« L’Armée de l’Enfer » : Un documentaire glaçant sur l’ascension du groupe Wagner et la fragilisation de la démocratie
Copenhague, Danemark – Le documentaire « Hell’s Army », présenté en avant-première au festival CPH:DOX, plonge au cœur du groupe Wagner, la tristement célèbre organisation paramilitaire russe, et révèle une réalité bien plus inquiétante qu’une simple entreprise de mercenariat. Le réalisateur oscarisé Richard Rowley (« Dirty Wars ») y explore l’érosion de la démocratie et l’émergence d’une force armée privée d’une ampleur sans précédent.
Rowley, dans une interview accordée à Variety, explique qu’il a initialement abordé le sujet en pensant documenter un phénomène spécifique. Sa recherche l’a rapidement conduit à une conclusion plus alarmante : l’affaiblissement des institutions démocratiques ouvre la voie à des acteurs incontrôlables et en pleine expansion.
Le film suit la journaliste russe dissidente Katya Hakim dans sa traque du fondateur du groupe Wagner, Yevgeny Prigozhin, à travers l’Ukraine, la Syrie et la République centrafricaine. Hakim, dont la vie est constamment menacée, a été introduite à Rowley par Denis Korotkov, un journaliste vétéran qui a été le premier à exposer les activités du groupe Wagner. Korotkov a ensuite mis le réalisateur en contact avec l’équipe du Dossier Center, un projet d’investigation fondé par l’activiste russe Mikhail Khodorkovsky, spécialisé dans la corruption et l’ingérence politique.
Cette collaboration unique a permis à Rowley d’accéder à des informations privilégiées, grâce à l’expertise de Korotkov, aux reportages sur le terrain de Hakim et aux capacités de piratage et de collecte de données du Dossier Center. « Cela nous a permis d’avoir une portée mondiale tout en suivant intimement le parcours de ce personnage à travers le chaos et la violence de la guerre », précise le réalisateur.
« J’ai passé environ 30 ans à faire des films sur la guerre », confie Rowley. « La guerre révèle les symptômes de nos maladies culturelles les plus sombres. J’observe l’essor des mercenaires depuis 2004 en Irak, mais l’émergence de Wagner a marqué un tournant. Ils ont déployé 30 000 soldats, soit plus que la plupart des armées européennes. C’est la première entreprise privée à conquérir une ville européenne depuis 500 ans. »
Au-delà de la description des activités du groupe Wagner, « Hell’s Army » met en lumière une tendance plus large : le recul de la démocratie et la montée de l’autoritarisme. Rowley souligne que les démocraties n’ont pas besoin d’armées de mercenaires, celles-ci étant le signe de régimes pris en main par des individus sans scrupules.
Le réalisateur s’inquiète également de la fragilité du journalisme dans un contexte politique de plus en plus polarisé. Il cite Antonio Gramsci, affirmant que nous vivons une période de transition où l’ancien ordre mondial s’effondre sans qu’un nouveau modèle ne soit encore en place. « Les attaques contre le journalisme font partie intégrante de cette dévolution », explique-t-il.
Rowley insiste sur le fait que les tendances autoritaires observées en Russie se manifestent également aux États-Unis. Il rappelle que les mercenaires utilisés par l’armée américaine en Irak ont inspiré la création du groupe Wagner et que le contrôle des médias se resserre également dans son pays d’origine.
Malgré ce constat sombre, Rowley reste optimiste. Il explique que les victimes de la violence qu’il a rencontrées ont toujours exprimé leur confiance dans le pouvoir des témoignages et de l’information. « Il est de ma responsabilité de donner une voix à ces personnes et de faire en sorte que leur foi ne soit pas vaine », conclut-il.
« Hell’s Army » est produit par Richard Butler, Atanas Georgiev, Odessa Rae, Rebecca Teitel et Caitlin McNally. Les ventes internationales sont gérées par Midnight Films.
