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Vieillissement : le temps semble s’allonger de 12 % chez les seniors

by Camille Laurent - Santé
Mécanismes neurobiologiques identifiés dans le cortex et l’hippocampe

Une étude publiée le 15 juin 2026 dans Nature Neuroscience révèle que la perception du temps s’allonge chez les adultes de plus de 65 ans, un phénomène lié à des changements neurobiologiques documentés. Les chercheurs de l’Université de Latvie, dirigés par le Dr. Inese Vītola, ont mesuré une augmentation moyenne de 12 % dans l’estimation subjective de la durée d’une minute chez les participants âgés, comparée à un groupe témoin de 20-30 ans. « Nos résultats montrent que le vieillissement modifie la synchronisation des réseaux neuronaux impliqués dans la perception temporelle », explique le Dr. Vītola, citant des données issues de 187 participants scannés en IRM fonctionnelle.

Mécanismes neurobiologiques identifiés dans le cortex et l’hippocampe

Les mécanismes identifiés par l’équipe de Riga s’appuient sur deux facteurs clés :

Mécanismes neurobiologiques identifiés dans le cortex et l’hippocampe
  1. Un ralentissement des oscillations thêta (4-8 Hz), essentielles pour le codage temporel, observé dans le cortex préfrontal et l’hippocampe des seniors. « Ces ondes, plus lentes, étirent la perception d’une même durée », précise le co-auteur, le neurophysiologiste Kārlis Pētersons.
  2. Une réduction de la dopamine, neurotransmetteur qui module la précision des horloges internes. Les tests pharmacologiques ont confirmé que l’administration de L-DOPA chez des participants âgés réduisait artificiellement leur surestimation du temps.

L’étude contraste avec des travaux antérieurs (comme ceux de l’Université de Californie en 2023) qui attribuaient ce phénomène à des biais mnésiques. « Nous avons contrôlé les effets de la mémoire en utilisant des tâches de durée pure, sans contexte », souligne le Dr. Vītola.

Variabilité individuelle selon le sexe et les compensations cérébrales

Si l’effet global est statistiquement significatif (p < 0,001), les écarts entre participants restent marqués. Les auteurs soulignent que :

  • 15 % des seniors ont perçu des durées identiques à celles des jeunes, suggérant des mécanismes de compensation (ex. : une activité accrue des neurones à grille dans le cortex entorhinal).
  • Les femmes (62 % des participants) ont montré une surestimation plus faible que les hommes, un résultat que les chercheurs attribuent à des différences hormonales (œstrogènes vs. testostérone) dans la modulation des réseaux temporels.

« Ces variations pourraient expliquer pourquoi certains âgés décrivent le temps comme "volant", tandis que d’autres le ressentent comme "lourd" », commente le Dr. Pētersons.

Applications potentielles en santé cognitive et design d’interfaces

Bien que l’étude ne propose pas de solutions thérapeutiques, elle ouvre des pistes pour :

Jānis Zemītis – 300
  1. La rééducation cognitive : Des protocoles de stimulation des oscillations thêta (via la neurofeedback) pourraient être testés pour atténuer la perception d’un temps subjectivement ralenti.
  2. La conception d’interfaces : Les designers d’applications pour seniors pourraient ajuster les délais d’attente (ex. : chargement des pages) en fonction de ces données.
  3. La psychologie du vieillissement : « Comprendre cette distorsion pourrait aider à réduire l’anxiété liée à la perte de temps "perdu" chez les personnes âgées », indique une psychogériatre interviewée par Le Monde, sans lien avec l’étude.

Pistes de recherche futures sur les maladies neurodégénératives et les antioxydants

Les chercheurs de Riga appellent à des études longitudinales pour :

Pistes de recherche futures sur les maladies neurodégénératives et les antioxydants
  • Évaluer l’impact des maladies neurodégénératives (Alzheimer, Parkinson) sur cette perception, alors que les lésions ciblent précisément les régions impliquées (cortex préfrontal, noyaux gris centraux).
  • Tester l’effet des antioxydants (comme la vitamine E) sur la préservation des oscillations thêta, en s’appuyant sur des essais cliniques en cours à l’Université de Tartu (Estonie).

« Nous ne parlons pas ici d’une illusion, mais d’un mécanisme biologique mesurable », insiste le Dr. Vītola. « La prochaine étape est de savoir si nous pouvons le moduler. »

Pour aller plus loin :

  • Consulter le protocole de l’étude sur OSF Registries (accès ouvert).
  • Lire l’analyse complémentaire de The Lancet Neurology (juin 2026) sur les liens entre dopamine et cognition temporelle.
  • Attention : Ces résultats concernent la perception subjective, non le temps objectif. En cas de troubles anxieux liés à cette sensation, consulter un professionnel de santé.

Source principale : Vītola I. et al., "Age-related slowing of theta oscillations disrupts temporal perception in humans", Nature Neuroscience (2026). DOI: 10.1038/s41593-026-00547-9.

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