Une coalition de l’industrie cryptographique sud-africaine nommée Catastrophe s’oppose à de nouvelles règles de contrôle des changes proposées par la Banque de réserve et le Trésor national, affirmant que ces mesures menacent les paiements par stablecoins, la conformité des investissements et des milliers d’emplois locaux.
L’écosystème numérique sud-africain s’organise face à un tournant réglementaire majeur. Des acteurs majeurs du secteur financier et des technologies de la blockchain ont unissé leurs forces pour contester un projet de réforme qui redéfinirait l’accès aux flux transfrontaliers, selon un article de Moneyweb.
La coalition Catastrophe et ses revendications face au Trésor
La nouvelle structure associative porte le nom explicite de Catastrophe, acronyme de Crypto Asset Taskforce for Advancing Sound, Technology-Neutral Regulation for Opportunity, Prosperity and a Healthy Economy. Ce regroupement rassemble des plateformes et des acteurs reconnus tels que VALR, Luno, AltCoinTrader et EasyEquities, aux côtés d’avocats, d’économistes, d’entrepreneurs et d’universitaires.
D’après les informations recueillies par Moneyweb, des milliards de rands d’investissements étrangers se trouvent actuellement gelés dans l’attente du sort réservé à cette réglementation. Le projet émane conjointement du Trésor national et de la Banque de réserve sud-africaine (Sarb), qui visent à moderniser le cadre de contrôle des flux de capitaux tout en limitant l’arbitrage réglementaire.
Les restrictions sur les stablecoins et l’autocardage visées par le secteur
Le projet de manuel des crypto-actifs pour les activités transfrontalières, dont la consultation publique s’achève le 30 septembre, suscite de vives inquiétudes. Deux aspects cristallisent les tensions. D’une part, le texte propose d’interdire aux entreprises l’utilisation de paiements basés sur la blockchain pour les transactions internationales légitimes, les priver ainsi des stablecoins indexés sur des devises comme le dollar américain ou le rand sud-africain, réputés pour leur rapidité et leurs faibles coûts de transfert.
D’autre part, la régulation restreint l’auto-dépôt individuel. Si un utilisateur retire ses actifs d’un prestataire de services sur crypto-actifs (Casp) vers un portefeuille auto-hébergé, le transfert retour vers une plateforme réglementée sud-africaine devient irrecevable.
La volonté de collaborer avec les régulateurs
Les professionnels du secteur insistent sur le fait qu’ils ne rejettent pas la nécessité d’un encadrement strict. Emile van der Linde, responsable des opérations chez EasyCrypto, a souligné que l’industrie comprend parfaitement les impératifs liés à la criminalité financière.
Emile van der Linde a déclaré qu’il existe de véritables préoccupations concernant la situation actuelle, marquée par la fuite des capitaux, le blanchiment d’argent et le financement du terrorisme, expliquant que l’industrie comprend ainsi la nécessité d’octroyer des licences aux stablecoins de la même manière que l’argent traditionnel est réglementé, et qu’elle cherche simplement à s’assurer que la conception de ces projets est correctement mise en œuvre afin de permettre la poursuite de l’utilisation de cette nouvelle technologie.
Emile van der Linde, responsable des opérations chez EasyCrypto, via EWN
Dans un entretien relayé par EWN, van der Linde rappelle que les prestataires de services sur crypto-actifs sont déjà soumis à l’autorité de la Financial Sector Conduct Authority (FSCA) et du Financial Intelligence Centre (FIC). De plus, l’utilisation d’outils analytiques comme Chainalysis permet déjà de tracer les flux sur la blockchain. Pour la coalition, écarter unilatéralement les crypto-actifs des transactions internationales contredit la philosophie même d’ouverture prônée par ailleurs par le Trésor.
Le positionnement de la Banque de réserve et l’avenir de la régulation
Les critiques formulées par la coalition rejoignent en partie les principes énoncés par les autorités elles-mêmes. Lors du sommet MTN Group Fintech 2026, le gouverneur de la Sarb, Lesetja Kganyago, a affirmé l’importance d’une neutralité technologique de base :

Lesetja Kganyago a affirmé que le principe est simple, à savoir que des activités de paiement similaires devraient être soumises à des attentes réglementaires comparables, qu’elles soient exécutées par une banque ou par une entreprise de technologie financière.
Lesetja Kganyago, gouverneur de la Sarb, via Moneyweb
C’est précisément ce principe que la coalition estime bafoué par le projet actuel, les paiements par voie bancaire et ceux par rails blockchain recevant un traitement inéquitable. Alors que la date limite du 30 septembre approche pour les contributions au manuel des actifs cryptographiques, l’avenir de la compétitivité numérique de l’Afrique du Sud dépend désormais de la prise en compte de ces observations par le Trésor et la Banque de réserve.
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