Home ÉconomieVentes massives liées à l’IA : les investisseurs restent prudents

Ventes massives liées à l’IA : les investisseurs restent prudents

La peur de l’IA paralyse les marchés : les investisseurs hésitent à profiter des baisses

NEW YORK – Une vague de nervosité a envahi les marchés financiers cette semaine, alors que les investisseurs, loin de saisir les opportunités offertes par les baisses de prix, préfèrent rester en retrait face à la menace croissante de la disruption induite par l’intelligence artificielle. La récente accélération des avancées en IA a mis en lumière la vulnérabilité de secteurs entiers, de la logistique à la gestion de patrimoine, entraînant des chutes brutales des cours de certaines actions.

Le lancement de nouveaux outils d’IA ces derniers jours a secoué les fondations de modèles économiques établis. Des secteurs aussi divers que le transport routier, l’immobilier commercial, la gestion de fortune et la publicité sont confrontés à une remise en question fondamentale de leur avenir. Les mouvements de prix violents observés témoignent d’une anxiété palpable quant aux conséquences de cette transformation.

Malgré les assurances répétées des entreprises, qui tentent de rassurer les investisseurs en affirmant que l’IA ne fera qu’améliorer leurs activités et que les baisses de prix sont excessives, les gestionnaires de portefeuille se montrent prudents.

“Le monde change très vite… nous n’avons pas la conviction nécessaire pour essayer d’acheter au plus bas”, explique Robert Schramm-Fuchs, gestionnaire de portefeuille chez Janus Henderson. “Les modèles d’IA d’aujourd’hui sont bien plus puissants qu’il y a six ou douze mois. Ce qui semble protégé aujourd’hui pourrait ne plus l’être à l’avenir.”

Les indices boursiers ont affiché des baisses modestes cette semaine – le Nasdaq Composite a perdu 2,1% et le S&P 500, 1,4% – mais ces chiffres masquent des turbulences bien plus importantes au sein de certains secteurs. Le géant du transport routier CH Robinson a chuté de 12%, tandis que la société d’investissement Charles Schwab a perdu 11%. CBRE, spécialisée dans l’immobilier commercial, a enregistré une baisse de 16% et Gallagher, courtier d’assurance, de 13%.

Si ces chutes ont entraîné une perte de milliards de dollars de capitalisation boursière, les nouvelles valorisations n’ont pas suscité de reprise significative dans les séances suivantes.

Un climat d’incertitude domine

Valérie Noël, responsable des opérations chez Syz Bank, décrit un marché caractérisé par l'”hésitation”. “Il y a très peu de volonté de défendre les mouvements brusques comme on le ferait normalement”, observe-t-elle, soulignant que la priorité est désormais à la “gestion de l’incertitude plutôt qu’à l’achat sur repli”.

Les données de State Street, un dépositaire de marché, confirment cette tendance. Marija Veitmane, responsable de la stratégie actions chez State Street, indique qu’il n’y a “aucun signe d’intérêt institutionnel pour acheter les baisses dans le secteur des logiciels”. Au contraire, les capitaux se dirigent vers le secteur du matériel informatique.

Goldman Sachs a même lancé une stratégie de trading consistant à prendre des positions longues sur les logiciels “que l’IA ne peut pas remplacer en raison de leur besoin d’exécution physique, de contraintes réglementaires ou de responsabilité humaine”, tout en prenant des positions courtes sur les logiciels susceptibles d’être automatisés ou reconstruits par l’IA.

Un incident inattendu amplifie les craintes

La panique a atteint son paroxysme jeudi, lorsqu’une annonce d’Algorhythm Holdings, une petite entreprise floridienne issue de la transformation d’une société de karaoké, a déclenché l’une des plus fortes baisses de l’histoire du secteur du transport routier. L’entreprise a publié un rapport affirmant que sa plateforme d’IA pouvait augmenter les volumes de fret jusqu’à 400% sans augmentation du personnel.

Cette annonce a semé la peur que la nouvelle technologie détruise la valeur marchande des leaders du secteur, entraînant une chute de 15% des actions de CH Robinson et Landstar en une seule journée.

Des troubles similaires ont touché les géants de la gestion de patrimoine, suite au lancement d’une suite d’outils d’IA par Altruist, une entreprise spécialisée dans la planification fiscale. St James’s Place, un gestionnaire de patrimoine britannique coté au FTSE 100, a perdu 13% de sa valeur. Les compagnies d’assurance ont également été touchées par un modèle développé par la start-up Insurify.

Des opportunités pour certains, une logique pour d’autres

Cependant, certains gestionnaires de fonds estiment que les baisses de prix sont excessives. Alex Wright, gestionnaire de portefeuille chez Fidelity International, a profité de la récente volatilité pour acquérir des actions à des prix avantageux, estimant que “de nombreuses actions ne sont pas correctement évaluées”.

Charles Lemonides, fondateur du fonds spéculatif ValueWorks, estime quant à lui que la baisse du secteur des logiciels est “totalement logique”, soulignant que les valorisations étaient “absurdes” avant la crise et que les entreprises sont désormais confrontées à une disruption potentielle de l’IA.

Dan Hanbury, gestionnaire de portefeuille chez Ninety One, reconnaît que de “grandes entreprises” ont été emportées par la vague de vente, mais souligne que “la disruption est réelle” et qu’il est essentiel d’être prudent. “Comment puis-je garantir que les remparts autour de ces entreprises seront toujours là ? Je ne cherche pas à profiter de ce rebond.”

L’impact de l’IA sur l’économie mondiale est un sujet de préoccupation croissante pour les gouvernements et les institutions financières. La Banque de France, dans son dernier rapport sur la stabilité financière, met en garde contre les risques liés à la concentration du pouvoir technologique et à la nécessité de réguler l’IA pour éviter des chocs systémiques. [Lien vers le rapport de la Banque de France]

La situation actuelle souligne la nécessité pour les investisseurs de faire preuve de prudence et de discernement, et de se concentrer sur les entreprises capables de s’adapter et de prospérer dans un environnement en constante évolution. L’avenir des marchés financiers dépendra de la capacité à naviguer dans cette nouvelle ère de disruption technologique.

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