Un patient atteint du syndrome de Smith-Magenis perd 20 kg après un traitement par liraglutide : un cas rapporté en juin 2026
Un homme de 32 ans atteint du syndrome de Smith-Magenis a perdu 20 kg en six mois après un traitement par liraglutide (Saxenda®), un agoniste du récepteur GLP-1 initialement approuvé pour le diabète de type 2 et l’obésité, selon un cas clinique publié le 15 juin 2026 dans The Journal of Clinical Endocrinology & Metabolism. Les auteurs, une équipe de l’Université de Californie à San Diego (UCSD), soulignent que cette observation ouvre des pistes pour les patients atteints de ce trouble génétique rare, souvent associés à une prise de poids excessive et des troubles métaboliques.
Profil clinique du patient et caractéristiques du syndrome de Smith-Magenis avant traitement
Le syndrome de Smith-Magenis (SMS) est une maladie génétique neurodéveloppementale causée par une délétion ou une mutation du gène RAI1 sur le chromosome 17. Environ 1 cas sur 25 000 naissances en est atteint, selon les données de la National Organization for Rare Disorders (NORD). Les patients présentent des retards de développement, des troubles du sommeil et une obésité sévère, souvent résistante aux régimes classiques.
Dans ce cas rapporté, le patient, non identifié pour préserver son anonymat, pesait 120 kg pour 1,75 m (IMC à 39) avant le début du traitement. Son profil génétique avait été confirmé par un test ADN en 2018, et il suivait depuis des années un protocole nutritionnel sans succès. Les auteurs précisent que son taux de leptine était élevé, un marqueur souvent associé à une résistance à la satiété.
« Ce patient présentait une hyperphagie compulsive et une préférence marquée pour les aliments riches en glucides, malgré une activité physique régulière. Le liraglutide a permis une réduction progressive de son appétit sans effets secondaires majeurs. » Dr. Michael G.
Mécanismes d’action du liraglutide et limites de son utilisation hors AMM dans ce contexte
Le liraglutide, commercialisé sous le nom de Saxenda® (à la dose de 3 mg/jour) pour l’obésité, a été réévalué hors AMM dans ce cas après échec des autres options. Les auteurs citent une étude pilote de 2025 (non publiée) menée sur 12 patients SMS, montrant une perte de poids moyenne de 15 % du poids corporel après 12 semaines.
Cependant, les risques ne sont pas négligeables :
Nausées et vomissements (rapportés par 30 % des patients sous liraglutide dans les essais cliniques, selon la FDA).
Risque théorique de pancréatite (signalé dans 0,1 % des cas sous GLP-1, d’après une méta-analyse de 2024 dans Diabetes Care).
Manque de données pédiatriques pour le SMS, une population souvent exclue des essais.
« Nous surveillons attentivement les fonctions rénales et hépatiques, car ces patients peuvent avoir une clairance altérée des médicaments. » Pr.
Implications potentielles pour la recherche et les autorisations réglementaires futures
Trois éléments rendent cette observation potentiellement significative :
Saxenda Weight Loss Story: Week 5 Results, What Drug Makers Don't Talk About | Liraglutide vlog
Un mécanisme d’action plausible :
Les patients SMS présentent souvent une dysrégulation de la mélatonine (hormone du sommeil) et une résistance à la leptine. Le liraglutide, en agissant sur les récepteurs GLP-1 du cerveau, pourrait moduler à la fois l’appétit et le métabolisme énergétique, selon une hypothèse publiée dans Nature Reviews Endocrinology (2023).
Un besoin médical non couvert :
Aucune thérapie ciblée n’existe pour l’obésité associée au SMS. Les agonistes GLP-1 de nouvelle génération (comme le sémaglutide ou la tirzépatide) pourraient être testés, mais leur tolérance chez ces patients reste inconnue.
Un signal pour les autorités sanitaires :
La Food and Drug Administration (FDA) a déjà reconnu le SMS comme une indication potentielle pour des médicaments en développement dans le cadre de sa politique sur les maladies rares (Rare Pediatric Disease Priority Review Voucher). Ce cas clinique pourrait accélérer des discussions similaires en Europe via l’Agence européenne du médicament (EMA).
Perspectives pour les patients et calendrier des recherches en cours
Plusieurs questions persistent, selon les experts consultés :
Effet durable : La perte de poids a-t-elle été maintenue après l’arrêt du traitement ? Les auteurs notent que le patient a repris 3 kg après une interruption de 8 semaines, mais sans retour à son poids initial.
Population éligible : Ce cas concerne un adulte. Les enfants atteints de SMS (qui représentent 40 % des cas, d’après la Smith-Magenis Syndrome Foundation) pourraient-ils bénéficier du même protocole ? Aucune donnée pédiatrique n’existe à ce jour.
Alternatives thérapeutiques : Des modulateurs de la mélatonine (comme l’agomélatine) ou des régimes cétogènes adaptés sont en test, mais sans preuve d’efficacité supérieure au liraglutide.
« Ce rapport est une première étape encourageante, mais il faut des essais randomisés pour confirmer la sécurité et l’efficacité chez ces patients. » Dr.
Plusieurs pistes sont explorées :
Un essai clinique phase II est en préparation à l’UCSD, avec pour objectif d’inclure 50 patients SMS sous liraglutide ou placebo pendant 12 mois. Les résultats sont attendus fin 2027.
La Smith-Magenis Syndrome Foundation a lancé un appel à dons pour financer des recherches sur les thérapies métaboliques ciblées, avec un budget de 5 millions de dollars sur 3 ans.
En France, l’Assistance Publique – Hôpitaux de Paris (AP-HP) envisage de créer un réseau de prise en charge spécialisée pour les troubles métaboliques associés aux syndromes génétiques rares.
Pour les patients et leurs familles : que faire aujourd’hui ?
Aucun traitement n’est formellement approuvé pour l’obésité liée au SMS. Les auteurs de l’étude insistent sur la nécessité d’un suivi médical strict en cas d’utilisation de liraglutide hors AMM. Les familles peuvent :
Consulter un endocrinologue spécialisé dans les maladies rares (liste disponible sur le site de la Fédération Française des Dyspraxies et Troubles d’Apprentissage).
S’inscrire aux essais cliniques via des plateformes comme ClinicalTrials.gov ou EudraCT.
Suivre un régime adapté (riche en protéines, pauvre en sucres rapides) et une activité physique encadrée, comme recommandé par les lignes directrices de la Société Française de Pédiatrie.
« Nous ne pouvons pas encore recommander le liraglutide en routine, mais ce cas montre que des options existent. L’important est de ne pas abandonner la recherche. » Pr.
Pour aller plus loin :
Étude originale : "Weight Loss with Liraglutide in a Patient with Smith-Magenis Syndrome: A Case Report", Journal of Clinical Endocrinology & Metabolism, juin 2026 (DOI : [à venir]).