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Roy Cooper : le pari sénatorial d’un gouverneur de Caroline du Nord

Roy Cooper, l’ancien gouverneur de Caroline du Nord, mise sur son ancrage local pour une course au Sénat cruciale

Rocky Mount, Caroline du Nord – Roy Cooper, l’ancien gouverneur de Caroline du Nord, se présente comme un homme du peuple dans une course au Sénat qui pourrait bien décider du contrôle de la chambre haute du Congrès en 2026. Son adversaire, l’ancien président du Comité national républicain (RNC) Michael Whatley, devra affronter un candidat qui a passé plus de trois décennies à tisser des liens avec les électeurs de l’État, des terres agricoles de l’Est à l’essor urbain de Raleigh et Charlotte.

Cooper a annoncé sa candidature en juillet dernier, établissant immédiatement des records de collecte de fonds, signe de l’importance stratégique de ce siège laissé vacant par le sénateur républicain Thom Tillis. L’enjeu est de taille : une victoire démocrate pourrait inverser l’équilibre du pouvoir au Sénat.

Mais au-delà des enjeux nationaux, la campagne de Cooper s’appuie sur une identité profondément ancrée dans la Caroline du Nord. Il ne se présente pas comme un politicien de Washington, mais comme un produit de l’État, un homme qui a grandi en cultivant le tabac dans une ferme familiale et dont la mère était enseignante.

“Il a toujours lutté pour améliorer les conditions de vie des gens ici”, témoigne Harris Walker, un candidat à l’Assemblée générale de Caroline du Nord qui a débuté sa carrière politique en distribuant des tracts pour Cooper. “Voir Roy réussir et revenir ici, c’était important.”

Un parcours politique atypique

L’histoire politique de Cooper est riche et variée. Élu à la législature de l’État en 1987, il a ensuite occupé le poste de procureur général pendant quatre mandats consécutifs avant de devenir gouverneur en 2016, puis réélu en 2020. Son style politique se caractérise par une volonté de résultats, même si cela implique de travailler avec des adversaires politiques.

Il est notamment reconnu pour avoir collaboré avec les républicains pour abroger la loi HB2, controversée pour son interdiction aux personnes transgenres d’utiliser les toilettes publiques correspondant à leur identité de genre, et pour avoir obtenu l’extension de Medicaid avec un soutien bipartite. Cependant, son mandat de gouverneur a également été marqué par des tensions avec les républicains, qui contrôlaient la majorité à la législature et ont régulièrement bloqué ses initiatives par des vetos. Il a ainsi opposé son veto à 104 projets de loi, dont la moitié ont été annulés par les républicains.

Un ancrage local mis à l’épreuve

La Caroline du Nord est un État en mutation, traditionnellement considéré comme un swing state, mais qui penche de plus en plus vers le camp républicain, en partie à cause du redécoupage électoral controversé. Avec la deuxième plus grande population rurale du pays, Cooper doit séduire les électeurs de ces zones rurales, tout en consolidant son soutien dans les centres urbains.

Lors d’un récent voyage dans le comté de Nash, un comté considéré comme un baromètre politique, Cooper a mis en avant ses origines rurales. Il a évoqué ses souvenirs d’enfance, de la culture du tabac aux matchs de basket-ball du lycée, en passant par ses habitudes locales, comme sa passion pour le Bojangles (une chaîne de restauration rapide) et le Cheerwine (une boisson gazeuse locale).

“Il est le gouverneur de tous les gens”, affirme Morris Roberson, un ancien coéquipier de Cooper au lycée. “Et je pense qu’il sera un sénateur pour tous les gens.”

Des opinions partagées

Si Cooper bénéficie d’une certaine popularité, les opinions sur son bilan sont partagées. Certains républicains l’accusent d’avoir une politique trop laxiste en matière de criminalité et critiquent sa gestion des secours après l’ouragan Helene, pointant du doigt des problèmes de gestion au sein de l’Office of Recovery and Resiliency de Caroline du Nord.

Brenda Brown, la maire républicaine de Nashville, reconnaît que Cooper a conservé des liens forts avec sa ville natale, mais souligne que les opinions sont “mitigées” quant à sa candidature.

Un défi de taille

Les derniers sondages donnent Cooper en tête face à Whatley, mais l’issue de la course reste incertaine. Pour remporter la victoire, Cooper devra non seulement mobiliser les électeurs urbains, mais aussi limiter ses pertes dans les comtés ruraux conservateurs.

“Il doit ‘perdre moins mal’ dans ces comtés”, explique Asher Hildebrand, professeur à la Sanford School of Public Policy de l’Université Duke. “C’est important à une époque où de nombreux électeurs, en particulier ceux de droite, ont l’impression d’être méprisés par le Parti démocrate actuel.”

Cooper incarne une forme de politique plus pragmatique et moins idéologique, un style qui pourrait séduire les électeurs indépendants de Caroline du Nord, qui représentent une part importante de l’électorat. Sa capacité à connecter avec les gens de manière authentique et respectueuse pourrait bien être la clé de sa victoire.

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