Le Dr Jean-Marie Sengelen, chef du Pôle santé mentale du Réseau de l’Arc, alerte depuis des mois sur une tendance inquiétante : la multiplication des diagnostics de haut potentiel intellectuel (HPI), de trouble du déficit de l’attention avec ou sans hyperactivité (TDAH), de trouble du spectre de l’autisme (TSA) et de trouble de la personnalité borderline (TPB). Une visibilité accrue, mais aussi des risques de surdiagnostic et d’autodiagnostic, amplifiés par les réseaux sociaux. Le 27 mai 2026, il met en garde contre une “mode” qui brouille les lignes entre réalité clinique et tendance sociétale.
Un boom diagnostique qui interroge
Les acronymes HPI, TDAH, TSA et TPB sont partout. Dans les médias, sur les réseaux sociaux, à l’école ou au travail. Une omniprésence qui reflète-t-elle une meilleure compréhension de ces réalités ou une mode passagère ? Le Dr Sengelen nuance : “Cette visibilité accrue résulte aussi de l’amélioration du dépistage, de l’évolution des classifications et d’une meilleure acceptation de la neurodiversité.” Une clarification nécessaire alors que les demandes de bilans explosent.
Le HPI, par exemple, ne constitue pas une pathologie mais un fonctionnement cognitif particulier (QI de 130 ou plus). Le TDAH associe inattention, impulsivité et parfois hyperactivité, avec des conséquences concrètes sur la scolarité ou le travail. Le TSA influence la communication sociale, tandis que le TPB se caractérise par une forte instabilité émotionnelle. Des réalités complexes réduites à des traits simplistes sur les réseaux sociaux, où des vidéos en quelques minutes peuvent encourager l’autodiagnostic.
Le piège des réseaux sociaux : quand l’autodiagnostic remplace l’expertise
Les plateformes numériques ont libéré la parole autour de la santé mentale, mais elles ont aussi créé un terrain fertile pour la confusion. Des troubles complexes sont résumés à quelques traits, favorisant l’autodiagnostic. Le Dr Sengelen insiste : “Le diagnostic n’est pas une vérité sur une personne. C’est un outil pour comprendre un fonctionnement et mettre en place des soins adaptés.” Pourtant, sur les réseaux, des algorithmes poussent des contenus simplistes, où un simple “je me reconnais dans ces symptômes” peut mener à une étiquette mal posée.

Un témoignage récent illustre ce phénomène. Une personne, diagnostiquée HPI en 2015 après un bilan neuropsychologique pour comprendre ses difficultés professionnelles, a redécouvert en 2026 des troubles du spectre autistique (TSA) et du TDAH, dix ans plus tard. Une situation qui soulève des questions : le diagnostic initial de HPI a-t-il masqué d’autres réalités ? Les spécialistes auraient-ils pu identifier plus tôt ces troubles ? Et surtout, comment distinguer une tendance sociétale d’un besoin réel de prise en charge ?
Le cas de cette personne n’est pas isolé. Selon le Dr Sengelen, la demande de consultations a tellement augmenté que le Réseau de l’Arc a dû renforcer son offre de prise en charge en psychiatrie et pédopsychiatrie, avec des consultations ambulatoires pour adultes et enfants à Moutier, Saint-Imier et Bienne. Une réponse à une réalité : la souffrance et l’impact sur le quotidien restent les critères principaux pour justifier une évaluation spécialisée.
Quand le diagnostic devient un outil de compréhension
Le diagnostic n’est pas une sentence, mais un outil. Pourtant, son usage doit rester encadré. Le Dr Sengelen rappelle que les bilans neuropsychologiques reposent sur des entretiens, des questionnaires validés et des tests standardisés. Aucun professionnel ne doit réduire une personne à une étiquette. Mais comment éviter que cette tendance ne devienne une mode ?
La réponse passe par une meilleure formation des professionnels, une sensibilisation du grand public et une régulation des contenus en ligne. Les réseaux sociaux, bien que bénéfiques pour briser les tabous, amplifient aussi les risques de surdiagnostic. Une personne sur deux se reconnaît aujourd’hui dans au moins un de ces troubles, selon des observations cliniques. Pourtant, tous ne nécessitent pas une prise en charge.
Le diagnostic n’est pas une vérité sur une personne. C’est un outil pour comprendre un fonctionnement et mettre en place des soins adaptés.
Ce qui change concrètement pour les patients
Pour les patients, la tendance a des conséquences directes. D’un côté, une meilleure reconnaissance de la neurodiversité et un accès facilité aux soins. De l’autre, un risque de surdiagnostic ou de diagnostic tardif, comme dans le cas cité plus haut. Les spécialistes du Réseau de l’Arc insistent sur l’importance de ne pas se fier aux tendances en ligne, mais de consulter des professionnels formés pour un bilan complet.
Les signes qui doivent alerter ? Difficultés scolaires persistantes, épuisement, tensions relationnelles. Ces indicateurs doivent pousser à consulter, mais toujours avec un professionnel qualifié. Le Dr Sengelen souligne que les bilans neuropsychologiques prennent du temps : ils reposent sur des entretiens approfondis, des tests standardisés et une analyse multidimensionnelle.
Et demain ? Vers une régulation des diagnostics en ligne ?
La question qui se pose désormais est celle d’une régulation. Faut-il encadrer davantage les diagnostics en ligne ? Limiter l’accès à certaines plateformes de tests ? Le Dr Sengelen ne tranche pas, mais souligne l’urgence d’agir : “Nous devons trouver un équilibre entre l’ouverture nécessaire sur la santé mentale et la protection contre les dérives.” Une réflexion qui dépasse le cadre médical pour toucher à la responsabilité des plateformes numériques.

Une chose est sûre : la tendance n’est pas près de s’inverser. Les réseaux sociaux continueront de jouer un rôle clé dans la sensibilisation, mais leur impact sur les diagnostics doit être mieux maîtrisé. Pour les patients, le message reste le même : en cas de doute, consulter un professionnel. Et pour les professionnels, une vigilance accrue s’impose, afin que chaque diagnostic reste un outil de compréhension, et non une étiquette imposée par la mode.
Pour ceux qui souhaitent en savoir plus ou prendre rendez-vous, les consultations ambulatoires du Réseau de l’Arc restent accessibles : +41 32 484 72 72 pour les adultes et +41 32 494 70 10 pour les enfants et adolescents.
