Afrique : Le rêve d’un voyage intra-africain fluide reste-t-il hors de portée ?
Nairobi, Kenya – Malgré des décennies d’accords et d’initiatives, le voyage intra-africain reste entravé par des coûts élevés, des restrictions de visa et un manque de connectivité aérienne. Un obstacle majeur au développement économique et à l’intégration culturelle du continent.
L’ambition d’un ciel africain ouvert, incarnée par la Décision de Yamoussoukro adoptée en 1998, peine à se concrétiser. Cet accord historique visait à libéraliser le transport aérien, réduisant les prix des billets et facilitant les déplacements. Presque trois décennies plus tard, les voyageurs se heurtent toujours à des taxes et frais d’aéroport exorbitants, à un nombre limité de routes aériennes et à des procédures de visa complexes.La Zone de Libre-Échange Continentale Africaine (ZLECAf), lancée en 2021 pour stimuler le commerce et la libre circulation des personnes, n’a pas encore atteint son plein potentiel. Les obstacles pratiques persistent, limitant les bénéfices potentiels de cette initiative majeure.
L’expérience de la DJ coco Em illustre parfaitement ces difficultés. En 2019, elle a été contrainte de transiter par l’arabie Saoudite et l’italie pour se rendre en Tunisie, et a même été sommée de “prouver” ses compétences de DJ à la porte d’embarquement. Un témoignage poignant des défis rencontrés par les professionnels de la culture et les voyageurs africains.
Face à cette situation, des initiatives émergent. Le Marché Unique Africain des Transports Aériens, lancé en 2018 et soutenu par plus de 35 États signataires, s’appuie sur la Décision de Yamoussoukro pour ouvrir progressivement les cieux africains. Certains pays explorent également des politiques de visa plus souples.
parallèlement, des acteurs de la société civile prennent les choses en main. Coco Em a fondé “Pass Pass”, une initiative qui documente les obstacles systémiques et aide les demandeurs de visa, s’appuyant sur son expérience personnelle. Récemment, Pass Pass a collaboré avec un espace culturel à Nairobi pour organiser “Vuka Mpaka” (“Traverse la frontière”), un échange culturel reliant les créatifs kenyans à leurs homologues africains.
“Je me concentre davantage sur les solutions que nous essayons de construire”, déclare Coco Em, témoignant d’une volonté de transformer les frustrations en actions concrètes.
Contexte et perspectives :
Le transport aérien intra-africain représente un marché potentiel colossal, estimé à des dizaines de milliards de dollars. Sa libéralisation pourrait stimuler le tourisme, le commerce, l’investissement et l’échange culturel, contribuant ainsi à la croissance économique et à l’intégration régionale.
Cependant, la mise en œuvre de la Décision de Yamoussoukro et de la ZLECAf se heurte à des défis politiques et économiques. La protectionnisme, les intérêts nationaux divergents et le manque de ressources financières constituent des obstacles majeurs.
L’avenir du voyage intra-africain dépendra de la volonté politique des États africains de surmonter ces obstacles et de créer un environnement favorable à la libre circulation des personnes et des biens. L’engagement de la société civile, comme en témoigne l’initiative de Coco Em, est également crucial pour faire avancer ce processus.
