alléguant une "détresse émotionnelle" et des "menaces de mort" résultant des publications d’Afroman. Ils estimaient que les vidéos étaient fausses et diffamatoires.
Au cours du procès de trois jours, Afroman a témoigné qu’il avait le droit constitutionnel de critiquer les forces de l’ordre, en particulier après le raid injustifié sur son domicile. "Tout cela est de leur faute, et ils ont l’audace de me poursuivre", a-t-il déclaré. Son avocat, David Osborne, a plaidé que les critiques d’Afroman relevaient de la liberté d’expression et que les policiers ne pouvaient pas utiliser les tribunaux pour "faire taire" les critiques.
Le procès a été marqué par des moments surprenants, notamment Afroman se présentant à la barre vêtu d’un costume aux couleurs du drapeau américain, des larmes versées par l’officier Phillips lors de la diffusion d’une vidéo, et un échange tendu où l’avocat d’Afroman a interrogé un autre policier sur la fidélité de sa femme.
Après seulement quelques heures de délibération, le jury a statué entièrement en faveur d’Afroman, le déclarant non responsable de diffamation ou de violation de la vie privée. Le juge Jonathan Hein a déclaré : "Dans toutes les circonstances, le jury statue en faveur du défendeur."
La victoire d’Afroman évite une condamnation potentielle à 3,9 millions de dollars de dommages et intérêts. Les avocats des deux parties n’ont pas immédiatement commenté le verdict.
L’American Civil Liberties Union (ACLU) avait déjà qualifié la poursuite contre Afroman d’"absurde" en 2023, soulignant l’importance de la liberté d’expression, même lorsqu’elle est dirigée contre les représentants de l’ordre. L’affaire soulève des questions importantes sur les limites de la critique envers les forces de l’ordre et la protection des droits constitutionnels des citoyens.
