Lusaka : Le silence pesant d’un sommet sur les droits numériques annulé à la dernière minute
LUSAKA, Zambie — À quelques jours seulement de l’ouverture prévue du RightsCon 2026, les couloirs du centre de conférences Mulungushi restent désespérément vides. Ce qui devait être le point de ralliement mondial pour la défense des libertés numériques, du 5 au 8 mai 2026, s’est transformé en un symbole cinglant de la fragilité de l’espace civique en Zambie.
L’annonce est tombée comme un couperet le 29 avril : le gouvernement zambien a décidé de reporter le sommet. Pour les organisateurs, Access Now, ce report équivaut à une annulation pure et simple. La recommandation a été immédiate et sans équivoque : nous ne recommandons pas aux participants inscrits de se rendre à Lusaka
.
Un « report » aux justifications floues
Pour justifier cette décision tardive, les autorités zambiennes ont invoqué la nécessité d’une divulgation complète
concernant certains thèmes de discussion. De son côté, le ministre de la Technologie et de la Science a évoqué des délais liés à des habilitations administratives et de sécurité
pour certains intervenants.
Toutefois, pour les observateurs internationaux, ces raisons semblent être un écran de fumée visant à museler un agenda trop critique.
« Les raisons fallacieuses du gouvernement zambien pour reporter RightsCon suggèrent que le gouvernement voulait contrôler l’agenda des droits de l’homme du sommet. » Idriss Ali Nassah, chercheur principal sur l’Afrique
L’ombre de Pékin et le poids du centre Mulungushi
Derrière les coulisses, une tension diplomatique semble avoir précipité la chute de l’événement. Selon des sources proches du comité d’organisation à Lusaka, le mécontentement du gouvernement chinois aurait été le facteur déterminant. Pékin aurait exprimé son désaccord quant à la présence de délégués taïwanais, susceptibles d’utiliser la tribune pour critiquer la Chine.
L’ironie se trouve dans le lieu même du crime : le centre de conférences Mulungushi. Rénové en 2020 grâce à un financement chinois s’élevant à 60 millions de dollars US, l’établissement avait été présenté à l’époque comme un cadeau de la Chine
sans conditions. Aujourd’hui, ce don semble porter des chaînes invisibles.
@AccessNow partage les dernières mises à jour sur la sécurité des participants et les revendications de la coalition pour les droits numériques. #RightsCon2026 #DigitalRights #Zambia
Un climat politique sous haute tension
Ce coup d’arrêt ne survient pas dans un vide politique. La Zambie s’apprête à entrer dans la campagne officielle pour les élections générales d’août. Dans ce contexte, le gouvernement a considérablement durci son arsenal législatif.
En avril 2025, le Parlement a adopté la loi sur la cybersécurité (Cyber Security Act) et la loi sur la cybercriminalité (Cyber Crimes Act). Ces textes, contestés par la Law Association of Zambia devant la Haute Cour, sont accusés de servir de leviers pour arrêter des opposants politiques et restreindre la liberté d’expression en ligne.
Sishuwa Sishuwa, universitaire zambien, analyse cette manœuvre comme une stratégie d’évitement : les autorités craignaient que le sommet ne mette le pays sous surveillance
pour son bilan en matière de droits humains, notamment concernant les arrestations pour sédition ou diffamation criminelle.
Une tendance mondiale inquiétante
Le cas de la Zambie s’inscrit dans une série de reculs alarmants pour la gouvernance mondiale d’Internet. En 2023, au Costa Rica, plus de 300 participants, principalement issus du Sud global, s’étaient vu refuser l’entrée. En 2024, l’Arabie saoudite, en accueillant le Forum sur la gouvernance de l’Internet des Nations Unies, avait instauré un climat de surveillance et de censure qui avait vidé les discussions de leur substance.

« En fermant RightsCon, le gouvernement zambien ferme les discussions et les opportunités de strategiser et de se connecter sur certains des problèmes de droits de l’homme les plus cruciaux de notre époque. » Deborah Brown, directrice adjointe des technologies et des droits
Alors que le monde numérique devient le principal champ de bataille des libertés individuelles, l’absence de RightsCon à Lusaka rappelle une vérité brutale : la technologie peut connecter les peuples, mais elle reste soumise au bon vouloir des États qui détiennent les clés des visas et des centres de conférence.
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