Obésité : Trois sociétés médicales dénoncent le refus du SUS d’inclure des traitements de pointe, une décision sous fond de restrictions budgétaires
Actualité Urgente : L’accès aux médicaments innovants pour la perte de poids, comme le Liraglutide et le Semaglutide, reste un enjeu majeur au Brésil, suscitant la colère des professionnels de la santé et soulevant des questions sur l’équité du système de santé publique.
Liraglutide et Semaglutide : Le refus du SUS qui fait débat
Dans un mouvement de solidarité médicale, trois organisations de premier plan au Brésil – l’Association brésilienne pour l’étude de l’obésité et du syndrome métabolique (Abeso), la Société brésilienne du diabète (SBD) et la Société brésilienne de l’endocrinologie et de la métabologie (SBEM) – ont publiquement exprimé leur désaccord avec la récente décision de la Conitec (Commission nationale pour les incorporations technologiques). Celle-ci a rejeté l’intégration de deux médicaments majeurs pour la gestion du poids : le Liraglutide (Saxenda) et le Semaglutide (Wegovy), dans le système unique de Santé (SUS).
Cette prise de position conjointe souligne une préoccupation profonde concernant l’accès aux traitements, qui, selon les dirigeants de ces sociétés, Fabio Trujilho, Ruy Lyra et Neuton Dornelas, est actuellement réservé à ceux qui en ont les moyens financiers. Le refus du système public est ainsi perçu comme une atteinte directe aux principes fondamentaux d’équité, d’universalité et d’intégrité du SUS.
Contexte et justifications de la Conitec : entre efficacité et contraintes budgétaires
Le Semaglutide, à un dosage hebdomadaire de 2,4 mg, avait été proposé pour le traitement de patients souffrant d’obésité de grade 2, sans diabète, âgés de 45 ans et présentant une maladie cardiovasculaire établie. Le Liraglutide, administré à 3 mg quotidiennement, était quant à lui évalué pour le traitement conjoint de l’obésité et du diabète de type 2.
La demande d’incorporation du Semaglutide émanait de Novo Nordisk, le laboratoire pharmaceutique producteur, tandis que le Liraglutide avait été proposé par les sociétés médicales elles-mêmes. La décision de la Conitec, bien que reconnaissant le Semaglutide comme une technologie innovante, s’est heurtée à des obstacles d’ordre budgétaire et fiscal. Novo Nordisk a d’ailleurs fait part de sa compréhension face à ces contraintes, tout en soulignant que la sous-financement historique du SUS et les déséquilibres budgétaires entravent l’offre de technologies pourtant “manifestement rentables”.
Les chiffres avancés par le ministère de la Santé sont révélateurs : le coût annuel estimé par patient pour ces traitements s’élèverait à environ 9 885,60 R$ pour le Liraglutide et 17 584,80 R$ pour le Semaglutide, représentant un impact financier global potentiel de 8 milliards de dollars par an. Le ministère maintient que les décisions de la Conitec s’appuient sur les meilleures preuves scientifiques disponibles, incluant l’efficacité, la sécurité et la rentabilité.
L’obésité : un enjeu de santé publique majeur et un parcours du combattant pour les patients
Cette situation met en lumière la complexité de la gestion de l’obésité, reconnue comme une maladie chronique multifactorielle. L’absence de ces traitements innovants dans le système public contraint les patients à rechercher des solutions privées, créant ainsi une fracture dans l’accès aux soins. Les sociétés médicales dénoncent une stratégie “inadéquate” qui, couplée aux mesures de prévention, ne suffit pas à répondre aux besoins des personnes souffrant d’obésité, qui risquent de rester “sans assistance”.
Il est important de rappeler que cette n’est pas la première fois que des traitements pour l’obésité se heurtent au refus de la Conitec, qui aurait déjà rejeté cinq demandes similaires pour des motifs de coût. De plus, la demande d’évaluation pour l’incorporation de la sibutramine, un médicament plus ancien, également soumis à des controverses concernant les risques cardiovasculaires mais dont les bénéfices ont été jugés supérieurs aux risques sous conditions, a été refusée par la Conitec.
Perspective Evergreen : L’obésité est une maladie chronique complexe, influencée par des facteurs génétiques, environnementaux et comportementaux. Sa prise en charge efficace repose sur une approche multidisciplinaire incluant une alimentation équilibrée, une activité physique régulière et, dans certains cas, un soutien médicamenteux ou chirurgical. L’accès aux traitements innovants, lorsqu’ils sont scientifiquement validés et rentables sur le long terme, est essentiel pour améliorer la qualité de vie des patients et réduire le fardeau des maladies associées comme le diabète, les maladies cardiovasculaires et certains cancers. La question de la soutenabilité financière des systèmes de santé face à l’émergence de nouvelles thérapies coûteuses reste un défi mondial.
Dans ce contexte, la nouvelle de l’accord entre Fiocruz et le laboratoire EMS pour la production nationale de ces médicaments offre une lueur d’espoir. Si cette initiative aboutit, elle pourrait potentiellement réduire les coûts et faciliter l’accès à ces traitements essentiels à l’avenir, renforçant ainsi la capacité du Brésil à lutter contre l’épidémie d’obésité.
