Une étude menée dans cinq hôpitaux ukrainiens en 2024 révèle une prévalence de 12,6 % des infections associées aux soins, un taux nettement supérieur à la moyenne européenne. La recherche, qui a englobé 660 patients dans des services chirurgicaux, intensifs et médicaux, documente une résistance alarmante aux traitements.
Une première enquête pilote de prévalence ponctuelle avait été réalisée en 2021, mais ces données limitées ne reflétaient plus les bouleversements sanitaires engendrés par l’invasion de la Fédération de Russie survenue en 2022. Face à cette situation, une nouvelle enquête a été menée en 2024 dans cinq établissements de santé pour évaluer précisément la situation dans le pays, selon un travail de recherche multi-centres mené par A. Vodianyk et ses collaborateurs.
Une prévalence de 12,6 % et une concentration critique dans les services de soins intensifs
L’étude transversale a englobé un total de 660 patients répartis dans quatre hôpitaux de soins aigus de niveau tertiaire et une institution spécialisée. Les équipes ont inclus des patients de tous âges au sein de services chirurgicaux, de unités de soins intensifs et de départements médicaux, avec une collecte de données effectuée sur une seule journée par service sur une période globale d’un mois. Les définitions de cas et la procédure d’enquête se sont appuyées sur les documents les plus récents du Centre européen de prévention et de contrôle des maladies, d’après les précisions fournies dans l’étude publiée sur ScienceDirect.
Parmi l’ensemble des patients observés, 83 personnes présentait un total de 91 infections associées aux soins, soit une prévalence ponctuelle de 12,6 %. L’analyse montre que 37 de ces cas, soit 40,7 %, étaient déjà présents lors de l’admission à l’hôpital, tandis que 54 infections, représentant 59,3 %, ont été contractées directement au cours de l’hospitalisation. Les infections du site chirurgical dominent largement le tableau clinique avec 50,5 % des cas, suivies par les pneumonies à 12,1 %, les infections de la peau et des tissus mous à 9,9 %, les infections des voies urinaires à 6,6 %, les infections de la circulation sanguine à 5,5 % et enfin les infections systémiques à 5,5 %.
La plus haute prévalence a été enregistrée dans les unités de soins intensifs avec 51,9 %, loin devant les services chirurgicaux qui affichent un taux de 12,1 %. C’est également dans ces services de soins intensifs que l’utilisation des antimicrobiens atteint son paroxysme, avec un taux de consommation s’élevant à 88,9 %, un chiffre que les auteurs qualifient de disproportionné par rapport au taux d’utilisation global qui reste comparable aux moyennes européennes.
Une résistance bactérienne massive aux antibiotiques de dernier recours
L’analyse microbiologique réalisée dans le cadre de cette recherche met en évidence la prédominance de deux agents pathogènes majeurs. Les bactéries Acinetobacter spp.
et Klebsiella spp.
représentent chacune 22,4 % des organismes identifiés à l’origine des infections. Le constat le plus préoccupant réside toutefois dans le profil de résistance de ces souches.
Tous les agents pathogènes responsables de ces infections affichent une résistance qualifiée de très élevée, oscillant entre 66 et 100 %, face aux classes majeures d’antibiotiques que sont les céphalosporines de troisième génération, les glycopeptides et les carbapénèmes.
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