Afrique : la CEA place les données au cœur de la transformation économique

Alors que la numérisation progresse à travers le continent, l’Afrique produit chaque jour des volumes croissants de données mais peine encore à en capturer pleinement la valeur économique, selon un rapport publié en avril 2026 par la Commission économique des Nations unies pour l’Afrique.

Si les projecteurs médiatiques et les discours se tournent souvent vers les hydrocarbures, à l’instar du pétrole de Sangomar et du gaz de Grand Tortue Ahmeyim, une autre ressource se renouvelle à chaque seconde. Cette mine invisible émane des téléphones mobiles, des transactions numériques, des paiements, des plateformes de commerce, des réseaux sociaux, des systèmes de santé, des administrations, des exploitations agricoles, des déplacements urbains et des infrastructures connectées.

Le potentiel de la transformation économique selon la CEA

–/wp:heading –>

L’Economic Report on Africa 2026, publié en avril dernier par la Commission économique des Nations unies pour l’Afrique (CEA), place explicitement les données et les technologies de pointe au cœur de la transformation économique du continent. Placé sous le thème La croissance par l’innovation : exploiter les données et les technologies de pointe pour la transformation économique de l’Afrique, le document met en avant le rôle de ces flux pour améliorer la productivité, renforcer les capacités industrielles, soutenir la diversification et accroître la compétitivité africaine.

Cependant, la matière première numérique présente une différence fondamentale avec l’or noir. Me Lina Fassi Fihri, avocate aux barreaux de Paris et de Casablanca, experte en droit commercial et numérique ainsi que présidente de l’Association des praticiens du droit du numérique et de la data (APDND), met en relief cette distinction :

Le pétrole a de la valeur dès son extraction, la donnée brute n’en a aucune tant qu’elle n’est pas exploitée.

Me Lina Fassi Fihri, avocate et présidente de l’APDND

La valeur d’option et les spécificités de l’écosystème africain

–/wp:heading –>

La valeur de la data africaine réside dans ses spécificités uniques. L’économie informelle, le mobile money, les habitats non cartographiés, la démographie et la résilience climatique constituent des réalités que les modèles prédictifs occidentaux peinent souvent à capter.

Me Lina Fassi Fihri introduit à ce titre la notion de valeur d’option, qui désigne la capacité d’entraîner les systèmes prédictifs de demain sur des populations encore peu modélisées. Selon elle, cette option est aujourd’hui captée majoritairement hors du continent, et souvent sans contrepartie, ce qui se cède pour presque rien n’étant pas une richesse actuelle, mais un droit sur une valeur future.

Une chaîne de transformation incomplète et le manque de maîtrise

–/wp:heading –>

Pour transformer cette ressource en intelligence et en productivité, la donnée doit parcourir une chaîne complète allant de la collecte au stockage puis au traitement. Pour Talla Ndiaye, expert en transformation digitale, data, intelligence artificielle et gouvernance des infrastructures numériques, cette chaîne reste incomplète dans de nombreux secteurs africains.

Dans l’état civil, le foncier ou au sein de certaines administrations, une fraction majeure des informations publiques manque encore d’interopérabilité ou d’une numérisation suffisante. Cette faiblesse restreint l’essor économique de la ressource. Sans données structurées et sans compétences, le continent dépend technologiquement de l’extérieur. Comme l’affirme Talla Ndiaye, les entreprises africaines, les gouvernements africains manquent de maîtrise sur les données qui sont connectées en Afrique, pointant directement des manquements au niveau des compétences et des infrastructures.

Le défi de l’investissement et de l’aide à la décision

–/wp:heading –>

Du côté de l’investissement, Babacar Seck, fondateur et Managing Partner d’Askya Investment Partners, analyse la situation à travers le prisme de l’accompagnement des startups et du monde financier. Pour lui, la donnée ne se mue en actif économique véritable qu’à travers les applications concrètes qu’on en tire. L’enjeu réside dans la capacité à exploiter ces gisements pour générer des services et des gains de productivité, transformant ainsi la donnée en un outil d’aide à la décision indispensable pour les entreprises et les gouvernements du continent.

À ne pas manquer

Leave a Comment

This site uses Akismet to reduce spam. Learn how your comment data is processed.