Home InternationalVenezuela : Le nouveau régime change, une normalisation inquiétante ?

Venezuela : Le nouveau régime change, une normalisation inquiétante ?

Maduro écarté du pouvoir : l’intervention américaine au Venezuela ravive les souvenirs de l’Irak et de l’Afghanistan

CARACAS, Venezuela – L’opération qui a conduit à l’éloignement du président vénézuélien Nicolás Maduro du pouvoir, révélée début janvier, a soulevé des questions troublantes sur l’interventionnisme américain et les échos du passé, notamment les guerres en Irak et en Afghanistan. Alors que le cycle d’actualité mondial est plus frénétique que jamais, l’affaire semble s’estomper rapidement, un phénomène que l’administration Trump semble vouloir normaliser.

L’administration américaine présente l’opération comme une simple élimination d’un “narco-terroriste” et une transition vers un partenaire coopératif. L’objectif affiché est de contrôler les ventes de pétrole vénézuélien, de priver des rivaux comme la Chine de l’accès à des minerais stratégiques et de ramener Caracas dans la sphère d’influence américaine.

Cependant, les critiques soulignent que cette intervention, qui s’est déroulée sans autorisation du Congrès et en violation du droit international, ressemble étrangement aux interventions passées. Le vice-président J.D. Vance a même qualifié la loi sur les pouvoirs de guerre de “fausse et inconstitutionnelle”, signalant un mépris pour les garde-fous constitutionnels.

L’administration Trump mise désormais sur Delcy Rodríguez, la vice-présidente de Maduro, pour stabiliser le pays et organiser des élections générales. Cette stratégie, bien que présentée comme nouvelle, rappelle les tentatives de Washington de parrainer des gouvernements de transition en Irak et en Afghanistan, avec l’espoir que le pouvoir se dissoudra, que des élections libres et équitables auront lieu et qu’un régime complaisant émergera.

Les tensions entre les États-Unis et le Venezuela remontent à l’élection d’Hugo Chávez en 1998. Les administrations américaines successives ont cherché à déstabiliser ses gouvernements, ainsi que celui de son successeur, Maduro, par le biais de sanctions économiques, d’isolement diplomatique, de tentatives de coups d’État et de primes offertes pour la capture de responsables vénézuéliens.

Malgré ces efforts, Maduro est resté au pouvoir. En 2023, Trump lui-même s’était plaint que le Venezuela était “prêt à s’effondrer” sous son administration et qu’il aurait pu être “pris”, avec l’accès à ses vastes réserves pétrolières.

L’opération actuelle semble être le résultat d’une évaluation de la CIA qui jugeait María Corina Machado, figure de l’opposition vénézuélienne, incapable de stabiliser le pays après le départ de Maduro, en raison de son manque de contrôle sur les forces de sécurité et l’appareil d’État.

Cette décision a surpris les communautés vénézuéliennes et cubaines de Floride, bastion de soutien de Marco Rubio, le sénateur républicain qui a longtemps milité pour une ligne dure envers le Venezuela. Rubio, qui avait applaudi les sanctions contre Rodríguez en 2018, se retrouve désormais à travailler avec des figures du chavisme qu’il a autrefois dénoncées.

L’évolution de la position de Rubio est particulièrement frappante. Il semble désormais espérer que Rodríguez et d’autres “Chavistes modérés” puissent être “pressionnés” ou “manipulés” pour faciliter une transition qui pourrait éventuellement conduire à de nouvelles élections ou à l’installation d’un gouvernement plus favorable à Washington, comme celui représenté par Machado.

Un accord négocié par le Qatar, avec le soutien de l’émissaire américain Richard Grenell, semble avoir été la clé de l’opération, la condition principale étant le départ de Maduro.

L’intervention au Venezuela a ravivé les débats sur les conséquences imprévisibles de l’interventionnisme américain. Elliott Abrams, conseiller en politique étrangère chevronné, a fait valoir que le Venezuela était différent de l’Irak, étant plus homogène et ayant une histoire de démocratie. Cependant, les critiques soulignent que la confiance excessive des responsables américains dans leur capacité à gérer les résultats politiques dans des pays étrangers a conduit à des désastres par le passé.

Comme le souligne un montage réalisé par The Daily Show comparant les déclarations officielles sur l’Irak et le Venezuela, l’histoire a tendance à se répéter. Les mêmes arguments sont avancés, les mêmes promesses sont faites, et les mêmes risques sont ignorés.

L’avenir du Venezuela reste incertain. Même si Washington parvient à atteindre ses objectifs à court terme, d’autres puissances pourraient être tentées de reproduire ce modèle, ce qui pourrait déstabiliser davantage l’ordre international. Et si les choses tournent mal, les États-Unis pourraient se retrouver une fois de plus pris au piège d’un bourbier politique étranger qu’ils ne comprennent pas pleinement.

Lien vers le montage de The Daily Show

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