Depuis la destruction du barrage de Kakhovka en juin 2023, la ville ukrainienne d’Olechky est devenue une zone de souffrance extrême, où 1 500 à 2 000 habitants survivent sans eau, électricité ni accès aux soins, selon des témoignages recueillis par Deutsche Welle (DW). Aujourd’hui, cinq ans après le début de l’invasion russe, la ville reste isolée, minée et bombardée, transformée en piège pour ses derniers résidents.
Une ville fantôme sous occupation russe
Olechky, autrefois un joyau touristique de l’oblast de Kherson avec ses 24 000 habitants, est aujourd’hui un symbole de l’abandon humanitaire. Selon les données de l’administration militaire ukrainienne citées par DW, la population a chuté de 94 % depuis 2022, ne laissant que des personnes âgées, des enfants et des malades. Les cinq villages voisins – Krinki, Podstepne, Pischanivka et Sahi – ont été réduits en cendres, tandis que les routes d’accès sont truffées de mines posées par les forces russes.
Le pont Antonivsky, dernière liaison vers Kherson, a été détruit en novembre 2022 lors du retrait russe vers la rive gauche du Dniepr. Depuis, les habitants sont coupés du monde. “On meurt des mines, des bombardements directs sur les maisons ou des éclats d’obus”, témoigne Ksenia Arhipova, qui a vécu à Olechky avant de participer aux évacuations. L’hôpital fonctionne à l’énergie des générateurs, mais le carburant se fait rare. “Les opérations complexes comme les amputations après des blessures par mines sont impossibles”, ajoute-t-elle.

“Nous avons faim, nous n’avons ni eau ni électricité.”
— Natalija, rescapée d’Olechky, citée par DW
Le récit de Natalija, qui a fui après la destruction du barrage de Kakhovka, révèle une réalité encore plus sombre. Les rares livraisons de nourriture arrivent avec des mois de retard, et les médicaments sont introuvables. Les habitants, privés de cartes SIM ukrainiennes sur les territoires occupés, communiquent via des panneaux solaires installés sur les ruines, mais chaque appel est un risque. “Les mines explosent au passage d’un vélo ou d’un piéton. Tant de gens sont morts”, confie-t-elle.
L’enfer logistique : eau, électricité, et mines
Le barrage de Kakhovka, dont l’explosion en juin 2023 a submergé une partie de la région, a aggravé une crise déjà critique. Les inondations ont détruit les infrastructures, tandis que les bombardements russes ont ciblé les dernières sources d’eau potable. Selon les témoignages, les habitants creusent des puits dans des zones non inondées, mais l’eau est souvent contaminée. L’électricité, elle, dépend de générateurs alimentés au carburant – une ressource de plus en plus rare.
- Eau : Puits improvisés, mais eau non potable.
- Électricité : Générateurs en panne de carburant.
- Nourriture : Livraisons irrégulières, files d’attente interminables.
- Médicaments : Absence totale d’approvisionnement.
- Mines : Zones entières interdites d’accès.
Les tentatives d’évacuation sont un calvaire. Les routes sont minées, et les rares corridors humanitaires proposés par Kiev sont bloqués par les Russes. En hiver 2024-2025, la situation s’est encore dégradée, avec des températures glaciales et des réserves de nourriture épuisées. “Les gens meurent de faim, de froid, ou sous les bombes”, résume Ksenia Arhipova.
Pourquoi Kiev n’intervient-il pas ?
La question qui hante les habitants et les observateurs est celle de l’abandon stratégique. Olechky, située à moins de 50 km de Kherson, est sous occupation russe depuis février 2022. Les forces ukrainiennes, concentrées sur la ligne de front plus au nord, n’ont pas les moyens de lancer une opération de secours. “C’est une zone sacrifiée”, analyse un expert en géopolitique ukrainienne sous couvert d’anonymat. “Moscou sait que personne ne viendra les sauver.”
Les appels à l’ouverture de couloirs humanitaires se heurtent à l’obstacle russe. Moscou accuse Kiev de “provocations” et refuse tout accès aux ONG internationales. Pourtant, selon DW, les habitants utilisent encore leurs téléphones via des réseaux mobiles ukrainiens, malgré l’interdiction. Un risque énorme : toute communication avec l’extérieur peut être interprétée comme une collaboration avec Kiev.
Que reste-t-il à faire ?
À court terme, la situation semble désespérée. Les organisations humanitaires, comme le CICR, demandent depuis des mois un accès sécurisé, mais les combats et les mines rendent toute intervention impossible. Les habitants, eux, comptent sur les rares réseaux de solidarité locale. Certains utilisent encore des panneaux solaires pour recharger leurs téléphones, mais Natalija met en garde : “Chaque appel est un danger. Si les Russes découvrent que nous sommes encore en contact avec l’Ukraine, ils nous tueront tous.”
À moyen terme, le sort d’Olechky dépendra de l’évolution du front. Si les Ukrainiens reprennent Kherson, la ville pourrait être évacuée. Sinon, elle restera un symbole de l’oubli des territoires occupés. Pour l’instant, les 47 enfants, les personnes âgées et les malades qui y survivent n’ont aucune issue. Leur seule espoir ? Que le monde ne les oublie pas.
Les images de cette ville fantôme rappellent celles de Marioupol en 2022. Mais là où Marioupol a été libérée, Olechky semble condamnée à disparaître dans l’indifférence. La question n’est plus de savoir si les habitants vont tenir, mais combien de temps encore.
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