Jusqu’à 169 personnes ont péri au Yémen en trois jours de combats intenses le long de la mer Rouge, alors que les forces houthistes progressent vers des positions stratégiques pour contrôler le détroit de Bab el-Mandeb et que la crise humanitaire s’aggrave rapidement.
L’offensive houthiste et la bataille pour la côte de la mer Rouge
Une escalade militaire d’une rare violence secoue le Yémen depuis l’offensive fulgurante lancée par les Houthis trois semaines plus tôt. Le groupe armé, aligné sur l’Iran, a pris le contrôle de vastes portions de la côte de la mer Rouge au cours du mois de septembre selon un bilan des affrontements qui s’alourdit de jour en jour. Ces mouvements marquent les gains territoriaux les plus significatifs enregistrés depuis les quatre dernières années de la guerre civile dans le pays.
Les combats se concentrent désormais autour des hauteurs stratégiques surplombant le détroit de Bab el-Mandeb, un corridor maritime clé abritant dix pour cent du trafic mondial et ayant gagné une importance renouvelée après la fermeture du détroit d’Ormuz. Les forces progouvernementales soutenues par l’Arabie saoudite tentent de verrouiller les accès pour empêcher une percée décisive vers Aden, qui sert de quartier général aux forces gouvernementales yéménites.
La chute éclair de Mokha et l’embrasement de Taëz
La rapidité de l’avancée houthiste a pris de court les défenses locales. Le jeudi 10 septembre 2026 à cinq heures du matin, Ali Al-Ahdal, un pêcheur sexagénaire du quartier d’Al-Amoudi, s’est réveillé au son d’explosions et de tirs en cascade rapportés par des témoins sur place. Les forces loyalistes et la Résistance nationale se sont repliées vers le sud en direction du district de Dhubab tandis que des véhicules transportant des combattants d’Ansarullah envahissaient le centre-ville de Mokha, située à 85 kilomètres à l’ouest de Taëz.

À Taëz, troisième ville du pays et capitale culturelle abritant près d’un million d’habitants, la ligne de front est devenue insaisissable. Les habitants vivent sous la menace constante des tirs d’artillerie et des drones. Un commandant houthi opérant sous le nom de guerre d’Abu Rajeh a affirmé au média The Media Line que l’opération reposait sur une stratégie minutieuse combinant frappes de drones et avance au sol
pour s’assurer la pleine souveraineté sur les eaux territoriales yéménites.
“Je suis terrifié, mais je n’ai pas le choix, nous allons tous mourir de faim sans nos animaux de toute façon.”
Ali, résident de Taëz, via Yahoo
Du côté des forces loyalistes, la situation tactique est critique. Près de la ligne de front, les corps de dix-huit soldats gouvernementaux gisaient dans une zone où une unité ne pouvait que tirer au-dessus sans pouvoir les évacuer. Pendant ce temps, des dizaines d’ambulances, dont au moins cinq repérées en une demi-heure, affluent vers l’hôpital principal de Taëz.
Bilan humain lourd et déplacements massifs de population
Au-delà des pertes militaires, la population civile subit de plein fouet les répercussions de cette reprise des hostilités. Des responsables militaires houthistes cités par l’Agence France-Presse recensent 118 morts dans leurs rangs et les zones qu’ils contrôlent suite aux affrontements ainsi qu’aux frappes aériennes et d’artillerie saoudiennes à Taëz, Al-Jawf, Marib et Saada. En parallèle, des sources gouvernementales font état d’au moins 36 tués de leur côté au cours des trois derniers jours de combats.

Le Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés alerte, par la voix de son représentant au Yémen Armen Yedigaryan, sur une crise des déplacements qui pourrait dépasser 230 000 personnes si le rythme actuel se maintient. Plus de 130 000 civils ont déjà fui leurs foyers depuis le début du mois de septembre, tandis que plus de 3 000 individus ont atteint Djibouti et que des centaines d’autres ont cherché refuge au Somaliland et au Puntland en Somalie, s’ajoutant aux 5,2 millions de déplacés internes d’une crise prolongée où environ 22 millions de personnes ont besoin d’une assistance humanitaire.
Réactions internationales et élargissement du front régional
L’offensive yéménite s’inscrit dans un contexte géopolitique plus vaste, marqué par la confrontation directe entre Washington et Téhéran qui fait rage depuis le 28 février 2026. Les tirs de missiles dirigés par les Houthis contre Riyad au cours du week-end ont provoqué une alerte émise mardi par le gouvernement saoudien dans le sud du pays avant de potentiels bombardements.

Face à la menace pesant sur le commerce maritime international et sur les infrastructures énergétiques, les répercussions sur les marchés mondiaux de l’énergie ont été immédiates, amplifiées par la fermeture de la mer Rouge et la fermeture iranienne du détroit d’Ormuz. Les pays membres de la coalition et du G7 suivent de très près l’extension de ce front régional, qui s’étend désormais à travers les provinces de l’ouest et du sud du Yémen.
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