Des paléontologues espagnols ont découvert à Teruel les premiers fossiles de Diplodocus jamais identifiés hors d’Amérique du Nord. Datée d’environ 150 millions d’années, cette découverte majeure inclut quatorze vertèbres caudales et apporte de nouveaux indices cruciaux sur les migrations de ces géants préhistoriques entre les continents au Jurassique supérieur.
Une page de l’histoire des dinosaures vient de s’écrire en Espagne. Des chercheurs de la Fondation Dinópolis (la Fundación Conjunto Paleontológico de Teruel-Dinópolis) ont mis au jour les premières preuves tangibles de la présence du célèbre Diplodocus en dehors de l’Amérique du Nord, bouleversant notre compréhension de la répartition géographique de ces colosses durant le Mésozoïque. Selon les sources, le genre a été identifié pour la première fois en 1877, à partir de fossiles découverts dans le Wyoming, aux États-Unis.
Les fouilles d’El Castellar et la découverte des vertèbres
Les fossiles proviennent du site de La Tejería, situé à El Castellar, dans la province de Teruel, en Espagne. Sur place, une équipe de paléontologues a extrait quatorze vertèbres caudales exceptionnellement bien conservées, accompagnées de plusieurs os de l’arc hémal appartenant au même individu.
Ces restes osseux se trouvaient dans les sédiments de la formation géologique Villar del Arzobispo, datée de la période Kimméridgien-Tithonien (ou datant d’environ 150 millions d’années). Les scientifiques soulignent que cet ensemble constitue l’un des squelettes de diplodocidés les plus complets jamais découverts sur le sol européen.
Une analyse anatomique rigoureuse confirmée par les experts
L’étude, publiée dans le Journal of Vertebrate Paleontology, détaille comment l’équipe a procédé pour identifier formellement le spécimen. De larges cavités pneumatiques dans les vertèbres, des sillons longitudinaux profonds et des fossettes médianes distinctives sur les chevrons ont rapidement orienté les chercheurs vers le genre Diplodocus.

L’auteur principal de ces travaux (Sergio Sánchez Fenollosa, doctorant en biodiversité et biologie évolutive à la Fundación Dinópolis) revient sur ce processus de recherche minutieux :
Nous sommes ravis de cette découverte. C’était un processus passionnant et continu de voir les pièces du puzzle se mettre progressivement en place. Dès les premiers stades de l’étude ostéologique, nous avons remarqué de fortes similitudes avec plusieurs sauropodes diplodocines. Sergio Sánchez Fenollosa, doctorant en biodiversité et biologie évolutive à la Fundación Dinópolis
Des analyses phylogénétiques poussées, combinant la parcimonie maximale et l’inférence bayésienne, ont validé ces observations anatomiques. Les résultats placent le spécimen espagnol comme un proche parent de Diplodocus hallorum, une espèce jusqu’alors strictement cantonnée au territoire nord-américain.
La traversée du proto-Atlantique et les écosystèmes du Jurassique espagnol
Au-delà de l’anatomie, la présence de ce dinosaure herbivore de 25 mètres en Espagne éclaire les voies de migration de la faune il y a 150 millions d’années. À cette époque, l’océan proto-Atlantique Nord n’offrait pas la même barrière qu’aujourd’hui.

Selon les chercheurs, des phases de régression marine ont provoqué l’apparition temporaire de ponts terrestres, permettant à ces géants de circuler entre le continent nord-américain et l’Europe. La région de Teruel s’affirme ainsi comme un carrefour paléontologique exceptionnel.
Ce nouveau spécimen côtoyait dans les paysages ibériques d’autres sauropodes aux morphologies bien distinctes, à l’instar du colossal Turiasaurus et de Losillasaurus. Ces découvertes successives renforcent le statut de la province comme une référence mondiale pour l’étude des dinosaures jurassiques.
Perspectives au Musée aragonais de paléontologie
Le public et la communauté scientifique peuvent désormais observer ces pièces maîtresses directement en Espagne. Les fossiles ont intégré le parcours permanent du Museo Aragonés de Paleontología, situé au sein du complexe de Dinópolis à Teruel, entre Madrid et Valence.

Les paléontologues comptent poursuivre leurs investigations dans les gisements voisins du Kimméridgien-Tithonien. L’excellente préservation des restes exhumés à El Castellar laisse entrevoir la possibilité d’identifier d’autres représentants de cette famille en territoire européen.
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